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Billet de blog 23 févr. 2018

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Pollock, aller-retour

Faire découvrir la scène théâtrale contemporaine française au public américain est une gageure. Un pari réussi pour la pièce Pollock, de Paul Desveaux et Fabrice Melquiot sur un des génies de la peinture abstraite, dont la transposition en anglais a su séduire le public new-yorkais.

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© Credit : Laurent Schneegans

« Pollock est une histoire new-yorkaise qui passe par la France, bien que cela soit indétectable dans la traduction fluide et élégante de Miriam Heard and Kenneth Casler », écrit Laura Collins-Hugues dans le New York Times. Créée en 2009 par la compagnie l’Héliotrope, la pièce écrite par Fabrice Melquiot (Ed. L’Arche) et mise en scène par Paul Desveaux, qui se joue actuellement au Abrons Arts Center, a trouvé un nouveau souffle dans la langue et la patrie du peintre Jackson Pollock. « Il y avait chez Fabrice et moi un désir d’entendre ces textes traduits en anglais américain » relate Paul Desveaux. « Lors d’une première lecture et d’une mise en espace en 2015 à l’ambassade, nous avons été fascinés par la musicalité de la langue et le fait que le texte de Fabrice sonne si bien en anglais. Quand cette année, je me suis confronté à nouveau au plateau, j’ai eu un immense plaisir à redécouvrir cette pièce. Car il s’agissait bien d’une redécouverte. La musique que nous avions enregistrée avec Vincent Artaud répondait à cette langue si rythmée et accentuée. Mais cette redécouverte n’aurait jamais eu lieu sans ces deux fabuleux acteurs que sont Birgit Huppuch et Jim Fletcher ».
Une aventure rendue possible avec la participation de l’équipe culturelle de l’ambassade de France à New York, qui a soutenu le projet par une aide au financement de la traduction et de la production et des partenariats noués avec des institutions culturelles américaines. « Les oeuvres étrangères représentent moins de 3% des traductions et des productions aux Etats-Unis », souligne pour sa part Rima Abdul Malak, attachée culturelle. « Qu’il s’agisse de littérature ou de spectacle vivant, notre action vise à renforcer l’existence de la création française aux Etats-Unis auprès d’un public jeune ou adulte non francophone. Plusieurs projets sont déjà en cours pour la saison 2019/2020 ».

© Credit : Laurent Schneegans

Part d’une trilogie sur des artistes américains (Pearl, sur Janis Joplin montée en 2013 et Diane, Self-portrait, sur Diane Arbus) Pollock brosse le portrait du peintre et de ses processus de création à travers sa relation tumultueuse avec sa compagne Lee Krasner. Dans la dynamique et le dialogue construits entre les deux personnages, Lee Krasner se révèle à part égale comme une artiste majeure, et pas seulement comme un faire-valoir. « C’était un choix de départ, quand j’ai commandé la pièce à Fabrice Melquiot, de redonner une véritable place à Lee Krasner. D’où la volonté d’un réel duo. Car je ne pense pas que Pollock serait devenu cet artiste révolutionnaire de la peinture contemporaine sans Krasner, elle-même peintre et reconnue par Mondrian » explique Paul Desveaux. « Je me suis d’abord intéressé à Pollock par la rétrospective qu’il y a eu à New-York en 98. Et c’est en lisant la biographie quelques années plus tard, de Steven Naifeh & Gregory White Smith (« Jackson Pollock » Tristram) que j’ai découvert cette femme qui a sacrifié une partie de sa carrière au profit de son homme. Il y avait là une question qui dépassait le simple fait historique ». Ce parti-pris et ce questionnement résonnent particulièrement auprès d’un public new-yorkais aujourd’hui soucieux de voir redonner aux femmes artistes la place qu’elles méritent.

Credit : Laurent Schneegans

La scénographie évoque de manière minimaliste l’atelier du peintre, judicieusement suggéré par des pots de peinture de couleur, des bouteilles et des cadres tendus de plastique translucide. « Je voulais tout d’abord un espace de travail. Un lieu qui nous permette d’expérimenter la matière peinture. Et de la même manière que nous avons choisi avec Fabrice de ne pas faire un biopic, mais plutôt de travailler sur l’intime et la création, je me suis dit qu’il n’y avait pas plus intime qu’un atelier - que j’avais dessiné avant l’écriture de la pièce -, un endroit où par principe le travail n’est jamais achevé, où le théâtre et la peinture pourrait peut-être se rencontrer », précise Paul Desveaux. J’ai aussi été marqué par le fait que Pollock posait ses toiles au sol et tournait autour pour peindre. C’était déjà à mon sens une surface théâtrale, une forme de chorégraphie », poursuit-il. « Enfin, il ne s’agissait pas de faire un Pollock sur scène -il a mis une vingtaine d'années avant d’arriver aux drippings -, mais de voir comment la pièce laisserait une trace picturale sur le plateau ».
Une rencontre magistralement orchestrée entre l’art pictural et l’art de la scène, où les corps des acteurs inscrivent dans l’espace comme sur une toile vierge, l’histoire intime et artistique de Lee Krasner et de Jackson Pollock, deux géants de la peinture américaine.

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