Palestine In & Out, les jeunes artistes de Palestine à l'honneur

  Olivia Elias, poète, 20 juin 2015.Le concours organisé récemment par l’Institut culturel franco-palestinien, Paris, a braqué les projecteurs sur la jeune création de Palestine. Rencontres avec 4 lauréats - dont l’une via Skype avec Mahmoud Al-Kurd, photographe de 22 ans  interdit de sortie de Gaza à l’instar de ses confrères de la Bande depuis 2014 - et interview  de l’un des parrains de l’évènement. 

 

 Olivia Elias, poète, 20 juin 2015.

Le concours organisé récemment par l’Institut culturel franco-palestinien, Paris, a braqué les projecteurs sur la jeune création de Palestine. Rencontres avec 4 lauréats - dont l’une via Skype avec Mahmoud Al-Kurd, photographe de 22 ans  interdit de sortie de Gaza à l’instar de ses confrères de la Bande depuis 2014 - et interview  de l’un des parrains de l’évènement. 

 

Le niveau très élevé des réalisations – si élevé que le jury a décerné des mentions spéciales - et leur diversité confirme ce que l’on pressentait. Oui, la jeune création palestinienne existe. Oui, la relève des aînés dont les œuvres figurent dans les galeries et les musées les plus prestigieux du monde existe. Mais cela va plus loin encore : on peut parler, aujourd’hui, d’une véritable explosion, « in Palestine & out ». Cela malgré la situation de plus en plus difficile, la faiblesse des moyens et des structures de soutien, particulièrement à Gaza où tout manque, la dispersion, l’enfermement. Malgré ou à cause de ces conditions. En effet, face à la répression, les jeunes Palestiniens choisissent, en nombre, de réagir en mobilisant leurs énergies dans un acte créateur. Plusieurs d’entre eux font déjà preuve d’une grande maîtrise des moyens et d’une maturité artistique qui ont frappé les jurés parmi lesquels figuraient Ernest Pignon-Ernest, Joss Dray et Patrick Lama.  

Artistes, les jeunes primés le sont tous, assurément. Artistes de Palestine aussi et ils le font savoir sans l’asséner en faisant preuve d’une ouverture multiculturelle et d’une appétence pour les formes d’expression contemporaines remarquables. Leurs œuvres parlent d’elles-mêmes. Elles témoignent de la vitalité et de la résilience des Palestiniens qui aspirent à pouvoir vivre et créer librement comme tous les peuples sur terre.

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Mahmoud Al-Kurd , photo de la série "Dreaming about freedom" (Rêver de liberté) actuellement exposée dans les locaux de l’Iremmo, Paris.

Mahmoud, Al-Kurd (Gaza),lauréat dans la catégorie Photo pour la série « We breathe Freedom »,22 ans, pratique la photographie depuis son plus jeune âge en autodidacte et a déjà participé à plusieurs expositions en Palestine et à l’étranger. C’est durant la terrible guerre israélienne contre Gaza, à l’été 2014, qu’il réalise cette série onirique, doublement surréaliste vu les circonstances. Il disposait de moyens très succincts (une caméra et deux objectifs) mais avait, à ses côtés, une ressource précieuse : sa petite sœur de 9 ans. C’est elle qu’il photographie vêtue d’une robe de princesse, petite Alice de Gaza gravissant l’échelle menant au Pays des merveilles. Cette photo deviendra, nous en sommes sûrs, iconique comme celle illustrant cet article. «Nous avons été extrêmement surpris de voir un travail de cette qualité et cette capacité de distanciation chez un jeune de cet âge, vivant de surcroît à Gaza », commente Ernest Pignon-Ernest. Mahmoud poursuivra ce travail : «je veux faire 51 images, une pour chaque jour de guerre». C’est sa façon d’affirmer, à l’instar du grand Darwish, « il y a sur cette terre, ce qui mérite vie ». 

