Terra Nova et la loi crétine "Création et Internet"

Cher Olivier Ferrand,Le 9 mars 2009, vous publiez sur votre site-blog de Terra Nova cet article intitulé "Le projet de loi Création et Internet", le 10 mars, vous publiez ici sur votre profil médiapart le semblable article

Cher Olivier Ferrand,

Le 9 mars 2009, vous publiez sur votre site-blog de Terra Nova cet article intitulé "Le projet de loi Création et Internet", le 10 mars, vous publiez ici sur votre profil médiapart le semblable article intitulé radicalement "Le projet de loi création et Internet, une loi indispensable". Et sur votre facebook ? (j'attends votre amitié pour être certaine de ne pas m'être trompée). Les arguments émis sont semblables à ceux des députés ump présents à l'Assemblée Nationale et sans réserve pour cette loi (hormis le plus jeune des députés ump), les arguments émis sont semblables à ceux du rapport Denis Oliviennes, à ceux qui traversent les esprits mercantils de nos patrons de majors et sans aucun doute par amitié à ceux (les esprits) de nos gouvernants. Vous savez de quelle manière se sont signés ces accords de l'Elysée ? Un coup de fil le vendredi soir : "Venez signer les accords !" "Et le texte ? " "Vous le lirez demain"... allez donc questionner la direction de la spedidam, de ceux qui représentent les artistes. Ils vous raconteront ceci comme ils nous le disent publiquement lors de colloques et de débats où vous êtes tous absents. Allez donc écouter les jeunes futurs juristes s'opposer à cette loi et nous délivrer leurs pensées, menspublica.fr

Certes, quelques-uns de vos proches (ps ?) ont voté au Sénat en octobre dernier ce projet de loi (Tasca) ou bien la soutiennent (Lang) et ceux-ci sont aujourd'hui ouvertement écartés de la discussion. Et enfin, à l'Assemblée, nous écoutons 5 députés PS parler de ce qu'ils connaissent, cet espace public : Patrick Bloche, Sandrine Mazetier, Martine Billard, Didier Mathus et Christian Paul. Avez-vous écouté vos amis ?

Ce qui est dingue, c'est que je me souviens de vous dans cet arrondissement de Paris, le 3ème, il y a quelques années, promouvoir le partage de la culture Internet et ses pratiques, l'accès libre à celle-ci (le premier réseau wifi ouvert municipal à paris). Je me souviens de vous engagé pour notre culture, celle de nos enfants et vous si éloigné de quelques patrons que ce soit.

 

Mes arguments seront pauvres et non lus certainement, face à ceux de votre président de Sony Music. Mais ils ne m'appartiennent pas, nous les partageons à quelques-uns. A ceux qui vivent de leurs exercices, à ceux qui écrivent peut-être ce territoire de demain, à ceux qui le comprennent, à ceux aussi qui savent cette loi crétine, obsolète et anti-démocratique. C'est-à-dire à ceux qui pourraient rejoindre Terra Nova sans ces copiés-collés de monsieur sony.

 

Cher Olivier Ferrand, je vous copie-colle ci-dessous 2 textes, le premier est signé par des artistes qui vivent très bien de leurs exercices, de ce lien avec leur public, un texte publié en tribune sur libération en septembre (l'avez-vous lu ?), des artistes parcourant la France et le www de rencontres en rencontres contre cette propagande odieuse et mérpisante qui sépare l'artiste de son regardeur au profit du grand distributeur, un texte lu à l'Assemblée d'ailleurs par Sandrine Mazetier, "Téléchargez-moi", un texte des artistes Internet mon amour, des prix duchamp, des grands prix scam, sacd, sacem, des écrivains, des plasticiens, des auteurs, labellisés ministère, galeries privées, expositions internationales... des artistes certes non signés par Sony France mais disponibles on demand;) et dessinant à eux tous une pensée contemporaine.

Le second texte est la lettre que j'ai écrite aux 577 députés, remember Marguerite Duras, Borges....

 

Et si vous avez 7 minutes de plus, et bien le 1er avril (ce n'est pas une blague), et que vous êtes lecteur de la Princesse de Clèves ou bien artiste ou bien pirate, nous organisons une Flash Mob Artichaut Pirate à 11h55 précises dans les Jardins du Palais Royal sous les fenêtres de Christine, puisque nous ne sommes pas plus entendus qu'un artichaut...

