Génocide au Rwanda : pas de déclassification à Paris, prévient l’amiral Lanxade

Lors d’un colloque à Sciences-Po, l’ancien chef d’état-major s’est fait le porte-parole de l’Élysée qui, a-t-il fait comprendre, renoncerait à déclassifier les documents secrets sur l’implication de Paris dans le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994. Peu après l’Elysée faisait savoir que Emmanuel Macron ne se rendrait pas à Kigali pour la XXVe Commémoration.

L’amiral Jacques Lanxade au débat de Sciences Po Paris, le 20 mars 2019 © Afrikarabia L’amiral Jacques Lanxade au débat de Sciences Po Paris, le 20 mars 2019 © Afrikarabia

Déclassifier les archives secrètes sur l’implication de Paris dans la guerre civile au Rwanda entre 1990 et 1994. C’était l’une des promesses d’Emmanuel Macron. Né en décembre 1977, le chef de l’Etat français avait à peine 17 ans lors du génocide des Tutsi. A la différence de son prédécesseur François Hollande, il ne se sent en rien responsable de la tragédie, ni lié par le secret des archives d’Etat françaises. Or, la question est pendante depuis un quart de siècle : un lobby politico-militaire à l’Élysée avait-il profité de la maladie de Mitterrand pour imposer son terrible Kreigspeil au cœur de l’Afrique ? Une expédition coloniale d’un autre âge dont le point d’orgue a été l’extermination d’environ huit cent mille Tutsi et des dizaines de milliers de Hutu démocrates en moins de cent jours ? Un crime de complicité de génocide dans ce qui est l’une des pires tragédies de l’histoire mondiale du XXe siècle ? Et une responsabilité qui apparaîtrait clairement en cas de déclassification des documents de l’époque, toujours estampillés « Secret-Défense » ?

Les premiers gestes de Paris vers Kigali

En 2018, le président français avait multiplié les signes d’apaisement envers Kigali, au nom d’un impératif de vérité : rencontres avec le président Paul Kagame et soutien de Paris à la candidature de la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Une initiative qui lui avait valu de nombreuses critiques du fameux lobby politico-militaire, émanant notamment des réseaux tentaculaires de Hubert Védrine - secrétaire général de l’Élysée à l’époque du génocide. Emmanuel Macron n’en avait cure.

La suite de l’agenda semblait écrite d’avance : non-lieu judiciaire dans l’enquête sur les responsabilités militaires françaises dans le sauvetage tardif des rescapés tutsi de Bisesero,  non-lieu dans l’enquête impliquant des militaires rwandais dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, geste fort du président français pour la vingt-cinquième commémoration du génocide, le 7 avril 2019 à Kigali ; agrément d’un ambassadeur de France à Kigali. Et large ouverture des archives françaises à une commission d’historiens, préalable à une éventuelle communicabilité au public.

Lanxade mange le morceau

Mais la crise des Gilets jaunes a transformé l’agenda présidentiel en château de cartes. Plus question de susciter la colère des anciens militaires de l’Opération Turquoise en remuant les complicités de Paris dans le génocide. Emmanuel Macron doit consacrer la quarantaine de mois qui le séparent de la prochaine présidentielle à survivre politiquement. A peine le gouvernement avait-il annoncé que des militaires protègeront les ministères des « Gilets jaunes » et des casseurs, que l’Élysée faisait savoir qu’il  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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