 

Samar Haddad King (Haïfa), lauréate en danse contemporaine pour sa pièce Noah, 30 ans. Ses noms et prénoms disent sa double origine, palestinienne et américaine, Samar a grandi en Alabama. Sa grand-mère aimait les proverbes. Samar, elle, aime raconter des histoires en juxtaposant langage du corps formé à la danse moderne, écriture et musique. Sa dernière pièce est née de la phrase finale : « Il mourut sans regrets ».  A partir de là, Samar raconte ce que furent la vie, les rêves et les échecs d’un jeune nommé Noah. Dans le solo, Noah se remémore ses relations avec les femmes de sa vie. Comment faire pour échapper au regret ? Si la question obsède Samar, elle semble exempte de nostalgie. Peut-être, est-ce parce qu’elle dit aimer la lutte ? « La lutte et la fragmentation sont présentes partout, dans la question palestinienne, dans les rapports entre femmes et hommes, entre générations, classes sociales. Ce qui m’intéresse c’est de trouver des moyens d’en sortir en mobilisant des équipes autour de projets », explique-t-elle.

Dima Hourani (Amann),lauréate en art-vidéo pour «Past Tense Continuous », pas encore la trentaine mais déjà plusieurs périodes de formation et de résidence en Norvège et aux Pays-Bas et des expositions.  Son travail est marqué par la volonté de réinterpréter les symboles/stéréotypes et de faire revivre le passé à partir d’archives en « relocalisant » les évènements au 21ème siècle. Sa vidéo s’ouvre sur l’image d’un camion des années 40 circulant sur une route bordée de champs d’oliviers, avec à son bord, des réfugiés habillés et coiffés comme à l’époque. Le camion arrive à Ramallah. Une foule stupéfaite se presse autour, appareils photo et smartphones en action. Les réfugiés descendent, un cortège s’improvise…L’effet de télescopage entre la Nakba et l’univers des descendants des réfugiés de 1948, moderne mais toujours marqué par l’occupation, est sidérant.  Grâce à une bourse d’une fondation allemande, Dima rappellera bientôt, avec les mêmes méthodes, l’apport des femmes allemandes à la reconstruction de leur pays dans l’immédiate après-guerre.

 

Randa Mdha (village de Maydal Shams dans le Golan syrien), mention spéciale pour son court métrage « Light Horizon », 30 ans, filme quant à elleune maison abandonnée, dépouillée de ses portes et fenêtres, dans l’un des 164 villages de sa région, détruits en 1967 par l’armée israélienne. Sur la façade, de très nombreux impacts de balle. Le regard traverse la maison jusqu’à la terrasse surplombant un paysage de collines et de champs d’oliviers. Des voilages blancs flottent au vent. Une femme balaie le sol et tente de ramener un peu de vie dans les lieux. Pas un mot, seulement le chant des oiseaux. Dima n’a pas besoin de mots pour rendre palpables la nostalgie et l’harmonie. Si Light Horizon est sa première incursion hors de ses domaines d’expression habituels - peinture, dessin et sculpture – elle y démontre sa maîtrise du vide et du plein. La galerie Europia, à Paris, lui consacre actuellement une exposition. 

Faraj Suleiman (Haïfa, 30 ans), l’un des parrains du concours, a débuté le piano à trois ans. Son ambition : créer une nouvelle musique orientale en mettant en relation rythmes/tonalités du Proche-Orient et d’Occident. Dans son Panthéon personnel figurent Bach, Stravinsky et l’artiste argentin, Piazzolla. Stravinsky… dont une source d’inspiration fut Bach, Piazzolla… grand admirateur du premier. La filiation est encore plus évidente lorsque l’on rappelle le conseil donné à Piazzolla par la grande pédagogue et musicienne Nadia Boulanger : trouver son style personnel en réinterprétant les musiques populaires de son pays, notamment le tango, et en l’inscrivant dans un langage contemporain.  Faraj finalise actuellement son deuxième CD ainsi qu’un spectacle musical avec le metteur en scène de théâtre Amir Nizar Zuabin.

 

 

 

 

 

 

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