Nous avons lancé un groupe FaceBook, si vous désirez en être l'un des membres ici :

http://www.facebook.com/group.php?gid=61558322101

Et vous savez quoi ? si nous ne sommes pas nombreux à cette mobilisation, ce n'est pas très très grave, les artistes sont habitués à cet isolement et ne respectent qu'un lien, celui pensé, réfléchi avec le public, ce lien que vous détruisez.

Nous passerons des heures entières à honorer ce public, nous partagerons nos adresses IP à des millions, c'est très simple, contre ce déni de la pensée. Ce qui sera dommageable si vous vous obstinez, c'est que l'accès à la culture prendra deux voies, celle de ceux qui ne sont pas écrasés par la peur du grand méchant loup de cette riposte crétine et celle de ceux qui auront peur et qui écouteront et paieront pour une culture d'Etat, je veux dire une culture éloignée de la pensée Terra Nova.

Bien à vous Olivier Ferrand, Terra Nova

 

Agnès de Cayeux

06 790 350 86

 

 

 

 

TELECHARGEZ-MOI

http://www.internetmonamour.fr

Le projet de loi « Création et Internet » que le Parlement doit adopter cet automne nous préoccupe. Il est en total décalage avec notre réalité, bien loin de la « Création » et encore plus de cet « Internet » dont il prétend vouloir réguler les pratiques. Cela dit, il semble très naturel qu’une communauté de cinéastes « défendent cette loi sans réserve » et se fendent d’une tribune intitulée « Culture ne rime pas avec gratuité » dans « Le Monde » du 8 juillet. Comme il semble naturel que l’enjeu industriel soit au cœur de cette loi.
Sauf que. Depuis les débuts du World Wide Web, nous nous sommes pris au jeu de cette mutation et existons 1.0, 2.0, et demain 3.0. Nous sommes les créateurs de demain, sans prétention aucune. Très sérieusement et depuis longtemps, nous nous posons la question du droit d’auteur, celle de la diffusion des œuvres sur les réseaux et de leur réception. Tout comme nous nous posons la question de l’économie de la création, sur l’Internet et ailleurs.
Ce projet de loi est contraire à nos pratiques, tout comme il est extrêmement méprisant des usages et totalement ignorant d’un monde simplement contemporain.
Nous souhaitons qu’un projet de loi intitulé « Création et Internet » prenne en compte nos processus de création. C’est un droit.
Nous désirons partager et être téléchargés, sans filtrage aucun. C’est une nécessité.
Nous espérons que le principe démocratique selon lequel l’œuvre existe ou n’existe pas au travers du regard de l’autre s’applique à cette multiplicité que d’autres nomment « piratage ». C’est une revendication.
L’auteur, le créateur, le spectateur, a muté. L’œuvre est regardée, écoutée, partagée, comme jamais auparavant. Et c’est pourquoi créateurs et regardeurs ne peuvent être filtrés par une loi obsolète et crétine. Une loi qui asphyxie la « Création » et « l’Internet ».

 

 

 

