Le fabuleux destin contrarié d’Hillary Clinton

Mettons le doigt sur une question dérangeante: l’électeur américain moyen préférera-t-il un mégalomane sans scrupules comme Donald Trump, plutôt qu’une femme politique comme Hillary Clinton à la Maison blanche?

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Ce soir, au QG d’Hillary Clinton à Brooklyn, la fête est prévue pour célébrer la victoire de la candidate à l’investiture démocrate et sonner le glas de la défaite pour son challenger «  socialiste » Bernie Sanders. Créditée de 1809 délégués + 548 super délégués et d’une avance de 3 millions de votes sur le sénateur du Vermont, Hillary Clinton a d’ores et déjà remporté les primaires démocrates, même si son avance en Californie a fondu comme les neiges de la Sierra Nevada pendant la sécheresse, au point que Bernie peut encore remporter une part substantielle, si ce n’est la majorité, des 475 délégués du « Golden State ».

Première femme à décrocher la nomination du parti Démocrate, Hillary Clinton réalise une première historique, dans une élection présidentielle à hauts risques, où Bernie Sanders comme Donald Trump ont changé la course et les termes du débat.

Le couronnement annoncé il y a 14 mois d’Hillary Clinton, candidate ‘naturelle’ du parti démocrate, en 2008 comme en 2016, aura cependant été une longue course d’obstacles qui est loin d’être terminée. Car le chemin des femmes politiques vers les plus hautes instances électives est pavé de mauvaises intentions - de vote -.

Malgré ma sensibilité féministe, je l’avoue, la candidature d’Hillary Clinton ne m’a pas spécialement réjouie, et celle de Bernie Sanders m’a parue autrement plus excitante. Mais une fois dépouillées toutes les rationalisations des désaccords politiques et des critiques, de droite comme de gauche, envers l’ex-secrétaire d’Etat, force est de constater que le plus gros défaut d’Hillary Clinton, ce n’est même pas son compagnon - comme disait un ministre français à propos de Ségolène Royal -, c’est son sexe.

Depuis la récente destitution de Dilma Rousseff au Brésil,  les 11 femmes chefs de gouvernement dans le monde actuellement- sur 197 Etats reconnus par l’ONU- -- suffiraient à nous mettre la puce à l’oreille de cet inconscient qui résiste.

De la Loi Salique à la Révolution française, et de la Déclaration des Sentiments des féministes et abolitionnistes américaines en 1848 revendiquant le droit de vote, qui furent priées de rentrer à la maison une fois la citoyenneté concédée aux hommes noirs affranchis, c’est peu de dire que la misogynie, consciente et revendiquée, ou bien inconsciente, intériorisée et collective, continue d’écarter durablement les femmes du pouvoir.

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Quelque soit le désaveu pour une classe politique perçue par l’opinion publique comme corrompue, va-t-en-guerre et rarement progressiste, comment penser le degré d’animosité envers Hillary Clinton, dont les échecs et les accomplissements sont pourtant comparables à ceux de bien d’autres politiciens?

En 2008, la prestance d’un jeune sénateur de l’Illinois et la révolution symbolique que constituait l’élection du premier président afro-américain, auront masqué ce qui se joue crûment et cruellement en pleine lumière cette année: le mépris et la haine des femmes, et plus encore des femmes puissantes.

Tout au long de sa carrière, les qualités qu’on prête aux hommes politiques, l’ambition, le sang froid, la compétence, l’endurance, l’agressivité, se sont retournées contre Hillary Clinton. Ironie du sort, les deux candidats à la Maison Blanche aujourd'hui en lice font jeu égal en matière d’impopularité. 56% des électeurs les jugent malhonnêtes et non fiables pour gouverner, avec des CV politiques pourtant diamétralement opposés: l’engagement et l’expérience politique d’Hillary Clinton en tant que première Dame, sénatrice et secrétaire d’Etat est inégalée, tandis que la somme de l’expérience politique de Donald Trump, qui n’a jamais occupé de mandat électif, se résume à zéro.

Dans un pays de cow-boys attaché à ses « guns », où le parti Républicain s’est rangé comme un seul homme derrière Donald Trump, celui-ci ne manquera pas d’appuyer sur la gâchette du sexisme primaire. Une fois toutes les cartouches épuisées, cette élection présidentielle se réduira à voter pour une femme - compétente - contre un homme - incompétent -, de la manière la plus grossière et caricaturale. Une équation que Donald Trump a bien compris et qu’il exploite déjà, accusant Hillary Clinton de jouer la carte « femme », comme il tire avec succès sur la grosse ficelle du racisme et de la xénophobie, avec la complaisance des médias.

Selon un sondage récent de CNN, Hillary Clinton créditée de 45% d’intentions de vote, ne dispose plus que d’une courte avance sur Donald Trump (43%). Reste à espérer que les « Bernie Bros » ne délaissent pas les urnes, et comprennent que la « révolution politique » que nous appellons de nos voeux ne se gagnera pas sous une présidence Trump, et ne se fera pas sans les femmes, ni contre elles.

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