Vital Kamerhe : 20 ans de prison et un avenir politique compromis

Le directeur de cabinet du président Tshisekedi a été reconnu coupable de corruption et détournement de fonds publics. Et sa condamnation à la peine maximale le place sur le banc de touche politique pour de longues années.

 

Vital Kamerhe, figure incontournable de la scène politique congolaise à la prison de Makala © Christophe Rigaud - Afrikarabia Vital Kamerhe, figure incontournable de la scène politique congolaise à la prison de Makala © Christophe Rigaud - Afrikarabia
Le verdict des juges du procès des 100 jours a été à la hauteur des attentes des Congolais : sévère. Vital Kamerhe, principal allié politique du président Félix Tshisekedi, écope de la lourde peine de 20 ans de travaux forcés et 10 ans d’inéligibilité. Le directeur de cabinet de la présidence a été reconnu coupable de « détournement de fonds publics » et « corruption aggravée » dans l’affaire du programme présidentielle des 100 jours.

Il était soupçonné, avec deux co-accusés, d’avoir détourné 50 millions de dollars destinés à la construction de maisons préfabriquées dans le cadre du programme d’urgence lancé par le président Tshisekedi. Le feuilleton du procès diffusé en direct à la télévision nationale, entre « Dallas » et « la famille Kardashian », a passionné les Congolais qui attendaient depuis plusieurs décennies le procès de la corruption endémique qui ronge leur pays.

A la peine maximale de 20 ans de travaux forcés, les comptes bancaires de Vital Kamerhe, de son épouse, de sa fille et de son cousin, seront saisis par le tribunal, ainsi que les biens achetés avec l'argent détourné. L'homme d'affaires libanais Sammih Jammal, qui a acheté les maisons préfabriquées, a également été condamné à 20 ans de prison et sera expulsé du pays. Jeannot Muhima, le responsable de la logistique de la présidence, qui devait rapatrier les maisons de Turquie, a été condamné à 2 ans de prison.

Un procès au goût d’inachevé

Si de nombreuses organisations citoyennes, comme l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), « félicite » la justice congolaise pour « avoir mené les enquêtes et procès jusqu’à leur terme », le procès des 100 jours laisse comme un goût d’inachevé. Les audiences ont été souvent décousues, les procédures expéditives, l’accusation approximative et la défense laborieuse.

Pour le président du réseau panafricain de lutte contre la corruption, Unis, Jean-Jacques Lumumba, « les déficiences dans le ficelage du dossier laissant transparaître des investigations incomplètes et bâclées ». Il estime également que d’autres acteurs clés de l’affaire doivent être poursuivis et s’étonne que la banque privée qui a autorisé « des décaissements colossaux en liquides au mépris de la législation en vigueur », ne soit pas inquiétée davantage.

L’ONG Human Rights Watch (HRW), rappelle de son côté que « le détournement de fonds publics au Congo n’est pas l’affaire d’une seule figure politique. Les autres personnalités impliquées dans la corruption devraient aussi faire l’objet d’une enquête et de poursuites équitables, quelle que soit leur fonction ou leur couleur politique ». Une allusion aux 16 années de mégestion de Joseph Kabila, que la justice semble pour l’instant ignorée.

Hors-jeu politique ?

Figure emblématique de la vie politique congolaise depuis une vingtaine d’années, de directeur de campagne de Joseph Kabila en 2006, à la présidence de l’Assemblée nationale, jusqu’à sa rupture avec le président congolais en 2009 et la création de l’Union pour la nation congolaise (UNC), son propre parti d’opposition, Vital Kamerhe n’a jamais cessé de rebondir entre plusieurs traversées du désert. Et dire que le verdict du tribunal de grande instance de Kinshasa est sévère est un euphémisme pour ce poids lourds de la politique congolaise.

La lourde condamnation et la perte des droits civiques signent l’arrêt de mort politique de Vital Kamerhe, qui comptait bien se présenter à la prochaine présidentielle en tête de liste de la coalition CACH, fort de l’accord conclu à Nairobi avec Félix Tshisekedi, qui devait lui laisser la place de candidat en 2023. Avec cette peine d’inéligibilité, même allégée en appel, Vital Kamerhe voit s’échapper la possibilité de briguer la magistrature suprême, et rend l’accord avec Tshisekedi caduc. Ce qui fait dire à de (...) lire la suite sur Afrikarabia.

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