De l'art d'ennuyer son lecteur

Il était tentant ce petit bouquin ! Vert, pétillant, au titre prometteur, et habillé d’un bandeau écrit de la main de Sylvain Tesson, annonçant un texte joyeux.


Matthias Debureaux, De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages, éditions Allary, 2019, 94 pages, 10 euros. Matthias Debureaux, De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages, éditions Allary, 2019, 94 pages, 10 euros.
Qui n’a pas eu, en effet, à subir un jour les narrations interminables de voyageurs persuadés qu’ils vont vous passionner ? Qui ne voudrait échapper à ces séances de projection de « slides » (attention, un voyageur authentique ne dit plus « diapos » !) qui vous font bâiller ?  Je m’attendais donc à un texte moqueur sur les voyageurs, une petite sociologie gentiment  démystificatrice d’une communauté très snob. Mais rien de tout cela. Sylvain Tesson affirme à propos de ce bouquin : « C’est à mourir de rire. » Certes, sur 14 pages, c’est amusant, piquant, érudit, avec quelques références dans la littérature, histoire que vous ne vous sentiez pas seul dans votre allergie aux récits de voyage. Colette ne croit le voyage nécessaire « qu’aux imaginations courtes ». Jules Renard  précise que les voyageurs changent de pays, pas d’idées.

Mais au-delà de ces 14 pages, le lecteur entame 80 pages entièrement écrites … comme des injonctions. En effet, près de 133 paragraphes commencent par un verbe à l’impératif ! C'est proprement indigeste. L’auteur délivre aux voyageurs ses conseils avisés ; certes on s’y attendait, mais il devient vite épuisant d’enfiler les ordres et les conseils comme des commandements infernaux qui deviennent aussi pénibles que les voyageurs eux-mêmes.Tout compte fait, le titre était un peu risqué…

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