Les Genevois élisent leur procureur général

On ne le répétera jamais assez, la Suisse et ses cantons sont une mine de pratiques politiques originales. Selon l’article 132 de la Constitution genevoise de 1847, le procureur général est élu tous les six ans par le peuple. Les candidats se présentent sur des listes de partis, ce qui a le mérite de les obliger à jouer cartes sur table.

Dimanche 20 avril, les Genevois ont le choix entre deux hommes. D’un côté, le procureur général sortant Daniel Zappelli, membre du Parti radical démocrate (PRD) (droite) qui, ces dernières années, a porté une attention toute particulière à la petite criminalité. De l’autre, le socialiste François Paychère qui tente, tant bien que mal, de contrer ce populisme, estimant qu’il est insuffisant de s’attaquer prioritairement aux mendiants – le parlement cantonal vient d'adopter une loi qui criminalise la mendicité - aux petits dealers et aux squatteurs. Avec son slogan « Du cran et de la poigne » - hommage sans doute involontaire à deux personnages secondaires des aventures de Gaston Lagaffe (Ed. Dupuis) - et sa paresse en matière de lutte contre la grande criminalité économique, M. Zappelli a toutes les chances de l’emporter.

L’héritage de Bernard Bertossa est désormais presque mort et enterré. A la tête du parquet de Genève de 1990 à 2002, le magistrat socialiste, aujourd’hui à la retraite, avait secoué le canton en menant une politique ultra active contre le blanchiment d'argent. En 1996, il signait l'« Appel de Genève » avec six autres juges et procureurs européens. Ses détracteurs l’accusaient alors de se prendre pour le justicier de l’humanité. Lui, rétorquait en disant vouloir « créer l’insécurité » – amusant dans la bouche d’un procureur ! – pour tous les criminels en col blanc.

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