Donald Trump, white supremacist-in-chief

« James Fields a conduit la voiture, mais Trump lui a donné les clés », pouvait-on lire sur une pancarte à New York, résumant l’opinion de centaines de milliers d’Américains qui se sont rassemblés à travers le pays en solidarité aux victimes fauchées par la voiture d’un jeune sympathisant nazi lancée dans la foule qui manifestait contre le rassemblement de l’Alt-right à Charlottesville, Virginie.

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Il aura fallu 13 heures à Donald Trump pour réagir à l’attentat à la voiture perpétré à Charlottesville par un participant au rally « Unite the Right » qui a tué Heather Heyer, une auxiliaire juridique et militante des droits civils de 32 ans, et blessé 19 autres personnes lors d’une contre-manifestation organisée dimanche.

Dans des termes on ne peut plus conciliants, le président, habituellement plus prompt à harceler ses ennemis par des tweets enragés, a condamné « la haine et le fanatisme de tous les côtés ». En se refusant à incriminer James Fields, accusé de meurtre au second degré, Donald Trump renvoyait dos-à-dos les membres de l’extrême-droite, paradant lourdement armés dans les rues de Charlottesville, et les citoyens, membres du clergé, militants de Black Lives Matter et organisations anti-fascistes manifestant pacifiquement.

Le soir même, le site neo-nazi The Daily Stormer, devenu en quelques mois le site internet d’extrême-droite le plus visité, et qui répand son activisme au delà du web en affichant la création de 31 club, se réjouissait du fait que Trump « ne les condamne pas explicitement », jugeant son discours « très très bon » et concluant « Dieu le bénisse ».

« Le nazi que Trump ne veut pas dénoncer » titrait lundi matin le Daily News, tandis que les élus démocrates comme républicains - ces derniers pourtant habituellement peu vocaux contre la rhétorique et l’agenda discriminatoire de Donald Trump - ont vivement critiqué la déclaration du président, l’obligeant, 48 heures après les faits, à déclarer «  Tous ceux qui provoquent la violence au nom du racisme sont des criminels et des délinquants, ce qui inclue le Ku Klux Klan,les neo-nazis,les white supremacists et d’autres groupe haineux qui répugnent à ce qui nous est cher en tant qu’Américains ».

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Mais Donald Trump n’aime pas qu’on lui dicte sa conduite. Mardi après-midi, lors d’une conférence de presse depuis la Trump Tower, cernée la veille par des milliers de manifestants chantant « No Trump, no KKK, No Fascist USA!», le président a renchéri dans sa défense des groupes supremacistes dans un volte-face dont il est coutumier. Sans un mot de compassion pour la jeune femme tuée et les blessés, il a blamé « l’Alt-left » d’être co-responsable des violences, et s’en est pris une fois de plus au « traitement injuste » des médias. Estimant contre toute évidence, qu’il y avait des « nice people » parmi les supremacistes blancs, qui, la veille de leur rassemblement, avaient envahi le campus de l’université de Virginie avec des torches, en chantant « Heil Trump! », « Le Sang et la terre », et « Les juifs ne nous remplaceront pas !».

Make America Hate Again

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Du génocide des Amérindiens à l’esclavage des noirs et à la guerre de Sécession, de la ségrégation raciale à la lutte pour les droits civils, l’histoire des Etats-Unis n’a pas soldé ses comptes avec la violence suprémaciste blanche sur laquelle elle s’est fondée. Mais jamais dans l’histoire récente, les partisans de l’extrême-droite n’ont eu un soutien aussi affirmé à la Maison Blanche qu’avec Donald Trump et la nomination de membres de l’Alt -Right raciste, antisémite, misogyne et xénophobe comme Steven Bannon, Stephen Miller and Sebastian Gorka à des postes-clé de conseillers.

