Découvrir l'intelligence des cachalots

« La nature, qui n’a aucun projet, crée sans cesse de la nouveauté, sans préjugés. » Page 203, Le retour de Moby Dick.

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François Sarano, Le retour de Moby Dick, ou ce que les cachalots nous enseignent sur les océans et les hommes. Éditions Actes Sud, collection "Mondes sauvages", 2017, 129 pages, 23 euros.

François Sarano a été plongeur sur la Calypso du commandant Cousteau ; il a fondé, il y a quinze ans, avec son épouse Véronique, l’association Longitude 181, dédiée à la protection des océans. Son association suit et observe un clan de cachalots de l’île Maurice depuis bon nombre d’années. Seules l’immersion et l’approche discrètes et respectueuses permettent en effet de découvrir leur mode de vie sous-marine. Alors les plongeurs de Longitude 181 vont à la rencontre de ces mastodontes de 50 tonnes et 20 m de long pour les mâles - 15 tonnes et 12 m pour les femelles, en se mettant à l’eau auprès d’eux, sans intrusion, en attente d’être acceptés.

Leurs découvertes sont absolument étonnantes : le clan est matriarcal (les jeunes mâles quittent le clan pour se reproduire ailleurs), soudé, les comportements sont sociaux, organisés. Quand une femelle descend dans les abysses (700 m de profondeur) pendant 1h pour se nourrir, une nounou est chargée de garder les petits. Les naissances donnent lieu à un concert de « clics », lancés sur de grandes distances, provoquant l’arrivée d’autres clans venus « saluer » l’événement.

 La chasse étant interdite depuis 30 ans, les plongeurs de Longitude 181, eux, sont perçus comme pacifiques : les cachalots font volontiers des vrilles devant eux, les invitant à jouer. Leur confiance est telle  qu’ils peuvent faire appel à eux pour les secourir : un jeune cachalot est venu vers eux avec insistance, gueule béante, pour leur montrer un hameçon fiché dans sa mandibule. Il a supporté sans bouger son extraction par ses sauveteurs, puis il a bondi de joie, enfin il a soulevé délicatement  le plongeur sur son dos pour le porter à la surface, comme un vainqueur.

 Plus l’être humain avance dans la découverte de ces grands mammifères, et des animaux en général, plus il doit se rendre à l’évidence qu’il partage beaucoup de capacités avec tous les êtres vivants, et que le « propre de l’homme » s’éloigne à grands pas. N’en soyons pas nostalgiques, nous avons tout à gagner à quitter notre arrogance. Ce petit livre nous y aidera.

 « Plus l’espèce humaine se multiplie, se perfectionne, plus les animaux sentent le poids d’un empire aussi terrible qu’absolu. » Buffon (XVIIIe siècle !), cité page 198.

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