RDC : Kinshasa s’enfonce dans la crise politique

Une réforme judiciaire contestée dans la rue, un ministre de la Justice brièvement interpellé… rien ne va plus entre le président Tshisekedi et ses alliés du FCC, dont la coalition ne tient plus qu’à un fil.

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Ambiance délétère, climat malsain… la tension est montée d’un cran ce week-end au sein de la coalition au pouvoir alors qu’un projet de réforme judiciaire a rallumé les tensions entre Félix Tshisekedi et le FCC de Joseph Kabila. Samedi, le ministre FCC de la Justice, Célestin Tunda a été brièvement interpellé par la police pour être entendu par le Parquet général. Sous pression, le Parquet a relâché le ministre après une simple audition. Célestin Tunda était accusé d’avoir engagé l’avis du gouvernement sans l’avoir consulté sur trois propositions de loi très contestées.

Plusieurs personnalités politiques avaient demandé que le ministre soit inculpé de « faux et usage de faux » pour avoir transmis le fameux avis à l’Assemblée. Au cours du Conseil des ministres, Félix Tshisekedi avait dénoncé cette « initiative personnelle » du ministre.

L’arrestation du ministre de la Justice est une conséquence directe de ce bras de fer permanent entre les partisans du président Tshisekedi et ceux de Joseph Kabila, au sein d’une coalition qui s’est déjà transformée depuis de nombreux mois en guerre de tranchée. La réforme judiciaire proposée par le FCC, visant à placer les magistrats sous le contrôle du ministre de la justice a mis le feu aux poudres.

Pressions politiques

A peine l’arrestation de Célestin Tunda connue, plusieurs caciques du FCC se sont rendus au Parquet général pour soutenir leur ministre. Emmanuel Ramazani Shadary, patron du PPRD de Joseph Kabila a pu accéder au bâtiment, encerclé par des militants du parti, alors qu’Aubin Minaku, à l’origine de la loi contestée, a du patienter à l’extérieur. Plusieurs sources indiquent que l’audition du ministre de la Justice s’est déroulée sous pression de la Primature, mais aussi du président Joseph Kabila.

Le Premier ministre Sylvestre Ilunga, membre du FCC, n’a pas apprécié l’interpellation de son ministre de la Justice. Une arrestation « brutale et arbitraire » qui aurait même pu provoquer la démission de son gouvernement. Dans une lettre adressée à Félix Tshisekedi, le Premier ministre a demandé au chef de l’Etat d’ouvrir « une action disciplinaire à l’encontre des magistrats » qui ont procédé à l’arrestation de Célestin Tunda… ambiance.

Le procès des 100 jours « instruit » par Tunda ?

Mais le plus remonté de tous dans le camp FCC était sans aucun doute, le patron du PPRD, Emmanuel Ramazani Shadary. Dès la libération de Célestin Tunda, il a tenu aux côtés du ministre de la Justice une conférence de presse très offensive. « On ne peut pas nous intimider, nous constatons le retour d’une dictature plus forte que celle de Mobutu. A partir de ma voix réveillez vous, il ne faut pas vous laisser faire » a lancé Shadary à ses militants. « Viva Joseph Kabila, président hier, aujourd'hui et demain ».

En voulant défendre le ministre de la Justice, le secrétaire général du PPRD a lâché une petit bombe concernant le procès de Vital Kamerhe, le directeur de cabinet de Félix Tshisekedi, condamné récemment à 20 ans de prison dans le cadre du procès des 100 jours. Volontairement ou non, Emmanuel Ramazani Shadary a déclaré que c’était le ministre de la Justice « qui avait instruit le Parquet pour aller enquêter sur ce dossier. Ce n’est ni un magistrat, ni un Président de la République. C’est le ministre Tunda qui a fait ça pour que l’Etat de droit règne dans ce pays ». Un aveu à mi-mot qui va sûrement donner du grain à  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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