Messieurs

Pour des relations plus justes, plus apaisées, plus sereines, je voudrais aujourd’hui faire comprendre l’idée que les injonctions de la société qui s’imposent à nous, participent des frustrations humaines, et de la difficulté à se comprendre entre sexes opposés. Les femmes en ont pris conscience. Maintenant, c’est à vous de jouer.

Messieurs, pour le bien de tous, apprenez désormais à vous exprimer. Pas votre avis non, celui-là, on ne le connaît que trop. Exprimez vos ressentis, vos émotions. A l’heure où tant de barrières se lèvent, où tant de chaînes se brisent, du côté du deuxième sexe, qui ne veut plus d’ailleurs être le deuxième, il est temps pour vous de faire entendre votre voix intérieure. Celle que vous avez appris à cacher, celle que l’on vous a interdit de montrer. Parce qu’on ne pleure pas quand on est un homme, on ne montre pas que l’on est triste, on doit jouer aux durs, taper du poing sur la table. Cette virilité, que la bienséance vous a imposée, est nuisible, pour vous-mêmes, nous toutes et nous tous. Acceptez l’idée qu’elle est un masque, et acceptez l’idée d’ôter ce masque. Ne jouez plus, soyez vrais. Soyez vrais, n’ayez plus honte de votre part féminine, car elle vous grandit. Tout comme notre part masculine nous donne de la force. Tant de cœurs se sont décidés à parler aujourd’hui, il ne reste plus que les vôtres.

Pour le bien de l’humanité, pour des relations plus justes, plus apaisées, plus sereines, je voudrais aujourd’hui faire comprendre l’idée que les injonctions de la société qui s’imposent à nous, participent des frustrations humaines, et de la difficulté à se comprendre entre sexes opposés. Les femmes en ont pris conscience et veulent désormais se libérer des diktats du paternalisme, de la dictature de la beauté et du règne du patriarcat. Maintenant, c’est à vous de jouer. Non pas en vous crispant et en vous accrochant sur vos acquis trop longtemps injustement détenus, non pas en vous effrayant de ce qui peut arriver dans un monde jonché de femmes puissantes, mais en vous adoucissant, oui, en acceptant la douceur qui est en vous. Vous nous rendrez service, ainsi qu’à vous-même.

Je ne porte pas d’étendard, non, car je ne suis pas en guerre. J’apporte la paix au contraire. Je tiens dans ma main un coquillage, que chacun est libre de faire le choix d’écouter. Je pourrais parler des photographes que je connais bien, je pourrais émettre l’hypothèse selon laquelle un subconscient acquis par des générations éduquées, pousse les éditorialistes à publier en priorité les hommes, comme si l’idée inconsciente qu’un travail féminin, ne peut forcément être à la hauteur, régnait sur nos esprits. De la même façon que les médias nous font croire que seul du sexe féminin s’écoule les méandres de la vie, et que par ailleurs il est nauséabond. Comme si le phallus lui, était un lingot d’or pur et éternellement propre. Ne voyez-vous pas cela ? Que des enfants puissent encore ne pas le voir, je le comprends. Que des femmes n’aient pas envie de s’en préoccuper, je le comprends. Mais vous messieurs, qu’attendez-vous ? Non, vous n’êtes pas en danger. Je vous exhorte simplement à accepter votre part féminine. Nous sommes différents, et c’est très bien ainsi, c’est sans doute pour cela que nous nous emboîtons si bien. Sachez simplement que vous avez le droit de vous tromper, car plus personne n’est là pour vous imposer d’avoir toujours raison. L’erreur n’a pas de sexe. On peut ne pas détenir la vérité, et ça n’est pas grave. Une femme peut savoir plus de choses que vous dans un certain domaine, et ça n’est pas grave. Car vous aurez toujours à apprendre l’un de l’autre, et ce partage mutuel se fera d’autant plus facilement que les deux parties se respectent.

Je sens à plein nez l’orgueil de ceux qui ne veulent pas qu’on les bouscule, de ceux qui se sentent menacés par le savoir féminin. Ces Don Juan qui affublent le sexe opposé de termes et d’expressions tels que « poissonnière », comme on l’a encore entendu récemment dans la bouche d’un jeune député, ou bien « hystérique » ou bien encore « femme facile ».

Facile, ça l’est, pour ceux qui accusent, ceux qui insultent et ceux qui votent les lois pendant qu’eux-mêmes restent libres de disposer de leurs corps. Facile, ça l’est aussi, pour ceux qui jettent de l’acide à la face de celles qui ne portent pas la tenue qu’ils aimeraient qu’elles portent. Mais vous n’êtes pas ceux-là. Et la pression, vous la connaissez, sous d’autres formes. Il doit être si difficile de bander toujours, il doit être si dur d’avoir l’air toujours fort, de ne jamais exprimer ses sentiments, de ne jamais montrer le moindre signe de relâche. Oui, tout cela doit être réellement compliqué, et la plupart des femmes en ont conscience, je crois. Nous ne sommes pas les uns contre les autres, nous sommes tous ensemble, contre l’injustice. Joignez-vous à nous, ne fermez plus les yeux. Acceptez l’idée que l’intolérable sévit depuis trop longtemps, ici et partout ailleurs dans le monde. Rêvez avec nous d’un monde plus juste. Et si tant vous tenez à la supériorité de votre sexe, aux privilèges qu’il vous confère, soyez au moins digne de lui. Soyez au moins aussi lourds que sa superbe, lorsque vous affirmerez qu’il est temps que les choses changent, qu’il est temps de vous rallier à la cause. Quelle cause ? La nôtre, notre cause commune, celle de la conquête de la liberté.

©Agathe Catel

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