L’OMS, le réchauffement climatique et le lobby du nucléaire

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a aujourd’hui soixante ans. Et pour fêter la journée mondiale de la santé (JMS), l’agence onusienne a choisi de mettre en avant une préoccupation qui est dans l’air du temps : le changement climatique et ses conséquences sur la santé humaine.

Mais répondra-t-elle un jour à ceux qui dénoncent les liens un peu trop étroits qu’elle entretient avec le lobby du nucléaire ? Voilà presque un an qu’un collectif antinucléaire, co-dirigé par le "Réseau Sortir du nucléaire" et "Enfants de Tchernobyl Belarus" (et soutenu par une quarantaine d’ONG), mène une action à durée indéfinie, à quelques pas des bâtiments de l’OMS, à Genève.

Depuis le 26 avril 2007, qu’il pleuve ou qu’il vente, du lundi au vendredi, de 8 à 18 heures, deux ou trois volontaires, un panneau autour du cou, font le pied de grue à un croisement, pour que les conséquences sanitaires de Tchernobyl soient enfin reconnues à leur juste mesure . Ces « vigies » venues principalement de France et de Suisse – le 28 mars dernier une VIP, Danièle Mitterrand, y était - réclament l’amendement d’un accord signé en 1959 entre l’OMS et l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA).

Peu connu, ce texte stipule, entre autre, que «chaque fois que l’une des parties se propose d’entreprendre un programme ou une activité dans un domaine qui présente ou peut se présenter un intérêt majeur pour l’autre partie, la première consulte la seconde en vue de régler la question d’un commun accord » (art 1 § 3). L’accord fonctionne ainsi au profit de l’AIEA, promoteur du nucléaire commercial, raison pour laquelle « l’OMS néglige la santé des populations souffrant de radioactivité » estiment les protestataires.

Le bilan de la catastrophe de Tchernobyl, avancé en 2005 par l’AIEA fait état de 50 victimes et 4000 cancers de la thyroïde, un document co-signé par l’OMS. Les études et recherches indépendantes menées parmi les populations de la zone Tchernobyl, victimes de contaminations chroniques à faible dose de césium-137, ont ainsi été ignorées ou censurées. « Il est tabou de parler de faibles doses de radiation ionisante », explique Michel Fernex, le président des « Enfants de Tchernobyl Belarus » et professeur émérite de la Faculté de médecine de Bâle. En contact avec des chercheurs en Ukraine, en Russie et au Belarus - dont l’ancien recteur de l’Institut de médecine Gomel Iouri Bandajevsky emprisonné un temps pour avoir mené des études sur les enfants - il se bat contre le « négationnisme » et la rétention d’informations. A ce jour, l’OMS n’a pas publié les actes de deux conférences internationales – Genève (1995) et Kiev (2001) – qui avaient réuni des centaines de spécialistes dont les avis étaient partagés quant aux conséquences sanitaires de Tchernobyl. Le 24 mars 2007, ces arguments ont été résumés dans une lettre remise à Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS. Depuis, c’est le silence.

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