RDC : leçons zimbabwéennes

La chute de l’inamovible Robert Mugabe, poussé vers la sortie par l’armée et son ancien vice-président, a été suivie avec attention par l’opposition congolaise qui tente de mettre hors-jeu Joseph Kabila.

 © Wikimedia - Licence Creative commons © Wikimedia - Licence Creative commons

La démission de Robert Mugabe, 93 ans, dont 37 passés à la tête du Zimbabwe, a suscité une vague d’espoir à Kinshasa, où l’opposition et les mouvements citoyens appellent les Congolais à faire partir Joseph Kabila qu’ils accusent de retarder volontairement les élections pour se maintenir au pouvoir. Malgré la différence d’âge, l’analogie entre les deux présidents saute aux yeux : pouvoir sans partage, répression, corruption à tous les étages et volonté de s’accrocher à son fauteuil, constituent les principaux points communs entre Mugabe et Kabila.

La force de la rue

Première leçon du scénario zimbabwéen : la participation active du peuple au départ du vieux président. A Harare, les Zimbabwéens ont précédé dans la rue, le coup d’Etat de palais de l’armée, puis l’ont ensuite soutenu jusqu’à la démission de Robert Mugabe. En dépit d’une forte répression policière et de conditions de vie difficiles au Zimbabwe, la population a fini par avoir raison du dictateur. Pour le mouvement citoyen Lucha (Lutte pour le Changement), « c’est pratiquement ce qui se passe chez nous en RDC aujourd’hui ». Mais depuis plusieurs mois, l’opposition congolaise peine à faire descendre ses sympathisants dans la rue. En cause : la répression brutale des forces de sécurité congolaises, mais aussi une certaine lassitude des opérations villes mortes, peu efficaces et difficiles à tenir dans la durée en raison d’une crise économique tenace. La rue de Harare a donc fini par avoir raison du vieux Mugabe. « C’est donc une raison de plus de croire en la victoire » espère la Lucha.

L’armée décisive

La seconde raison de la chute de Mugabe réside dans le rôle crucial joué par l’armée zimbabwéenne. C’est en effet l’armée régulière qui a forcé « le vieux » a démissionné, tant en évitant un bain de sang dans la rue. « Il serait naïf de croire que ce scénario peut se répéter à la lettre en RDC, qui a ses particularités. Néanmoins, la RDC a encore au sein de son armée, des officiers consciencieux et des militaires patriotes » veut croire la Lucha. Mais pour l’heure, Joseph Kabila tient la rue et ses forces de sécurité d’une main de fer. Le président congolais a su habilement joué la carte de la Garde républicaine contre l’armée, tout en confiant la répression des manifestations à la police nationale… évitant ainsi de mêler l’armée au maintien de l’ordre. Un choix assumé par le président Kabila, qui a continué d’affaiblir ses régiments en concentrant tous les pouvoirs dans les mains de François Olenga, qui dirige la maison militaire, au détriment du chef d’Etat-Major des armées, Didier Etumba.

« Ne compter sur personne »

Troisième leçon du scénario : l’absence de la communauté internationale, atone dans la crise zimbabwéenne et sans aucun poids sur le déroulement des événements. Ce qui fait dire à la Lucha, « qu’il ne faut pas compter sur l’ONU, les pays occidentaux, la Chine, l’Union africaine ou la SADC pour libérer un peuple de l’oppression ». Selon le mouvement citoyen congolais « chaque peuple doit prendre son destin en main ». Mais attention, la dernière leçon de la chute de Mugabe, est l’incertitude qui plane sur le mode de gouvernance du nouveau président Mnangagwa. L’homme est un cacique du système Mugabe. Le « crocodile » comme est  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.