Bernie Sanders, un caillou dans la machine électorale d’Hillary Clinton

Candidat à l’investiture démocrate pour les présidentielles de 2016, Bernie Sanders incarne une gauche américaine radicale. Sa popularité croissante a créé la surprise, devançant dans certains Etats la favorite Hillary Clinton.

5249566911_7e7428f619_b.jpgCandidat à l’investiture démocrate pour les présidentielles de 2016, Bernie Sanders incarne une gauche américaine radicale. Sa popularité croissante a créé la surprise, devançant dans certains Etats la favorite Hillary Clinton.

 


« Vous vous définissez et vous êtes traité de libéral et de socialiste. Pourquoi vous obstinez-vous à ne pas considérer ces termes comme l’insulte qu’ils sont censés être? » lance l’interviewer Stephen Colbert à Bernie Sanders, invité du talk show The Late Show, sur la chaîne CBS. Dans un éclat de rire, le sénateur indépendant du Vermont et candidat à la présidentielle, se qualifie quant à lui de « progressiste », citant en exemple les pays scandinaves.

Loin des projecteurs braqués sur le freakshow des candidats républicains dominé par le magnat de l’immobilier et des casinos Donald Trump, Bernie Sanders, 73 ans, a su rallier en quelques mois de nombreux jeunes geeks, sous la bannière de « Feel the Bern ».

Parti de rien et inconnu du grand public en avril, Bernie Sanders mène une campagne de terrain. Multipliant les meetings, il draine des foules inattendues à travers le pays,- 10 000 supporters dans le Wisconsin; 28 000 dans l’Oregon -, rallumant l’enthousiasme qui avait propulsé Barack Obama en 2008.

Cet élan populaire s’enracine dans le mouvement anti-capitaliste Occupy Wall Street, auquel la campagne de Bernie Sanders fait écho. Et ce, d’autant plus sincèrement qu’il apparait consistant et constant dans ses prises de position à la Chambre des représentants et au Sénat.

Pourfendeur des inégalités entre le 1% des plus riches et les 99%, il milite pour le contrôle du système bancaire et la taxation des transactions financières; la réforme du système d’imposition;  un accès universel à la sécurité sociale;  l’accès gratuit à l’université; l’augmentation du salaire minimum et l’accès à des congés payés;  la réforme du système judiciaire et d’immigration; ou encore la protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique.

Qui est Bernie?
Perpétuel outsider, souvent raillé, Bernie Sanders semble échappé d’un roman de Philip Roth. Né dans une famille modeste d’origine juive polonaise à Brooklyn, dont il a gardé l’accent, « The Bern » étudie la psychologie et les sciences politiques à l’université de Chicago dans les années 60. Activiste marxiste, il milite sur le campus pour le mouvement des droits civiques, mène des actions contre les discriminations raciales et contre la guerre du Vietnam.

Dans les années 70, il s'installe dans le Vermont, un des états ruraux les moins peuplés, à la frontière du Canada, refuge des hippies et berceau des glaces Ben & Jerry. Tour à tour marié, divorcé, père célibataire, charpentier, documentariste, éditeur de fanzines, chômeur, Bernie Sanders, surnommé « Silver tongue » pour ses talents d’orateur et sa propension à refaire le monde jusqu’au bout de la nuit, milite dans un obscur parti, Liberty Union, dont il devient candidat aux élections municipales de Burlington, en 1971. Pour autant, les victoires électorales ne viennent pas facilement.

En 1981, Sanders remporte, en tant qu’indépendant, la mairie de Burlington, la plus grande ville du Vermont. Il y developpe un ambitieux programme de logements sociaux, et est réélu à deux reprises. Elu indépendant à la chambre des Représentants de 1991 à 2007, il accède ensuite au Sénat, où il est réélu en 2012 avec 71% de voix.

Bernie-mania
Opposé aux « super PAC » qui permettent aux entreprises et aux milliardaires de financer sans limite les campagnes électorales, Bernie Sanders ne compte que sur le soutien des classes moyennes et des travailleurs pauvres pour financer sa campagne.

Sa candidature a déjà enregistré un nombre record de petits donateurs (250 000 au premier trimestre de campagne, contre 180 000 pour Obama en 2007).

« La candidature de Bernie Sanders est un bon moyen de pousser les Démocrates vers la gauche », commente l’intellectuel et linguiste Noam Chomsky.

Dans l’Iowa et le New Hampshire, Bernie Sanders émerge dans les sondages comme un compétiteur sérieux face à la reine Hillary Clinton. Reste à savoir si cet engouement durera plus qu'un flirt d'été.

(Une version augmentée de cet article est consultable ici)

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