RDC : les coulisses du remaniement dans l’armée congolaise

Les nouvelles nominations dans les FARDC sont loin de faire consensus. Une première liste avait été validée avec le conseiller François Beya et le chef d’état-major général Célestin Mbala, avant d’être remaniée par Félix Tshisekedi. « Un casting raté » qui divise au sein de l’armée selon certains officiers.

Sous sanctions internationales, le général Amisi prend la tête de l'inspection générale des armées © DR Sous sanctions internationales, le général Amisi prend la tête de l'inspection générale des armées © DR

A chaque remaniement dans l’armée congolaise, il y a des gagnants et des perdants. C’est la règle. Mais les nouvelles nominations opérées par le président Félix Tshisekedi le 17 juillet interrogent un grand nombre d’officiers et font surtout beaucoup de déçus. Et pour cause. Les noms des officiers lus en direct sur les ondes de la télévision nationale ne sont pas issus de la liste élaborée par Félix Tshisekedi avec son conseiller spécial en matière de sécurité, François Beya et le chef d’état-major général des armées, Célestin Mbala. Une seconde mouture de ce vaste remaniement a été rediscutée et finalisée autour de Félix Tshisekedi, avec le général Franck Ntumba et des membres de l’UDPS. A la suite de cette réunion, Franck Ntumba sera d’ailleurs nommé à la tête de la « maison militaire », où il remplace Jean-Claude Yav. Un poste stratégique qui à l’oreille du président Tshisekedi.

Mandiangu débarqué, Amisi au placard ?

Dans la première mouture discutée avec François Beya et le général Célestin Mbala, le patron des renseignements militaires, Michel Mandiangu, ne devait pas être reconduit. Et surtout, Gabriel Amisi, alias Tango Four, devait être nommé à la Chancellerie, un poste moins opérationnel que l’inspection générale dont il prend finalement la tête. « La chancellerie était clairement une voie de garage pour Amisi, mais c’est raté » nous confirme une source sécuritaire.

Selon nos informations, c’est Jean-Claude Yav qui devait devenir inspecteur général des armées à la place de Tango Four. Il a finalement été nommé chef d’état-major adjoint en charge des opérations et renseignements. Pour certains militaires, l’arrivée de Franck Ntumba à la « maison militaire » et le changement de cap de Félix Tshisekedi dans les nouvelles nominations visent à marginaliser François Beya, toujours suspecté de défendre les intérêts de Joseph Kabila, malgré son étiquette kasaïenne.

« Ecarter Numbi est une erreur »

Quant à la décision d’écarter le sulfureux général John Numbi, elle avait été prise dès la première réunion avec François Beya et Célestin Mbala. Mais certains avaient suggéré à Félix Tshisekedi de lui conserver un poste de conseiller. Ce qui n’a pas été fait. « Ecarter John Numbi sans s’assurer d’avoir la capacité de le neutraliser est une erreur » nous confie une source sécuritaire. Un choix d’autant plus étonnant que John Numbi « avait joué le jeu » après l’arrivée de Félix Tshisekedi à la présidence, notamment en intervenant pour calmer les ardeurs du milicien Gédéon Kyungu.

« Félix Tshisekedi fait un mauvais calcul » entend-t-on au sein des FARDC. « En marginalisant John Numbi, le président le ramène de nouveau dans les bras de Joseph Kabila ». D’autant que si John Numbi n’a plus de poste officiel au sein de l’armée il garde de nombreux relais au sein des FARDC, comme Philémon Yav ou Jean-Claude Yav, tous deux proches de l’ancien chef de la police congolaise. Sans oublié qu’avec Numbi, c’est Joseph Kabila qui reste influent.

Numbi : « Je ne suis pas un agneau »

Quelques jours après être laissé sans affectation, la riposte du général John Numbi n’a pas tardé. Depuis son fief Katangais, il a reçu le soutien de nombreux notables de la riche province minière devant micros et caméras. « Au Katanga, j'ai arrêté beaucoup de désordres qui pouvaient arriver. Je me suis engagé à stopper même la criminalité, et le président Félix le sait » s’est justifié John Numbi avant de se montrer plus menaçant : « Je ne suis pas un agneau ! ». En connexion avec toutes les rébellions de la région, John Numbi possède clairement une forte capacité de nuisance. Reste à savoir si  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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