Parcours de vie

« Je ne savais pas encore que mines doucereuses et génocide pouvaient traduire un même détachement, que le légendaire sourire des Khmers (tout comme le mien) était souvent un masque […]. »

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Nancy Huston, Lèvres de pierre, 235 pages, éditions Actes sud, 2018, 19,80 euros.

Au cours d’un voyage au Cambodge, l’auteure prend conscience que l’histoire de ce pays la concerne. Impression irrationnelle, diffuse. Mais en 2009 le procès des khmers rouges s’ouvre et un de ses amis, ethnologue, ancienne victime des khmers, doit y témoigner. Son trouble augmente ; elle sent des liens entre l’histoire de ce tyran, Pol Pot, et elle.

L’auteure entreprend donc de raconter l’enfance et l’adolescence de Pol Pot. Son enfance fut très dure, et à dix ans il connut le monastère avec sa vie faite de soumission et de mutisme, puis un lycée où l’enseignement côtoyait l’érotisme. Il y apprend le français, ce qui lui permettra d’aller  à Paris entre 1949 et 1953, où il rejoindra l’effervescence des militants communistes. De retour au Cambodge, toutes ses forces seront jetées dans la révolution khmer, jusqu’à l’année 1975 où l’armée Khmer rouge entre dans Phnom Penh. En trois jours 20 000 cambodgiens sont tués dans l’évacuation de la capitale. C’est le début d’un génocide qui fera 1 million de victimes.

Dans une seconde partie, elle raconte son histoire à elle, jeune bourgeoise canadienne blanche et « bobo ». Quelle ressemblance peut-elle se trouver avec un tyran ? Au fil de sa narration, on comprend mieux quelques similitudes avec le parcours de Pol Pot. Certaines étapes de leur vie sont les mêmes. Leur séjour à Paris par exemple, à l’époque du communisme militant, voire radical. Ils ont écouté les discours de Jean-Paul Sartre, qui les ont, tous les deux, galvanisés.

Alors, où se situe la bascule vers la barbarie ? Quel est le déclencheur ? Pourquoi les uns prennent un chemin et pas un autre, avec pourtant les mêmes idées ? Voici un livre troublant, qui nous fait prendre conscience que la fin ne justifie pas les moyens, mais que l’on peut tout à fait en être ignorant.

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