Prend-les par les bourses

L’organe le plus sensible de l’homme c’est le portefeuille, disait ma grand-mère. Ce leitmotiv cher à Donald Trump est aussi la tactique de nombreux citoyens qui utilisent le boycott contre les décisions et les actions présidentielles.

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Le plus impopulaire président des Etats-Unis, qui se vante d’attraper les femmes par la chatte, veut aussi tenir le monde par les bourses et faire payer à ses critiques et ses opposants le cout de leur affront. Du Mexique à l’Otan en passant par les importations, des 'villes sanctuaires' à la chaine de grands magasins Nordstrom qui vient de retirer de ses rayons la ligne de produits Ivanka Trump, le Commander in chief a l’obsession de frapper au porte-monnaie tous ceux qui lui résistent. Une tactique reprise par les citoyens américains pour s’opposer à ses politiques.

L’initiative la plus éclatante vient d’être prise par le conseil municipal de Seattle qui a voté à l’unanimité la non reconduction de ses opérations bancaires - 3 milliards de dollars par an - avec la banque Wells Fargo qui finance le projet d’oléoduc du Nord Dakota dont les travaux viennent d’être ré-autorisés par l’administration Trump.

Le président qui tweete plus vite que son ombre contre les compagnies qui lui déplaisent - Oreo, Macy’s, Boeing, Apple, … - n’est pas le seul adepte du boycott. Sur les réseaux sociaux, les appels à sanctionner les entreprises liées à Donald Trump cartonnent. D'autant que le chef d'Etat persiste allégrement et contre toute éthique à mélanger business, fonction politique, et promotion commerciale depuis la Maison Blanche ou son club de golf de Mar-A-Lago.

Révoltée par l’apologie du harcèlement sexuel faite par Donald Trump, Shannon Coulter, employée d’un service marketing à San Francisco, a lancé le mouvement Grabyourwallet. Vu plus de 600 millions de fois, le site prend pour cible les entreprises dont les dirigeants soutiennent financièrement Donald Trump ou s’alignent sur ses propos sexistes, racistes et xénophobes, comme par exemple, la marque New Balance, surnommée par un site d’extrême-droite « La chaussure officielle des Blancs ».

Le compte twitter Sleeping Giants affiche l'objectif de stopper les sites d’extrême-droite en les privant de revenus publicitaires. Avec en ligne de mire le site Breitbart, - dirigé par Steve Bannon, désormais conseiller stratégique de Donald Trump -, l’idée de Sleeping Giant est d’alerter les marques et leurs annonceurs sur les contenus mensongers ou haineux qu’elles sponsorisent souvent à leur insu, car les encarts publicitaires en ligne générés par des algorithmes, sont distribués sans discernement qualitatif sur les plate-formes numériques. Alertées par les internautes, plus de 225 compagnies ont blacklisté le site de l’Alt-right. Parmi celles-ci, le retrait de Kellogg’s a provoqué la fureur de Breitbart qui a lancé à son tour une contre-campagne de boycott contre la marque.

Les 'nerds' et le nerf de la guerre

La neutralité politique habituelle des entreprises a volé en éclat avec le décret présidentiel suspendant l’accueil des réfugiés et des immigrants de 7 pays, qui vient d’être rejeté en appel par trois juges. La majorité des entreprises high-tech de la Silicon Valley, souvent créées par des immigrants et dont les innovations reposent sur le recrutement de ‘cerveaux’ du monde entier, se sont prononcées contre ce décret et d’autres mesures restrictives programmées en matière d’immigration. A contrario, la compagnie Uber, perçue comme casseur de la grève des taxis new-yorkais en solidarité avec les réfugiés, a vu 200 000 utilisateurs supprimer l’application de leurs téléphones portables à l’initiative de #DeleteUber. Si cela ne représente que 0,5% de la clientèle d’Uber, son PDG, Travis Kalanick a du s’excuser publiquement et a quitté le conseil économique de Donald Trump. Au même moment, son concurrent Lyft qui promettait de verser un million de dollars à l’American Civil Liberties Union (ACLU), supplantait Uber en nombre de chargements de son application sur Apple store. L’impact d’un boycott sur les ventes est souvent marginal ou limité dans le temps, mais l'image de marque d’une entreprise se répercute très vite sur les profits à court terme de ses actions cotées en bourse.

Même le Superbowl, la grand-messe qui rassemble les Américains à l’unisson n’a pas échappé aux clivages politiques et sociétaux. Les spots publicitaires négociés à prix d’or d’AirBnb, qui s’est engagé à loger gratuitement les réfugiés, ou de Budweiser, qui retrace le parcours et les difficultés surmontées par son fondateur immigré allemand, ont diffusé des messages positifs sur la diversité et l’inclusion des minorités. Le spot de l’entreprise de construction 84 Lumber, avec pour slogan « La volonté de réussir est toujours bien accueillie ici » a été censuré par la chaine Fox, car il mettait en scène le parcours d’une mère et de sa fille hispaniques, jusqu'à un mur à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. La publicité Audi a fait quant à elle, la promotion de l’égalité salariale hommes-femmes. Dans un scénario de course de voiture, un père se pose des questions sur l’avenir de sa fille, avec pour commentaire en voix off: « Dois-je lui dire que malgré son éducation, sa passion, ses talents, son intelligence, elle aura automatiquement moins de valeur que chaque homme qu’elle rencontrera? ».

Immigrants make America great

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Le secteur de la restauration, où les immigrants constituent la colonne vertébrale de la force de travail, n’est pas non plus en reste. Les chefs José Andrés and Geoffrey Zakarian ont rompu leur contrat d’ouverture d’un restaurant dans le nouvel hôtel Trump International à Washington DC, après les propos de campagne du président qualifiant les Mexicains de 'violeurs', de 'dealers', de 'criminels' et de 'bad hombres'. « Plus de la moitié de mon équipe est hispanique comme bon nombre de mes clients, et en tant qu’immigré espagnol récemment naturalisé américain, je pense que chaque être humain mérite le respect, indépendamment de son statut migratoire » déclarait à cette occasion Jose Andrés. Anthony Bourdain, chef et star de télévision, a également mis les pieds dans le plat pour critiquer la politique d’immigration de Donald Trump, affirmant que « si les 11 millions d’immigrés sans papiers étaient déportés, tous les restaurants aux Etats-Unis fermeraient ».
A New York, où 4 habitants sur 10 sont nés à l’étranger, de nombreux bars et restaurants affichent leur solidarité sur l’addition ou reversent une partie du prix des consommations à des associations de défense des droits civils et au planning familial. Et il faut bien reconnaitre que boire un coup pour la bonne cause entre deux manifs, ça aide à remonter le moral!

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