Durant la campagne présidentielle, le slogan MAGA (Make America Great Again) a été le couvre -chef des white supremacists qui ont fait de Donald Trump leur champion. Comment s’en étonner alors que Donald Trump, maniant la rhétorique haineuse de l’extrême-droite, incitait ses supporters dans ses meetings à la brutalité physique envers leurs opposants; appelait au rétablissement de « la loi et l’ordre », une référence à Richard Nixon et George Wallace, pour rallier la classe moyenne blanche soucieuse de « l’effondrement des valeurs occidentales» contre les mouvements d’émancipation et de justice sociale des noirs, des féministes et de la gauche opposée à la guerre du Vietnam; et utilisait les tactiques chères à l’extrême-droite de propagation de fausse rumeurs, provocations, intimidation, en se servant des médias pour amplifier son audience?

David Duke, ex-grand wizard du KKK, un des orateurs du rassemblement Unite the Right, réunissant un millier de membres d’organisations supremacistes qui ont convergé à Charlottesville pour protester contre la décision du conseil municipal de retirer d’un parc une statue du général Lee, héros des Etats séparatistes du Sud pro-esclavagiste durant la guerre civile qui a déchiré les Etats-Unis de 1861 à 1865, qualifiait l’événement de « tournant ». « Nous sommes déterminés à reprendre notre pays. Nous allons accomplir les promesses de Donald Trump. C’est ce en quoi nous croyons. C’est pourquoi nous avons voté pour Donald Trump. » déclarait-il. Un message on ne peut plus clair sur les affinités et les loyautés de l’auteur de « l’art du Deal ».

Après que Donald Trump ait été forcé, sous la pression citoyenne, politique et médiatique à dénoncer nommément le KKK, les supremacistes blancs et autres groupuscules d’extrême-droite, David Duke twittait- « Je vous recommande de vous regarder dans la glace et de vous rappeler que ce sont les Américains blancs qui vous ont porté à la présidence, pas la gauche radicale ».

Les petits soldats fascistes de Donald Trump

Depuis l’accession de Donald Trump à la présidence, le SPLC ( Southern Poverty Law Center) a recensé une recrudescence des incidents à caractère raciste, xénophobe ou homophobe dont un tiers mentionnant directement le nom ou le slogan de campagne de Donald Trump.
Un mois après le 8 novembre, 1094 incidents haineux étaient reportés ( coups et blessures, menaces verbales, insultes, intimidations.) incluant des propos anti-immigrants (315), anti-noirs (221), anti-musulmans (112) anti-LGTB (109). Les incidents anti-Trump (dont 6 anti-blancs par nature) s’élevaient quant à eux à 26.

Selon l’organisation de défense des droits civils, le nombre de groupes sectaires opérant dans le pays est passé de 892 à 917 entre 2015 et 2016. Parmi les nouveaux groupes surgis l’année dernière, focalisés presque exclusivement sur la candidature de Donald Trump, figurent le groupe identitaire étudiant basé en Californie, Identity Evropa; The Rightstuff, basé à New York ou encore American Vanguard, qui affiche 12 groupes locaux, co-organisateur du rassemblement à Charlottesville, et avec lequel défilait James Field.
Influencé par la propagande des sites internet d’extreme-droite, Dylann Roof, 21 ans, assassinait en 2015, neuf personnes dans une église noire de Charleston, en Caroline du Sud. Lors de sa condamnation à la peine de mort, il déclarait sans regret: “J’ai de la peine pour les blancs innocents qui sont tués chaque jour aux mains d’une race inférieure ».

Agit-prop et guerre civile

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Selon le SPLC, le nombre des groupes locaux du Ku Klux Klan a baissé de 190 à 130 en un an, tandis que le nombre des groupes neo Confederate est passé de 35 à 43 groupes.

La League of the South (LOS), fondée en 1994 à l’initiative de 40 professeurs d’université des Etats du Sud,  revendique l’achèvement des buts de la guerre de Sécession, appelant à la séparation des Etats Sudistes « si le reste des Etats-Unis ne se redresse pas », et milite pour l’instauration d’un gouvernement chrétien et un retour à l’hégémonie culturelle européenne dans le Sud.
Forte de 4000 membres, l’organisation a fait irruption sur la scène politique en 1996 pour évincer le gouverneur de Caroline du Sud, David Beasley, un Républicain modéré, favorable au retrait du drapeau des Etats Confédérés du dôme du parlement.

