RDC : le Premier ministre destitué au forceps

L’Assemblée nationale a fait tomber ce mercredi le gouvernement de Sylvestre Ilunga. Le président Tshisekedi se retrouve à la tête d’une nouvelle majorité hétéroclite, mais reste sous la menace des députés pro-Kabila dissidents, majoritaires au sein de sa nouvelle coalition.

Christophe Mboso N'Kodia Pwanga, président provisoire de l'Assemblée nationale © Assemblée nationale RDC Christophe Mboso N'Kodia Pwanga, président provisoire de l'Assemblée nationale © Assemblée nationale RDC

Sale temps pour la kabilie. Après la défaite d’Emmanuel Ramazany Shadari, le dauphin de Joseph Kabila, à la présidentielle de 2018 et la chute de la présidente de l’Assemblée nationale, c’est au tour du très kabiliste Premier ministre Sylvestre Ilunga de se voir destituer ce mercredi. C’est par une écrasante majorité de voix que le gouvernement Ilunga est tombé. En l’absence des députés FCC toujours fidèles à Joseph Kabila, qui avaient boudé la séance, 367 députés se sont prononcés pour la destitution du gouvernement et seulement 7 contre. Le chef de l’exécutif a maintenant 24 heures pour présenter sa démission au chef de l’Etat.

Ilunga absent

Ce mercredi, dans la grande salle du Palais du peuple, c’est une chaise vide qui trônait dans la partie réservée au gouvernement. Le Premier ministre ne s’était pas présenté à la convocation du bureau provisoire de l’Assemblée nationale pour l’examen de sa motion de censure. Déjà convoqué mardi, le Premier ministre avait sorti un ordre de mission pour justifier son absence. Sylvestre Ilunga s’était rendu trois jours à Lubumbashi pour y rencontrer Joseph Kabila, l’ancien président qui avait réussi à imposer son nom pour la Primature. La plénière de mercredi s’est donc déroulée en l’absence du principal intéressé.

« Les échecs du gouvernement »

A la tribune, les signataires de la motion de censure visant à faire tomber le gouvernement Ilunga dénoncent « les échecs répétés, les fautes graves cumulées et l'incompétence notoire du Premier ministre et des autres membres du gouvernement ». Pêle-mêle, la motion accuse l’exécutif d’avoir failli dans le secteur de la sécurité, avec la répétition des massacres dans l’Est du pays, mais aussi avec avec la présence d’armées étrangères sur le sol congolais. Selon les signataires, le gouvernement a également entravé le politique du président Tshisekedi sur le plan économique, judiciaire ou dans la lutte contre la corruption. Le camp présidentiel avait dénoncé à plusieurs reprise le blocage de certains ministres du FCC pro-Kabila, notamment aux finances.

Ilunga réplique

Si la chaise du Premier ministre est restée vide au Palais du peuple, Sylvestre Ilunga s’est tout de même fendu d’un long texte de 12 pages pour contestée la motion de censure de l’Assemblée et tacler au passage le président Tshisekedi qu’il juge co-responsable des échecs de son action. Le Premier ministre estime tout d’abord que le bureau provisoire n’avait pas à organiser cette motion de censure, qui restait en dehors de ses prérogatives. Selon lui, le bureau provisoire aurait d’abord dû organiser les élections du bureau définitif avant de lancer la motion. Un petite leçon de constitutionnalisme destinée à la Cour du même nom, qui avait donné son feu vert au bureau provisoire de l’Assemblée.

Un bilan à partager avec Tshisekedi

Sylvestre Ilunga ironise ensuite sur les caisses vides à son arrivée à la Primature et sur des finances publiques « gérées de manière non orthodoxes », notamment concernant le programme dit des « 100 jours ». Il rappelle également que 52 Conseils des ministres se sont tenus, tous présidés par Félix Tshisekedi, « lequel donnait des orientations ». Enfin, le chef du gouvernement tient à rappeler qu’il y a à peine un mois, l’Assemblée nationale avait voté avec plus de 380 voix la loi de finances 2021. Une manière de rappeler que le bilan de son action, qualifié « d’échec », était à partager avec le président Tshisekedi.

On prend les mêmes…

La destitution du gouvernement Ilunga constitue une nouvelle étape dans la bataille que mène Félix Tshisekedi pour tenter de récupérer le pouvoir jusque-là confisqué par le camp Kabila. Une nouvelle marche vient d’être franchie vers le « déboulonnage » de la kabilie qu’avait annoncé Félix Tshisekedi au début de son mandat. Mais si l’actuel président vient de remporter plusieurs batailles, ébranlant le système Kabila, il n’a peut-être pas gagné la guerre. En composant une « Union sacrée » pléthorique qui ressemble à deux gouttes d’eau à la coalition CACH-FCC, avec les mêmes acteurs, le président Tshisekedi se retrouve maintenant condamner à devoir satisfaire les exigences de ses propres troupes de l’UDPS, mais aussi celles de ses très nombreux nouveaux partenaires aux intérêts souvent divergents.

Les germes d’une instabilité institutionnelle

« Dans un premier temps, Félix Tshisekedi va disposer de davantage de marges de manoeuvre, analyse le politologue Alphonse Maindo. Le président aura les coudées plus franches. Mais attention, gérer plus de personnes, c’est aussi plus de problèmes. On le voit déjà avec les tensions qui éclatent au sein de « l’Union sacrée » entre l’UDPS, Ensemble, le MLC et les dissidents FCC. Ces tensions portent les germes des problèmes futurs. » Félix Tshisekedi va en effet se retrouver à la tête d’une armée mexicaine, et autant dire que la composition du nouveau gouvernement ne sera pas chose facile. Il avait fallu sept mois pour s’accorder avec le FCC, combien de temps faudra-t-il pour satisfaire les  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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