"L'architecture du bâtiment a été définie et maintenant les ingénieurs doivent construire. C'est une énorme bagarre", résume mon collègue genevois-argentin Juan Gaspari, l'un des journalistes les mieux informés du Palais des Nations,
qui officie entre autres sur http://www.humanrights-geneva.info/spip.php?page=sommaire&lang=fr.
Tout juste âgé de deux ans, le Conseil des Droits de l'homme (http://www2.ohchr.org/french/bodies/hrcouncil/7session/index.htm) tient sa 7ème session à Genève du 3 au 28 mars. Composé de 47 Etats membres, il ressemble toujours à une exubérante tribune pour les pays qui ne peuvent pas donner de la voix à NewYork. La majorité des "ingénieurs" qui s'y activent appartiennent à l' alliance: "pays africains + pays islamiques + Chine + Russie". Dans le langage très peu diplomatique des autres - "pays de l'Union Européenne + Amérique du nord + Amérique latine"- on les appellent les "bad guys". Les "bad guys" ont tendance à voir dans les droits de l’homme un instrument d’ingérence dans leurs affaires intérieures. Les "good guys" s'en offusquent...
Le Conseil devait mettre fin aux dérives de la Commission, jugée trop politisée et sélective en faveur des Occidentaux. Résultat ? "C'est devenu le Conseil du droit des Etats", explique un diplomate suisse.
Quels enjeux pour cette septième session ? Le renouvellement de quatorze mandats de rapporteurs spéciaux - ces experts indépendants qui travaillent par thème ou pays - sur la cinquantaine héritée de l'ancienne Commission. Les "bad guys" ont obtenu que les groupes régionaux fassent leurs recommandations au président du Conseil. Une liste de 32 personnes a été envoyée, dont 14 chaleureusement "recommandées". Le président, le Roumain Doru Costea, fait de la résistance. Il a rejeté certaines candidatures et en a rajouté d'autres ! On se menace maintenant de listes alternatives.
Autre bagarre: l'élection d'un organe consultatif comprenant 18 membres (avec quotas selon les groupes régionaux). Ce cabinet spécial réunissant des experts (élus à vote secret) aura la possibilité de proposer sujets et études au Conseil. Il traitera aussi les plaintes individuelles. Les Occidentaux proposent 9 candidats pour 3 postes.
Tout cela doit être tranché par vote le 26 mars. En attendant, le bar du Serpent du Palais des Nation (avec vue sur le lac Léman) ne désemplit pas. Hier, lundi, certaines ONG asiatiques se démenaient pour organiser une session spéciale sur le Tibet. Aucun Etat membre du Conseil n'a pour le moment manifesté son intérêt...