A la recherche de la France insoumise à New York

Peu nombreux mais super motivés, les Insoumis d'Amérique du Nord sont bien décidés à faire entendre leurs voix.

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Trouver des supporters de Mélenchon à New York, c’est un peu chercher une aiguille dans une botte de foin. Dans la première circonscription des Français de l’étranger, qui réunit les Etats-Unis et le Canada, le score de Jean-Luc Mélenchon en 2012 était de 4,86% aux USA (9,75% au Canada), à la cinquième place derrière Eva Joly (5,39 %) et devant Marine Le Pen (4,52 %). Sarkozy caracolait en tête du premier tour avec 46,43 % des voix et avait remporté 61,30% des votes aux Etats-Unis face à Francois Hollande au second tour (avec un taux d'abstention de 36,24%).
La quête commence sur internet où La France Insoumise affiche des groupes d’appui à Boston, Miami, New York, San Diego, San Francisco, ainsi qu’à Montréal, Ottawa, Toronto, ou Vancouver. A New York, elle se poursuit dans le Lower East Side, où une deuxième réunion publique est consacrée à l’écologie politique et au programme de transition énergétique.
Un parcours balisé par des affiches au logo ϕ conduit les visiteurs dans les couloirs de la University Settlement House, un centre social et éducatif destiné aux immigrants, fondé il y a plus de cent ans. Question atmosphère, on est loin de la boutique Longchamps à Soho où les soutiens de François Fillon se sont regroupés pour faire passer les petits fours et la monnaie, comme des afterworks pour Emmanuel Macron dans un loft chic de la 5eme Avenue.
Dans une salle de classe du deuxième étage, les participants arrivent au compte-goutte mais finissent par occuper au coude à coude la cinquantaine de chaises pliantes installées face à un écran. L’assistance est composée de rares têtes blanches, de quelques quinquas et d’une majorité de Millenials (18-34 ans), qui n’ont pas plus de deux élections présidentielles au compteur, et qui ont suivi passionnément la campagne de Bernie Sanders aux Etats-Unis. Bardés de diplômes, profs, étudiants, post-doctorants, ingénieurs ou employés à l’ONU, une petite minorité a voté Front de Gauche en 2012, d’autres sont des sympathisants socialistes et écologistes.
Christine, professeure de biologie à la State University de New York depuis 20 ans a préparé une présentation Powerpoint sur l’état alarmant de la planète, du réchauffement climatique et de l’acidification des océans. Jamais engagée politiquement, elle a d’abord rejoint Emmanuel Macron sur ses appels à la société civile, avant d’adhérer au mouvement de la France Insoumise pour son programme écologique. « Pour la première fois, je me suis totalement reconnue dans le discours de Mélenchon » dit-elle. Catherine Benoit, candidate suppléante aux législatives, - aux côtés d’Eléonore Gachet basée à San Francisco -  enchaîne sur la règle verte, la planification écologique, la fiscalité. Professeure d’anthropologie aux Etats-Unis depuis 2000, avec un parcours de militante associative,  - du Larzac des années 70, à Solidarnosc et au GISTI pour les droits des travailleurs immigrés -, elle a cofondé le groupe FI de New York en novembre dernier. « Après la victoire de Donald Trump, on s’est dit qu’on ne pouvait pas laisser la même chose arriver en France » dit-elle. Michel, médecin, poursuit sur l’agriculture paysanne, les réfugiés climatiques, la sortie du nucléaire. « Nous sommes de vrais insoumis. Aucun d’entre nous n’a jamais été encarté dans un parti, mais nous sommes investis dans des causes humanitaires et des associations. » dit-il.
Les animateurs déclinent le programme qu’ils connaissent sur le bout des doigts pour y avoir contribué. Josian, informaticien, rebondit sur l’économie de la mer, un enjeu qui en tant que Réunionnais lui tient particulièrement à coeur. « La France est le deuxième territoire maritime mondial » souligne-t-il, enthousiaste, avant d'évoquer les ambitions et les atouts scientifiques et technologiques pour développer l’énergie des courants et des marées, les éoliennes off-shore, créer des emplois et assurer l’indépendance énergétique en sortant du nucléaire. Une voix souligne le soutien de Greenpeace aux propositions de la France insoumise.
Dans cette ambiance studieuse, il commence à faire soif. Des gobelets d’eau du robinet et un sachet de tortillas passent de mains en mains. Dans la salle, les questions fusent sur les moyens d'implémenter cette politique. Sa mise en oeuvre est-elle compatible avec le cadre et le calendrier d’un quinquennat ? La position de Mélenchon n’est-elle pas arrogante par rapport aux 27 autres pays de l’Union Européenne ? Comment articuler transition énergétique et traités européens ? Une discussion pointue s’ensuit sur l’articulation entre institutions, négociations et dynamique populaire pour faire entendre l’intérêt général. Barbe et moustache à la Jaurès, Nico, la trentaine, reconnait avoir le profil socio-économique type de l’électeur de Macron. Ingénieur pour un groupe pétro-chimique britannique, rompu aux délocalisations, il fait partie des gagnants de la mondialisation. Et pourtant. Pour cette génération Erasmus, profondément européenne et internationaliste, un autre monde est possible. Lucide et déterminée, avide d’investir son énergie et ses capacités dans un projet de societé comme celui de la France Insoumise, elle est prête à changer les règles du jeu.

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