Conseil des droits de l’homme : on achève bien les diplomates

"Nous sommes totalement épuisés et finalement nous n’arrivons à rien faire sérieusement. C’est un planning de folie. Jeudi prochain, il y a une session spéciale sur le droit à l’alimentation, puis la session plénière redémarre début juin." Confidence d’un diplomate occidental venant de sortir du Palais des Nations, à Genève, lundi 19 mai, vers 18 heures.

"Nous sommes totalement épuisés et finalement nous n’arrivons à rien faire sérieusement. C’est un planning de folie. Jeudi prochain, il y a une session spéciale sur le droit à l’alimentation, puis la session plénière redémarre début juin." Confidence d’un diplomate occidental venant de sortir du Palais des Nations, à Genève, lundi 19 mai, vers 18 heures.

 

Les supporteurs du Conseil des droits de l’homme n’avaient pas forcément prévu que le nouvel organe "permanent" onusien – en remplacement de la "vieille" Commission des droits de l’homme qui chaque année au mois de mars faisait son happening – se heurterait à un obstacle aussi terre à terre : la fatigue des êtres humains.

 

 

Reprenons. Le Conseil des droits de l’homme (CDH), composé de 47 Etats élus par roulement, a commencé ses travaux en juin 2006 dans la joie et l’allégresse. Mais après presque deux ans d’existence, on frôle le "burn out". Le CDH, ce sont déjà sept sessions ordinaires d’en moyenne quinze jours, six sessions extraordinaires convoquées sur différents thèmes, des réunions et des séances, des séances et des réunions.

 

Surtout, depuis début avril, ce sont trente deux pays qui ont été examinés durant l’examen périodique universel (EPU), le mécanisme phare du CDH qui est censé passer au crible, tous les quatre ans, les manquements en matière de droits de l’homme des 192 Etats membres de l’ONU.

 

Ne parlons pas du contenu de tout cela. Imaginons juste les piles de documents que les ambassadeurs et surtout leurs « sous-fifres » - hommage aux conseillers anonymes ! - doivent en principe avaler, digérer et recracher sous une forme ou une autre. Rien que pour l’EPU dont la seconde session vient de s’achever, ce sont d’abord trois rapports qu’il faut lire: l’un officiel concocté par l’Etat examiné et deux compilations, l’une du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, l’autre faite à partir des remarques des ONG. Durant l’Examen lui-même, une séance de trois heures est organisée sous les néons, comprenant un « dialogue interactif ». Les Etats qui le souhaitent posent des questions.

 

Heureusement, une délégation du pays arrive en renfort pour y participer. Puis, en l’espace de trois jours, un rapport intermédiaire résumant le tout doit être pondu par une troïka d’ambassadeurs tirée au sort. Ce document - contenant des « recommandations » à l’Etat concerné - devra ensuite être adopté en session plénière de juin. Et début décembre, c’est reparti pour un tour : seize nouveaux pays passeront sur le gril. C’est l’Onu me direz-vous ? Oui c’est l’Onu « des très petits pas et des grandes fatigues » répond un habitué du bar du Serpent, le haut lieu du Palais des Nations.

 

A Genève, on n’avait jamais autant trimé. Liste des pays déjà soumis à l’EPU

1ère session (7 au 18 avril 2008) : Bahreïn, Equateur, Tunisie, Maroc, Indonésie, Finlande, Royaume Uni, Inde, Brésil, Philippines, Algérie, Pologne, Pays-Bas, Afrique du sud, République Tchèque, Argentine

2ème session (5 au 19 mai 2008) : Gabon, Ghana, Pérou, Guatemala, Bénin, Corée du sud, Suisse, Pakistan, Zambie, Japon, Ukraine, Sri Lanka, France, Tonga, Roumanie, Mali

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