L’inculture promise

Jack Lang votera en faveur de la loi Hadopi
Jack Lang votera en faveur de la loi Hadopi

 

http://www.lefigaro.fr/politique/2009/04/16/01002-20090416ARTFIG00631-jack-lang-votera-en-faveur-de-la-loi-hadopi-.php

 

 

Longtemps, je me suis amusée à lire, je me suis amusée à regarder le monde qui nous entoure, je me suis reposée de quelques romans. Longtemps, je me suis attachée à espérer comprendre la vie et cette silencieuse destinée. Jamais, je n’avais pleuré d’inconsistance de l’autre, de ce mépris de l’autre et de cette ignorance. Je suis une femme de 43 ans. C’est-à-dire qu’en 1981, ce temps où le cœur battait à gauche et plus que cela, j’avais 15 ans. Je rêvais de théâtre, de littérature, d’amour et de voyage. Je suis une enfant des années Mitterrand, je suis de la génération Lang, j’ai lu Malraux aussi. Je me souviens de la première fête de la musique, je me souviens de cet espace de pensée possible et grandissant d’année en année, je me souviens d’une noyade culturelle exponentielle, des premières radios libres, de l'after deleuze, du magazine actuel, de gainsbourg et coluche provoquants, je me souviens de ces années Lang, comme étant à jamais les miennes, les nôtres, merveilleuses. Longtemps, nous nous sommes amusés à nous cultiver, à découvrir le monde qui nous entourait de cette perception possible et libre. Et ces murs qui tombaient les uns après les autres, et ces paroles qui se déliaient, et cette liberté immense, et le rock, et la presse, et la danse contemporaine et le reste.

 

Aujourd’hui, je pleure de honte. J’ai honte de la caricature, celle du pouvoir. J’ai lu Machiavel. Je vomis sur Lang et son visage dévasté de cicatrices lisibles, celles de la trahison. Aujourd’hui, Jack est prêt à tout pour gagner un nouveau ministère (de la justice), prêt à chier sur tous les écrivains qu’il a aimés, toutes les paroles qu’il a soutenues, cette liberté, cet espace précieux, lui, prêt à baisser son froc pour reigner de sa pâle figure. Lang est un homme dangereux, une figure méprisable, un père à désavouer. Je suis une enfant des années Lang, je suis perdue et à jamais déshonorée.

 

Aujourd’hui, cet homme est prêt à commettre le pire, il se présentera à l’Assemblée le mercredi 29 avril 09 au côté de la femme ministre Albanel pour voter une loi répressive et crétine (Hadopi ou loi création et internet) contre notre culture et résolument pour leur industrie, celle de quelques majors, de quelques chefs et nombre de décideurs gras et ignorants adjoints de ces quelques 10 000 signataires inexistants, noms pillés ici et là. Vérification de la Quadrature oblige : http://www.laquadrature.net/wiki/Verification_Liste_SACEM

 

Le 29 avril 2009, Jack signera un dernier pacte avec le diable, le pacte de l’inculture promise, celui de la méconnaissance, du mépris et de l’abjection. Il se présentera avec toute la fierté de ses années qui sont les nôtres, celles qu’il nous pille une dernière fois, de ce crédit et de cette confiance que nous lui avons apportés, lui, soutiendra le pire. Il exprimera à nouveau son désir de reigner. Jack Lang est une vieille putain de la nouvelle république, la république de l’inculture promise. Et que gagnera-t’il d’autre que notre mépris en retour ? Il gagnera un ministère, un autre ministère (J comme justice). Jack, notre vieille putain cicatrisée de la nouvelle république bafouera l’espace de liberté que nous avons cru acquis lorsqu’en 81 nous avions 15 années, puis lorsque 7 années après et ce pouvoir de voter, nous avons pour une première fois et avec tant d’ignorance et de fierté offert notre confiance à nos chefs cultivés ad vitam eternam, à ceux qui nous ont désigné le chemin de cette silencieuse destinée.

 

La vieille putain se présentera à l’Assemblée sous ses fonctions parlementaires qu’elle n’a jamais honorées en 4 années. La vieille putain votera pour la première fois dans l’hémicycle au nom de notre génération, à ce crédit, le nôtre désavoué et ces quelques milliers d’euros par mois acquis pour ceci. La vieille putain signera ce pacte avec le diable et écrasera la culture promise pour nos tendres enfants. La culture que nous avons pensée et élaborée ensemble durant des décennies, la culture Malraux, la culture Lang, notre culture, celle à laquelle nous nous sommes dévoués, celle pour laquelle nous avons passé des décennies à œuvrer, à opérer silencieusement. De cette culture asphyxiée à jamais pour une simple passe parlementaire ou ministérielle.

 

Aujourd’hui, je pleure de l’inconsistance de l’autre, du mépris de l’autre et de cette ignorance. J’explique à mes enfants qu’il ne faut croire en personne, que les pères n’existent pas et que les hommes politiques ne sont que de vieilles putains cicatrisées, que la république n’existera à nouveau que par leur propre volonté, que seul l’écrivain est respectable et que la culture est essentielle. J’explique à mes enfants qu’il ne faut surtout pas avoir confiance en l’autre, car l’autre signera un pacte avec le diable, Jack is Justice. Je leur dis toute la naïveté de ma génération, celle des années Lang. Je leur transmets l’envie de lire et de penser. Et mes enfants sont libres, et je l’espère, auront un jour à nouveau, sans répression aucune, envie d’amour, de voyage, de littérature, d’images et de cette lente disparition de la vie. Les vieilles putains seront sous terre. La république à nouveau possible et la répression enterrée de souvenirs minables du 29 avril à l'assemblée et ailleurs.

agnès

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.