RDC : Tshisekedi en quête d’un new deal avec Kabila

En pleine crise politique et après un mois de consultations tous azimuts, le président Félix Tshisekedi doit annoncer prochainement ses décisions pour tenter d’inverser le rapport de force politique avec Joseph Kabila.

Félix Tshisekedi en janvier 2020 © Présidence RDC Félix Tshisekedi en janvier 2020 © Présidence RDC

Où va Félix Tshisekedi ? Après quatre semaines de consultations de la classe politique et de la société civile, les Congolais devraient bientôt être fixés sur les intentions du président Tshisekedi pour sortir la République démocratique du Congo (RDC) de la crise politique profonde qui l’oppose à son allié de circonstance, Joseph Kabila, et paralyse l’ensemble des institutions du pays. Félix Tshisekedi se voit entravé par une Assemblée nationale et un Sénat largement dominés par le FCC de l’ancien président. Dernier épisode en date : la nomination de trois nouveaux juges à la Cour constitutionnelle que l’Assemblée nationale a refusé d’investir et que le FCC ne reconnait toujours pas. Le divorce semble cette fois-ci bel et bien consommé avec Joseph Kabila.

Des consultations nationales pour quoi faire ?

Otage du camp Kabila, le président Tshisekedi a annoncé le 23 octobre la tenue de consultations nationales, censées « fédérer l’ensemble des forces politiques et sociales autour d’une vision commune de gouvernance », selon son porte-parole. En clair, le président souhaite reprendre la main sur un gouvernement qui lui est hostile et torpille son action. En voulant arrêter de subir les coups de boutoir du FCC et en prenant l’initiative de lancer de vastes consultations nationales, Félix Tshisekedi a fait le pari de créer une « union sacrée » autour de sa personne capable de redistribuer les cartes à l’Assemblée nationale. Un électrochoc que le président espère salvateur.

A la recherche de nouveaux alliés

Pour parvenir à renverser les rapports de force, Félix Tshisekedi devait tout d’abord rallier les soutiens de l’opposition congolaise, composée des députés Lamuka, regroupant Ensemble, de Moïse Katumbi, du MLC de Jean-Pierre Bemba, et pourquoi pas, convaincre Martin Fayulu, de venir le rejoindre. Il devait également faire entrer dans sa coalition de nouveaux venus, comme les élus de l’AFDC de Modeste Bahati. Mais surtout, le président était dans l’obligation de « débaucher » une centaine de députés FCC pour pouvoir reprendre la main sur l’Assemblée nationale.

Au final, l’opération séduction de Félix Tshisekedi n’aura donné que peu de résultats. Katumbi et Bemba sont restés assez mystérieux sur le bilan de leur entretien présidentiel. Martin Fayulu a décliné l’invitation. Modeste Bahati, « très ouvert » pour rejoindre Tshisekedi n’est pas complètement sûr que l’ensemble de ses députés le suivent, et l’opération débauchage n’aura finalement pas vraiment eu lieu, le FCC ayant verrouillé la participation de ses membres aux consultations présidentielles.

Un air de déjà vu

A côté de ce maigre bilan politique, Félix Tshisekedi a reçu au Palais de la Nation tout ce qui se fait sur la place de Kinshasa en « forces vives », syndicats et corporations diverses. On peut se demander ce que le président a bien pu apprendre de nouveau au cours de ces rencontres. Les doléances de la population congolaise, le fils de l’opposant historique Etienne Tshisekedi, les connait par coeur et devaient étrangement lui rappeler sa propre campagne électorale : prédation, corruption, répression et une population parmi les plus pauvres de la planète après 18 ans de kabilisme.

Un triste état des lieux fort bien résumé par le prix Nobel docteur Denis Mukwege : « « Il faut absolument que nos dirigeants fassent une rupture avec les anti-valeurs qui caractérisent notre pays. La coalition ne doit pas être une oasis où se cache les criminels. » Mais Félix Tshisekedi avait besoin de convoquer des consultations pour le savoir ?

Une dissolution anticonstitutionnelle

Bloqué de toutes parts par le FCC et un accord qu’il a tout de même signé de son plein gré, sans avoir eu besoin de consulter ni sa base, ni la classe politique, Félix Tshisekedi cherche la porte de sortie qui lui permettrait de s’affranchir de son encombrant partenaire. Si l’espoir de recomposer une nouvelle majorité à l’Assemblée nationale s’est vite évanoui, certains pressent le chef de l’Etat de dissoudre l’Assemblée nationale et convoquer de nouvelles élections. Mais là aussi, cette solution semble peu réaliste.

La dissolution ne serait constitutionnellement valable qu’en cas de blocage entre le gouvernement et l’Assemblée nationale et non entre le président et le Parlement. De plus, l’argent manque pour organiser le scrutin et la nomination du nouveau président de la Commission électorale (CENI) constitue l’un des contentieux les plus inextricables entre le FCC et la plateforme CACH de Félix Tshisekedi.

Une démission du Premier ministre à haut risque

La démission forcée du Premier ministre FCC, Sylvestre Ilunga, véritable pomme de discorde entre l’ancien et le nouveau président paraît également difficile à mettre en oeuvre. L’Assemblée nationale à dominante FCC se trouverait mis en défiance, ce qui aggraverait la crise politique, et pourrait la pousser à demander la destitution de Félix Tshisekedi.

Difficile également pour le président de nommer un nouvel informateur pour identifier la majorité gouvernementale puisqu’elle existe déjà. Dissoudre l’Assemblée nationale ou démettre de force le Premier ministre plongeraient le pays dans un chaos politique qui mettrait en danger le peu de crédibilité qui reste à Félix Tshisekedi à la suite d’une élection contestée. De plus, le président congolais peut difficilement provoquer une crise politique dans son pays à la veille de prendre la  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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