Voyages imaginaires sur la Lune

Si vous êtes matinal, peut-être avez-vous eu la chance de voir l'éclipse de Lune de ce petit matin du 21 janvier ? Oublions la technique des éclipses, que vous trouverez sur internet ou ailleurs, et envolez-vous plutôt dans trois textes célèbres – écrits par un philosophe et deux écrivains – que la Lune inspira. Délire et onirisme assurés…

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LUCIEN de SAMOSATE, Histoire véritable, I (2ème siècle ap. J.-C.) tr. E. Talbot, 1912.

 « Ils nous prennent donc et nous conduisent à leur souverain. Celui-ci nous considère, et jugeant qui nous étions d’après nos vêtements : "Étrangers, nous dit-il, vous êtes Grecs ?" Nous répondons affirmativement. "Comment alors êtes-vous venus ici en traversant un si grand espace d'air ?" Nous lui racontons notre aventure, et lui, à son tour, nous dit la sienne. Il était homme et s'appelait Endymion ; un jour, pendant son sommeil, il avait été enlevé de notre terre, et, à son arrivée, on l'avait fait roi de ce pays. Or, ce pays n'était pas autre chose que ce qu'en bas nous appelons la Lune. Il nous engagea à prendre courage et à ne craindre aucun danger, qu'on nous donnerait tout ce dont nous aurions besoin. "Si je mène à bien, ajouta-t-il, la guerre que je suis en train de faire aux habitants du Soleil, vous passerez auprès de moi la vie la plus heureuse. - Quels sont donc ces ennemis, disons-nous, et quelle est la cause des hostilités ? » 

 

CYRANO de BERGERAC, Histoire comique contenant les états et empires de la lune, 1657.

« Quand je les pus discerner de près, je connus qu’ils avaient la taille et la figure comme nous. Cette aventure me fit souvenir de ce que jadis j’avais ouï conter à ma nourrice, des sirènes, des faunes, et des satyres. De temps en temps ils élevaient des huées si furieuses causées sans doute par l’admiration de me voir, que je croyais quasi être devenu monstre. Enfin une de ces bêtes-hommes m’ayant pris par le col, de même que font les loups quand ils enlèvent des brebis, me jeta sur son dos, et me mena dans leur ville, où je fus plus étonné que devant, quand je reconnus en effet que c’étaient des hommes, de n’en rencontrer pas un qui ne marchât à quatre pattes. Lorsque ce peuple me vit si petit, car la plupart d’entre eux ont douze coudées de longueur, et mon corps soutenu de deux pieds seulement, ils ne purent croire que je fusse un homme, car ils tenaient que la nature ayant donné aux hommes comme aux bêtes deux jambes et deux bras, ils s’en devaient servir comme eux. Et en effet, rêvant depuis là-dessus, j’ai songé que cette situation de corps n’était point trop extravagante, quand je me suis souvenu que les enfants, lorsqu’ils ne sont encore instruits que de nature, marchent à quatre pieds, et qu’ils ne s’élèvent sur deux que par le soin de leurs nourrices qui les dressent dans de petits chariots, et la attachent des lanières pour les empêcher de tomber sur les quatre, comme la seule assiette où la figure de notre masse incline de se reposer. »

 

RUDOLF ERICH RASPE, traduit par THÉOPHILE GAUTIER fils, Les aventures du baron de Münchhausen, 1893.

« Enfin un vent propice enfla nos voiles et nous emporta avec une rapidité extraordinaire. Nous voyagions depuis six semaines au-dessus des nuages lorsque nous découvrîmes une vaste terre, ronde et brillante, semblable à une île étincelante. Nous entrâmes dans un excellent port, nous abordâmes et trouvâmes le pays habité. Tout autour de nous, nous voyions des villes, des arbres, des montagnes, des fleuves, des lacs, si bien que nous nous croyions revenus sur la terre que nous avions quittée. Dans la lune, — car c’était là l’île étincelante où nous venions d’aborder, — nous vîmes de grands êtres montés sur des vautours, dont chacun avait trois têtes […] Au lieu de monter à cheval, comme nous autres habitants de la terre, les gens de la lune montent ces sortes d’oiseaux. »

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