Littérature et philosophie chez Amélie Nothomb

Voici une fiction littéraire philosophique, ou une philosophie de littérature fictive, selon. L'oeuvre d'A.Nothomb y est centrale, analysée par de grands penseurs.

ainsi-philosophait
Marianne Chaillan, Ainsi philosophait Amélie Nothomb, éditions Albin Michel, 206 pages, 2019, 17 euros.

Marianne Chaillan est philosophe, mais quoi de mieux qu’une fable pour initier à la philosophie ? C’est ce qu’elle veut nous montrer avec cette fiction dont Amélie Nothomb est l’héroïne. Amélie est morte ; elle sera assignée à un paradis qui correspond à sa vie, après une cérémonie de répartition ; elle espère être affectée au paradis des écrivains, mais contre toute attente, on lui affirme qu’elle est philosophe et que sa destination est la zone « philosophie ». Amélie fait appel.

S’ensuit un jugement où défilent les philosophes les plus prestigieux, qui vont tous défendre le caractère éminemment philosophique de l’œuvre de l’écrivaine. Hannah Arendt, la première, se présente à la barre pour y défendre le caractère philosophique du roman Acide sulfurique, où est développée, selon elle, une théorie de « la banalité du mal », puis Levinas, Cicéron, Sartre, Spinoza, Hegel, Heidegger, Jankélévitch, Nietzsche évoquent  à leur tour l’écrivaine.

Elle serait plutôt stoïcienne dans Le crime du comte Neville pour Cicéron, alors que Sartre y voit une philosophe de la liberté humaine, et Spinoza une philosophe du déterminisme sans fatalisme. Levinas parle de  « la fatigue d’être, ou d’avoir à être » d’Amélie dans Journal d’hirondelle. Dans Stupeur et tremblements, Hegel repère la reconnaissance d’autrui à travers le conflit avec Fubuki ; Spinoza, à nouveau, voit son fameux conatus dans le désir devant rester inassouvi dans Biographie de la faim. Jankélévitch affirme que dans La nostalgie heureuse le retournement de cette nostalgie devient un vide zen.  Dans Métaphysique des tubes, Heidegger fait une lecture de la vie avec la mort : une existence « sous la lumière de la finitude ». Enfin Nietzsche voit dans Ni d’Eve ni d’Adam une grande réflexion sur la question du langage.

Où ira Amélie Nothomb ? Quel paradis lui sera accordé ? Ne dévoilons pas la fin ! Mais si vous êtes lecteur ou lectrice de A. Nothomb, et si vous êtes tenté.e de réviser les grandes pensées des philosophes sous une forme fictionnelle agréable, n’hésitez pas, c’est pour vous !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.