Donald Trump, un cas clinique

La santé mentale du président américain a été mise en question à maintes reprises durant la campagne. Depuis lors, les incohérences, fixations et distorsions de la réalité de Donald Trump se sont multipliées, jusqu’à menacer la sécurité nationale. Le consensus s’élargit pour reconnaitre qu’il y a un problème à la tête de la première puissance mondiale.

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« Si nous pouvions construire un monstre psychiatrique comme Frankenstein, nous ne pourrions pas créer un leader plus dangereusement malade mentalement que Donald Trump. C’est un psychotique narcissiste paranoïde, déconnecté de la réalité, qui attaque impulsivement ses ennemis imaginaires, et c’est quelqu’un qui est en possession des codes nucléaires » déclarait en février dernier sur CNN John Gartner, psychologue à l’initiative d’une pétition signée par plus de 60 000 professionnels de la santé mentale, demandant le retrait de Donald Trump au titre du 25e amendement de la Constitution, qui prévoit le remplacement du président si celui-ci est en incapacité d’assumer la charge et les devoirs de sa fonction.

Pour de nombreux Américains non spécialistes, la présidence Trump est tout sauf « normale », et chacun est libre de dire que Trump est tordu. En revanche, l’expertise psychiatrique appliquée à des personnalités publiques a souvent mauvaise presse - ne serait-ce que pour son usage par les régimes autoritaires pour museler les adversaires politiques - et est sujette à caution.

Devoir d’alerter

Depuis le précédent de la candidature de Barry Goldwater, en 1973, la communauté des psychiatres américains s’est imposée la règle de ne pas diagnostiquer publiquement les personnalités politiques. Cette règle qui s’applique aux 37000 praticiens adhérents de l’Association Américaine de Psychiatrie sous peine de se voir retirer leur licence, a été contestée par des médecins, au nom du devoir d’alerter.

Dans une lettre ouverte adressée au New York Times en février, trente-cinq praticiens écrivaient : « Il y a trop en jeu pour rester plus longtemps silencieux… Le discours et les actions de Mr Trump démontrent une inhabilité à tolérer d’autres points de vue que le sien, conduisant à des réactions agressives. Ses mots et son comportement suggèrent une profonde incapacité d’empathie. Les individus ayant ces traits distordent la réalité pour l’adapter à leur propre état psychologique, attaquant les faits et ceux qui les transmettre (journalistes, scientifiques)…Chez un dirigeant en position de force, ces attaques sont susceptibles de s’accroitre, tant son mythe de grandeur personnelle apparait être confirmé … Nous pensons que la grave instabilité émotionnelle démontrée par les paroles et les actions de Mr Trump le rendent incapable de servir en toute sécurité en tant que président ».
Dans le Boston Globe, Leonard Glass, un des éminents psychiatres signataires de cette lettre ouverte critiquait récemment la censure imposée par l’Association américaine de psychiatrie aux professionnels de santé mentale, les seuls à ne pas pouvoir donner un avis public dans leur champs de compétence, alors que les orthopédistes qui spéculent dans les médias sur les blessures d’un athlète, ou les cardiologues sollicités pour donner leur avis sur le malaise d’Hillary Clinton ne se voient pas sanctionnés par leur organisation professionnelle.

Cas d’école

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Pour qui n’a jamais eu affaire, sur le plan personnel ou professionnel, à une personnalité narcissique, les travaux popularisés en France par la psychiatre Marie-France Hirigoyen dans son ouvrage Le Harcèlement moral, tout comme la classification des diagnostics des troubles mentaux de l’association américaine de psychiatrie, offrent une grille d’analyse pour appréhender les interactions, les tweets et les actes politiques du 45e président des Etats-Unis.
Les personnes qui souffrent de ce trouble présentent au moins 5 des symptômes suivants:
- le sujet a un sens grandiose de sa propre importance (par exemple, surestime ses réalisations et ses capacités, s'attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport);
- est absorbé par des fantasmes de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté, de perfection, ou d'amour idéal ;
- pense être « spécial » et unique et ne pouvoir être admis ou compris que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau ;
- montre un besoin excessif d'être admiré ;
- pense que tout lui est dû : s'attend sans raison à bénéficier d'un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits ;
- exploite l'autre dans les relations interpersonnelles : utilise autrui pour parvenir à ses propres fins (mensonges, chantages, violence verbale, etc.) ;
- manque d'empathie : n'est pas disposé à reconnaître ou à partager les sentiments et les besoins d'autrui ;
- envie souvent les autres, ou croit que les autres l'envient ;
- fait preuve d'attitudes et de comportements arrogants et hautains.

Du narcissisme à la démence sénile?