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LETTRE AUX DEPUTES

Mesdames, Messieurs les députés,
Je vous écris en tant que citoyenne, artiste et mère de famille au sujet du projet de loi Création et Internet. Un projet de loi que je connais bien pour l'avoir lu et relu, pour l'avoir analysé avec nombre d'artistes - http://www.internetmonamour.fr - dont les processus de création et de diffusion sont inhérents à la possibilité d'être libres sur notre réseau Internet, d'être libres de repenser ce lien indispensable à notre public tant désiré.
Défendre le droit des artistes aujourd'hui serait sans doute de reconsidérer ce lien, de redonner une place à l'autre. Il s'agirait de penser le territoire de l'Internet comme un nouvel espace public. Défendre le droit des artistes aujourd'hui serait également défendre le droit du public.
Voici sans doute ce que les auteurs, les producteurs du projet de loi "Création et Internet" ignorent : cette nécessité pour un artiste de définir, de réfléchir, de choisir ce lien avec son public tant désiré, tant attendu et indispensable à tout processus de création.
Les auteurs et les producteurs du projet de loi ignorent également ou bien méprisent ouvertement l'histoire écrite par les artistes, l'histoire de leurs droits, celle du cheminement de leurs oeuvres à donner à l'autre et celle de l'exercice de leurs pensées.
Je vous invite, Mesdames, Messieurs les députés, à offrir lecture des mots de Duras ou de Borges au sein de l'Assemblée :
Marguerite Duras répond ces quelques mots à Gaston Gallimard qui lui demande de publier le scénario de Hiroshima, mon amour, suite au succès du film d'Alain Resnais :
" Il est entendu qu'Hiroshima mon amour est pour vous si je me décide à le publier en accord avec Alain Resnais. La question pour nous est de vaincre comment vous dire ? une certaine impudeur : le script a vraiment été fait pour nous seuls : Resnais, les acteurs et moi, et le donner au public nous gêne un peu, surtout à cause du succès du film. C'est comme si on livrait un secret, une histoire d'amour, tout de suite après qu'elle eut pris fin. " in Marguerite Duras, biographie écrite par Laure Adler et publiée chez Gallimard (page 545)
L'histoire de Marguerite Duras, notre écrivaine, cinéaste, cette femme engagée, autoritaire, controversée parfois violemment ou adulée... donc cette histoire construite d'une relation précise et précieuse entre elle, Marguerite, et son éditeur, Gaston Gallimard, puis son second éditeur Jérôme Lindon des Editions de Minuit et ce public, son cher public, ce lecteur, ce spectateur, ce regardeur.
Dans cette histoire écrite par les artistes, il persiste cet étrange projet littéraire conçu par Jorge Luis Borges en 1939 dans sa nouvelle " Pierre Ménard, auteur du Quichotte ", (in Fictions, Editions Folio), une sorte de fatalité qui conduit Pierre Ménard à rédiger un texte déjà écrit, le Quichotte de Cervantès. La nouvelle de Borges se présente comme une véritable expérience de pensée qui met en question l'identité de l'oeuvre littéraire.
Les derniers mots de la nouvelle :
" Ménard (peut-être sans le vouloir) a enrichi l'art figé et rudimentaire de la lecture par une technique nouvelle : la technique de l'anachronisme délibéré et des attributions erronées. Cette technique, aux applications infinies, nous invite à parcourir l'Odyssée comme si elle était postérieure à l'Enéide et le livre Le jardin du centaure, de madame Henri Bachelier, comme s'il était de madame Henri Bachelier. Cette technique peuple d'aventures les livres les plus paisibles. Attribuer l'Imitation de Jésus-Christ à Louis-Ferdinand Céline ou à James Joyce, n'est-ce pas renouveler suffisamment les minces conseils spirituels de cet ouvrage ?"
" L'identité des oeuvres entre le texte et la réception ", Nancy Murzilli http://www.fabula.org/revue/cr/305.php
J'ai fait quelques études, j'ai lu quelques livres et jamais, je n'y ai compris que la culture pouvait se construire sur un modèle économique prédominant. Mais plus précisément sur l'histoire précise de la perception et son renouvellement. L'oeuvre de Rembrandt et celle de Dürer ont été connues uniquement par ce fait de la reproduction, la gravure, et cette démultiplication du regard. Cette possibilité où la dégradation porte l'oeuvre vers une certaine reconnaissance, c'est à dire le regard de l'autre.
Défendre le droit des artistes aujourd'hui serait peut-être de parler de ce désir de l'autre, de cet autre. Lui, c'est un peu comme un fantôme qui hante nos espaces de travail, de doutes, de réflexion. Lui prend parfois le corps d'un amant, d'une maîtresse inaccessible, idéalisée, et puis parfois, lui, ce fantôme, ressemblerait plus à une espèce de corps collectif avec lequel une relation forte et intellectuelle s'écrirait peu à peu, comme une certitude, une perfection à atteindre ensemble au service de la pensée.
Voici, Mesdames, Messieurs les députés, quelques pistes de lectures attachées à ce désir précis de repenser ensemble ce lien avec l'autre, notre si cher public.
Avec mes salutations distinguées
Agnès de Cayeux

 

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