Aux coups de force des rassemblements d’extrême-droite et des milices paramilitaires pour défendre l’héritage, les drapeaux ou les monuments historiques des Confédérés, répond l’idéologie de la « nullisation » qui considère que les Etats sont en droit de rejeter ou d’invalider les lois fédérales qui ne leur conviennent pas et qu’ils jugeraient inconstitutionnelles. Dans les années 50, la théorie de la nullisation a été reprise dans les Etats du Sud pour refuser la déségrégation des écoles.

Ces offensives juridiques, disqualifiées par la Cour Suprême, - ont resurgi ces dernières années dans les gouvernements locaux des Etats républicains pour s’opposer à un contrôle plus strict des armes, à l’Affordable Care Act ( Au moins 20 propositions de lois ont été introduites dans les Etats pour annuler ObamaCare), ou pour restreindre l’accès au droit de vote.

 What about the « Alt-Left »?

Selon un bulletin de liaison du renseignement, cité par le media Foreign Policy, le FBI et le Département du Homeland Security, avertissaient en Mai que des groupes supremacistes blancs avaient déjà commis plus d’attaques que tout autre groupe extrémiste au cours des 16 années écoulées, et étaient susceptibles d’en commettre plus encore dans l’année à venir.

Selon les données de ce rapport, des groupes de suprémacistes blancs ont commis 49 homicides lors de 26 attaques entre 2000 et 2016, plus que tout autre mouvement extrémiste. Des données indépendantes constatent également qu’entre 2008 et 2016, les complots et attaques d’extrême-droite ont été deux fois plus nombreux que ceux lié à l’Islamisme radical. Si des actes de terrorisme existent à l’extrême-gauche, ils sont significativement moins nombreux, ciblés sur la propriété plutot que sur les personnes, et moins meurtriers que ceux commis par l’extreme-droite.

« Utiliser le fait que certains contre-manifestants aient été violents, crée une fausse équivalence morale et structurelle qui érode la légitimité de ce président » réagissait mercredi dans le New York Times, Brian Levin, directeur du Centre d’Etudes des Extrémismes à l’Université d’Etat de Californie à San Bernardino, interrogé sur les équivalences douteuses de Donald Trump entre les soi-disant « Alt-right » et « Alt-left ». J. J. MacNab, enseignant chercheur sur l’extrémisme à l’Universite George Washington estimait pour sa part: « Les combats de rues et les destructions matérielles des groupuscules d’extrême-gauche Antifa et Black Bloc, tout en étant répréhensibles, ne sont pas assimilables à du terrorisme domestique ».

Suprémacistes malgré eux?

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Les événements de Charlottesville révèlent au grand jour ce que beaucoup ont longtemps feint ou voulu ignorer. « Mon fils m’a dit qu’il allait à un rassemblement pro-Trump. Trump n’est pas un nazi » déclarait la mère du tueur, originaire de l’Ohio.
Il est possible que les « petits blancs » se soient laissés berner. Trump, qui se vantait durant sa campagne de pouvoir « abattre quelqu’un sur la cinquième avenue sans perdre un seul de ses supporters », affirmait également « adorer les illettrés ».

Aussi toxique et incontrôlable qu’il soit, Trump n’est pas pour autant une aberration. Il est la conséquence logique et monstrueuse des pires tendances de la droite americaine depuis des décennies.

Ceux qui aujourd’hui, dans l’entourage du président, s’affichent soucieux de se démarquer de l’étiquette « fasciste » en ayant participé à l’obstruction de toutes les réformes du président Obama, endommagé gravement le processus démocratique et trahi leur mandat d’élus en bloquant en toute illégalité le processus du choix d’un juge à la Cour suprême,et qui  poursuivent les memes mesures racistes et les politiques injustes et discriminatoires de Donald Trump, sur le plan social, économique, fiscal, judiciaire, - qu’ils ont pour une grande part d’entre eux forgées -, portent une lourde responsabilité. 

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