Quels que soient la culture, les circonstances, les processus de sidération et de fascination, ou encore les calculs politiques et les rationalisations qui ont conduit à la tête du pays un manipulateur au discours paradoxal, il n’est pas évident de reconnaitre ouvertement qu’un frappadingue dirige les Etats-Unis.
Les medias dominants et les humoristes se bornent à caractériser les attitudes de Donald Trump en usant de comparaisons et d’analogies avec la psychée immature infantile: bambin-in-chief-, colère, caprices, et à faire référence aux membres de son cabinet comme « aux adultes raisonnables en charge» par opposition au président.

Selon un algorithme développé pour la Navy, le vocabulaire et la syntaxe des discours de Donald Trump durant la campagne étaient équivalents au niveau de compréhension d’un écolier de 9 à 10 ans, - ceux d’Hillary Clinton à celui d’un collégien, et ceux de Bernie Sanders à celui d’un lycéen -. La simplicité, la familiarité voire la grossièreté du langage de Donald Trump ont été interprétées par ses électeurs comme un signe d’authenticité dégagée de tout politiquement correct: « Il dit les choses comme elles sont », « il parle comme nous ». Les commentateurs y ont vu une habileté d’orateur pour s’adresser au plus grand nombre et à la population la moins éduquée.

A contrario, une équipe de neurologues et de psychologues ayant analysé des heures d’interviews de Donald Trump au cours des décennies écoulées, ont constaté une dégradation rapide et évidente de la fluidité d’expression du président, dont les discours libres se réduisent de plus en plus à un charabia incompréhensible sujet à toutes les interprétations - répétitions, mots manquants, syntaxe torturée, passage du coq à l’âne sans logique, substitution de noms spécifiques par « chose », manque d’attention, incapacité à développer une pensée élaborée -, qui semblent être révélatrices d’un déclin des capacités cognitives. Bref, Donald Trump retomberait-il en enfance, sans en être jamais sorti?

Une analyse de la trame des discours de Ronald Reagan publiée dans le journal de la maladie d’Alzheimer a lié les changements subtils intervenus durant ses deux termes mandats à des signes avant coureurs de la maladie d’Alzheimer bien avant que celui-ci soit diagnostiqué en 1994, sans toutefois conclure que ces troubles aient pu affecter sa capacité de jugement et de prise de décision durant son mandat.

L’heure du 25e amendement?

La fragilité psychique du président devient de plus en plus évidente y compris aux yeux des Républicains. Après Charlottesville, Bob Corker, sénateur du Tennesse mettait en doute la stabilité et la compétence de Donald Trump à conduire le pays: « Le président n’a pas encore été capable de démontrer ni la stabilité ni la compétence qu’il se doit de manifester pour réussir » disait-il. Après le meeting de Trump devant ses supporters en Arizona, James Clapper, ancien directeur du FBI, jugeait pour sa part les diverses déclarations du président, - attaquant violemment la presse et menaçant de fermer le gouvernement si les législateurs n’obtempéraient pas pour la construction du mur à la frontière du Mexique -  « franchement effrayantes et dérangeantes ». « Je questionne vraiment son aptitude à cette fonction. Si dans un accès d’humeur, il décide de faire quelque chose contre Kim Jong-un, il y a vraiment très peu de marge de manoeuvre pour l’en empêcher ».

Le 25e amendement de la Constitution, adopté en 1967 après l’assassinat de John F. Kennedy, « autorise le vice-président à assumer les pouvoirs du président, si la majorité des membres du cabinet ou un autre ‘corps’ comme le Congrès, détermine que le président n’est pas apte à remplir ses fonctions ». En avril dernier, une vingtaine de représentants démocrates ont déposé une proposition de loi pour créer une commission, composée en partie de médecins et de psychiatres, pour examiner le président et en informer le Congrès. Mais, au delà du diagnostic, comment juger de l’aptitude du président? Une psychiatre, Prudence Gourguechon, a suggéré de se baser sur le manuel de l’armée utilisé pour le commandement, qui répertorie et teste les critères d’aptitude au leadership: confiance, discipline, self-control, jugement et sens critique, connaissance de soi et empathie.

Pour démettre Donald Trump de ses fonctions, le vote des deux-tiers des membres du Congrès et celui du vice-président seraient nécessaires. Même si Trump est de plus en plus isolé politiquement au sein du parti Républicain, cette éventualité est encore lointaine. Mais cette hypothèse, tout comme la perspective d’un procès en destitution (impeachment) pour collusion, obstruction de la justice et conflits d’intérêts, couplées aux ambitions de Mike Pence et à un prochain dérapage lors d’une gestion de crise, pourrait précipiter Donald Trump vers la sortie, en le poussant à résigner démissionner.

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