L’heure de l’alternance a-t-elle sonné à Djibouti ?

Après 20 ans de pouvoir sans partage, le président Ismaël Omar Guelleh se retrouve fragilisé par les bouleversements régionaux et les tensions internes. Pour Adan Mohamed Abdou, le président de l’ARD (Alliance Républicaine pour le développement) et de la plateforme USN, « le peuple djiboutien est mûr pour le changement ».

Adan Mohamed Abdou en juin 2019 © Christophe Rigaud - Afrikarabia Adan Mohamed Abdou en juin 2019 © Christophe Rigaud - Afrikarabia

Afrikarabia : L’arrivée surprise d'Abyi Ahmed en Ethiopie, le renversement du président El-Bachir au Soudan, et la situation délicate de l’économique djiboutienne bousculent le président Ismaël Omar Guelleh. Est-on arrivé à la fin d’un cycle ?

Adan Mohamed Abdou : C’est clairement une période de fin de règne à Djibouti, et nous le remarquons avec une accentuation de la répression. Ismaël Omar Guelleh se prépare à un cinquième mandat. Le changement politique en Ethiopie a eu un effet boule de neige dans la région, en faisant la paix avec l’Érythrée. Les alliances se recomposent entre l’Ethiopie, la Somalie, l’Erythrée, et même le Kenya, ce qui isole davantage Djibouti. Aujourd’hui l’Érythrée est redevenue fréquentable et Djibouti est un pays que l’on regarde désormais avec défiance. Nous avons de nombreuses bases militaires, et Djibouti est également au coeur du bras de fer entre la Chine et les Etats-unis.

Afrikarabia : On a l’impression que le président djiboutien cherche une porte de sortie avant la présidentielle de 2021 et serait prêt à dialoguer avec l’opposition. C’est le sentiment que vous avez ?

Adan Mohamed Abdou : L’opposition a dialogué avec Ismaël Omar Guelleh a de nombreuses reprises. La rébellion armée du FRUD a dialogué à deux reprises avec le pouvoir, sans jamais que ces accords soient appliqués. Il a ensuite dialogué avec l’USN, toujours sans tenir aucun de ses engagements. Donc aujourd’hui, il n’est plus question pour l’opposition de dialoguer seul avec le président djiboutien. Il faut une médiation internationale. Nous ne lui faisons plus confiance. Pour l’instant, nous ne pensons pas qu’Ismaël Omar Guelleh soit capable d’entamer ce processus.

Afrikarabia : Quelles seraient vos conditions à une transition politique avec le président djiboutien ?

Adan Mohamed Abdou : Il faudra s’entendre sur une transition avec ou sans Ismaël Omar Guelleh. L’opposition devra se mettre d’accord sur la question. Il doit ensuite y avoir une Commission électorale (CENI) véritablement indépendante. Il faut également que tous les partis de l’opposition soient légalisés par le pouvoir et arrêter de créer ces partis « clones ». Ces partis dédoublés qui prennent le même nom que des partis d’opposition pour faire croire qu’ils ont rejoint le camp présidentiel. Enfin, il faut une tierce partie pour encadrer ce processus de transition.

Afrikarabia : Souhaitez-vous que la France s’implique dans un rôle de médiation entre le pouvoir et l’opposition à Djibouti ?

Adan Mohamed Abdou : Pourquoi pas. Il y a la France, mais il y a aussi dans la région l’Ethiopie. Nous avons toujours dialogué avec la France depuis le dernier ambassadeur qui a été renvoyé de Djibouti. Mais aujourd’hui, c’est plus compliqué. Nous avons l’impression que la France a peur que son ambassadeur soit de nouveau renvoyé du pays, et elle demeure donc trop attentive aux pressions du régime. Nous ne sommes pas contre un rôle de médiateur de la France, mais elle doit avoir une  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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