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Ni la tempête de neige Stella ni le déni du changement climatique de l’administration Trump n’ont découragé les maires de grandes métropoles comme Paris, Durban, Cape Town, Caracas ou Mexico de venir témoigner à New York des objectifs et des défis de la Cop 21 comme de l’engagement des femmes politiques, entrepreneures ou activistes dans la lutte contre le changement climatique.

Dans un contexte où l’administration Trump s’apprête à démanteler les régulations sur les émissions de gaz à effet de serre au profit des énergies fossiles et de l’industrie automobile, veut diminuer de 30% le budget de l’agence de protection environnementale et se rétracter des accords de Paris signés par les Etats-Unis, cette rencontre à New York avait plus qu’une portée symbolique.

« En tant que femmes, nous savons trop bien que les puissants cherchent trop souvent à nous réduire au silence. Nous sommes ici parce que nous refusons de nous taire. Partout dans le monde les femmes exigent des mesures pour protéger la planète des menaces du réchauffement climatique », déclarait en préambule Anne Hidalgo.

Accueillie par l’ex-maire de New York, Michael Bloomberg, aujourd’hui envoyé spécial des Nations-Unies pour les villes et le changement climatique, la maire de Paris préside pour 3 ans le C40, un réseau de 90 métropoles engagées contre le changement climatique, qui représentent 650 millions d’habitants et un quart de l’économie globale. Parmi les métropoles du C40, 15 sont aujourd'hui administrées par des femmes, contre 4 seulement en 2014 (Bâle, Bangalore, Barcelone, Cape Town, Caracas, Durban, Madrid, Paris, Rome, Stockholm, Sydney, Tokyo, Varsovie, Washington D.C, Yokohama).

L’initiative Women4Climate, - sponsorisée par L’Oréal, Johnson & Johnson et Suez -, a pour objectif d’approfondir les études sur les interactions entre genre, villes et changement climatique, et de mettre en oeuvre un programme de mentoring international pour former plus de femmes à ces problématiques et les encourager à se faire élire.

Soulignant, d’une part, le rôle majeur que les métropoles, responsables de 70% des émissions de CO2, peuvent jouer en adoptant des solutions et des budgets adaptés en matière de transports, d’énergie, de déchets, de gestion des eaux pour limiter la pollution, les interventions ont mis en lumière le rôle croissant des femmes dans la mise en oeuvre d’un agenda climatique à l’échelle globale comme dans les luttes de protection de l’environnement. Anne Claire Legendre, consule de France à New York, rappelait au passage que « le succès des Accords de Paris doit beaucoup au leadership des architectes de la Cop 21, les diplomates Laurence Tubiana et Christiana Figueres, qui après l’échec de Copenhague ont su incarner un changement de méthode et de stratégie dans les négociations ».
Patricia De Lille, maire de CapeTown, en Afrique du Sud, témoignait pour sa part des politiques entreprises pour atténuer quotidiennement les effets changements climatiques, au moyen de « Green bonds » et de mesures incitatives auprès des entreprises pour développer l’énergie solaire, dans une région « confrontée à la pire sécheresse depuis 100 ans ». « Nous avons aussi la responsabilité de donner aux femmes les moyens d’autonomie et d’action pour se saisir de ces enjeux », ajoutait-elle.

Urgence climatique et égalité des sexes

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Katrina, Flint, Sandy…ce n’est pas un scoop, les catastrophes écologiques, qu’elles soient les conséquences directes de décisions politiques ou des déséquilibres météorologiques induits par les activités humaines, affectent en premier lieu les populations les plus pauvres, et parmi elles, les femmes. Comme le démontrent les rapports de l’ONU, les femmes pauvres, au Nord comme au Sud, sont plus impactées par les désastres climatiques. Elles ont moins accès à l’information et aux moyens financiers qui leur permettraient de s’adapter ou de partir avec des enfants ou des personnes âgées à charge. L’urgence de la lutte contre les changements climatiques va donc de pair avec l’exigence de réduire les écarts économiques, sociaux, et éducatifs entre les hommes et les femmes.

Sous-representées dans les instances politiques, les femmes se retrouvent souvent en première ligne des luttes contre les industries fossiles pour préserver la qualité de l’air et de l’eau. « Un grand nombre de réseaux citoyens qui poussent au changement énergétique sont aujourd’hui conduits par des femmes, parce qu’elles assument la santé de leurs enfants » observe Mary Anne Hitt. Animatrice du mouvement environnemental Sierra Club et de la campagne « Beyond Coal », elle milite pour le remplacement d’un tiers des 500 centrales électriques à charbon d’ici 2020, par des sources d’énergies propres - solaire, géothermie, éoliennes -. « Le charbon est responsable d’un tiers des émissions de carbone aux Etats-Unis. 1 enfant sur 10 est atteint d’asthme. Non seulement l’exploitation du charbon détruit et pollue notre environnement mais il cause 13000 morts prématurées par an, et plus de 100 milliards de dollars par an en couts médicaux ».

Selon les données de Crowpac, une plateforme numérique de financement participatif de campagnes aux Etats-Unis, cofondée par Gisel Kordestani, « les femmes sont les plus fortes partisanes d’actions législatives contre le changement climatique ».
Nul doute qu’après le succès mondial de la Marche des femmes le 21 janvier dernier, la People Climate March organisée à Washington et à travers les Etats-Unis le 29 avril prochain, fera entendre avec force la volonté des femmes et des peuples à la justice climatique.

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