Trump, master of chaos

Sept mois que Donald Trump joue avec nos nerfs. On attendait un peu de répit de ses vacances dans le New Jersey pour profiter des barbecues, plutôt qu'il mette la Corée du Nord sur le grill.

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Entre deux parties de golf dans sa propriété de Bedminster, Donald Trump a menacé la Corée du Nord d’une pluie de « feu et de fureur comme le monde n’en a jamais vu » si le régime de Pyongyang continue de développer son arsenal nucléaire.

« C’est la guerre! » s’enflammait sa chaine amie Fox News, pour faire monter la sauce, à l’annonce du Commander-in-tweet, qui ressemble en tout point à celles dont est coutumier le dictateur paranoïaque Kim Jong-un.

Une provocation d’autant plus absurde que le Conseil de sécurité de l’ONU vient d’adopter un renforcement des sanctions contre la Corée du Nord, à l’initiative de la diplomate américaine Nikki Halley.

Certes, Donald Trump n’aime pas qu’on lui vole la vedette et on peut voir dans cette déclaration une volonté d’avoir le dernier mot et d’asseoir sa stature d’homme fort et dangereux. C’est pas faux.

En plus de faire chuter les cours de la bourse qui se portaient remarquablement bien, ces paroles pourraient faire partir en vrille un accrochage quel qu’il soit. Car il ne manque certainement pas de conseillers, chatouillés à l’idée de jouer avec leur « nukes », en dépit de conséquences catastrophiques.

Et il ne faut jamais sous-estimer la stupidité collective patriotique, surtout dans un pays dont le budget de la défense est grosso-modo équivalent à l’addition de ceux des sept autres plus grandes puissances militaires (Chine, Arabie Saoudite, Russie, Royaume Uni, lnde, France, Japon).

Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, un peu sur la touche et à la tête d’un département dans lequel nombre de postes-clé sont toujours vacants, - à commencer par celui d’ambassadeur en Corée du Sud - s’emploie, tout comme la communaute internationale, à minimiser la portée balistique des propos présidentiels.

D’autant que les Etats-Unis, déjà engagés en Afghanistan, en Irak, en Syrie, et dont les troupes dans l’Otan s’entrainent au camouflage à la frontière des pays baltes comme durant de la guerre froide, ne sont pas préparés à en découdre immédiatement militairement en Asie.

Damage control et roulette russe

La capacité de nuisance de Trump n’a d’égal que ses rancunes personnelles et sa manie d’allumer des contre-feux. On peut donc voir dans cette bombe rhétorique une vengeance et une tentative de neutraliser le Congrès et ses futurs ex-alliés Républicains, qui cernent d’un peu trop près son fauteuil présidentiel.

En effet, l’Apprentice président n’a guère apprécié de se voir imposer par un vote bipartisan, des sanctions qu’il désapprouve contre la Russie; comme de voir avancer à grands pas l’enquête du conseiller spécial Robert Mueller concernant les conflits d’intérêt personnels de la Trump family et son éventuelle collusion avec la Russie durant la présidentielle, avec son fils, Donald  Jr, son gendre, Jared Kushner, et son directeur de campagne, Paul Manafort, actuellement sur la sellette du FBI.

Sans oublier le recours au général John Kelly, ex-chef du département du Homeland Security, appelé à la rescousse pour, comble de l’ironie, mettre de l’ordre à la Maison Blanche entre les différentes factions rivales, après le limogeage du chef du personnel Reince Priebus et celui du pittoresque Scaramucci, sorti tout droit d’un épisode des Affranchis, qui fut viré à la vitesse de l’éclair de son poste de chef de la communication pour son ineptitude et ses déclarations fracassantes toutes trumpiennes.

Tirs croisés

Il est vrai que le reality-show de Donald Trump qui lui a si bien réussi durant la campagne, commence à battre de l’aile.

Tandis que le vice-président Mike Pence se pose en recours et prépare en douce sa candidature pour 2020, la côte de popularité du président est au plus bas parmi ses électeurs et ses supporters, dont une majorité juge son action mauvaise ou terrible.

Pour ne rien arranger, la révélation du contenu de ses échanges téléphoniques avec les présidents mexicain et australien a renforcé son image de bouffon.

Même ses appels du pied aux franges les plus réactionnaires de l’électorat, comme bannir les transsexuels de l’armée, ou encore réduire de moitié l’immigration légale, ont été fraichement accueillis par l’armée, la communauté des affaires et l’establishment politique.

De son côté, après son échec retentissant à abroger l’Affordable Care Act (Obamacare) grâce à la résistance populaire et la percée du mouvement social, le parti républicain cherche à reprendre un nouveau souffle et le contrôle de la politique internationale. Tout le monde pense déjà à l’après-Trump.

En lançant un cocktail molotov vers la Corée du Nord avec ses manières de hooligan, Trump rappelle à ses adversaires politiques, pressés de le pousser vers la sortie et pas moins affamés de se lancer dans d’autres conflits militaires - que c’est toujours lui qui détient les codes nucléaires. On n’a pas fini d’être sur les nerfs.

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