Trois rééditions fleurant bon l'écologie et la contestation

Les éditeurs savent flairer l'air du temps. Trois livres fondateurs ont été réédités en 2017 et 2018, nous rappelant que la protection de la nature et la remise en cause de notre modèle de société ne datent pas d'hier.

- Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, éditions Gallmeister, Totem n°78, 389 pages, 2018 (première publication en 1854), 10 euros.

- Henry David Thoreau, La désobéissance civile, éditions Gallmeister, Totem n° 79, 38 pages, 2017 (première publication en 1849), 3 euros.

- Daniel Quinn, Ishmael – L’homme une fois disparu, y aura-t-il un espoir pour le gorille ? –  Éditions Libre, 372 pages, 2018 (première publication en 1992), 13 euros.

Plusieurs grands classiques américains ont été réédités en 2017 et 2018, comme un écho aux préoccupations de notre société : notre modèle économique permet-il de gérer correctement l’urgence climatique ? Ne devrions-nous pas vivre plus simplement, en acceptant une forme de « décroissance » ? Ne sommes-nous pas soumis à un pouvoir trop vertical ? Ces trois grandes questions courent à travers les trois ouvrages, preuves que ces inquiétudes ne sont pas nouvelles mais sont nées en même temps que l’ère industrielle.

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Dans Walden, Henry David Thoreau, universitaire, décide, en 1845, de vivre deux années consécutives, en autonomie dans la forêt, près du lac Walden (Massachusetts).

Il construit lui-même sa cabane, cultive un grand potager, en vend parfois le produit, mais refuse chasse et pêche. Il ne vit pas en ermite, son but n’étant pas l’isolement complet, mais il veut juste montrer que l’on peut vivre sans travailler, en subvenant soi-même à ses besoins, au plus proche de la nature. Et la nature, il sait l’observer, la décrire, dans de grandes phases élégantes et alertes. Il nous emporte alors dans cette magnificence qui l’entoure, où nous restons subjugués par la grandeur des paysages, la profondeur du lac, et tous les habitants de ce lieu, même minuscules, qu’il regarde avec admiration, et dont il connaît le nom.  Poète, naturaliste, ingénieur géomètre, il multiplie les talents. Cet ouvrage de presque 400 pages, publié sept ans après son retour de Walden, est un bijou de littérature et un précieux outil de réflexion sur nos rapports avec la société, le travail, la nature.

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Suite à son séjour en autonomie près du lac Walden, où il a pu réfléchir au sens de l’existence, aux raisons qui poussent les humains à se ranger aux injonctions de gouvernements indignes, Thoreau rédige La désobéissance civile, petit fascicule de 38 pages qui paraîtra deux ans après son retour de Walden. Il estime que son gouvernement est indigne parce qu’il est esclavagiste et qu’il a engagé une guerre contre le Mexique. En signe de protestation, il refuse alors tout net de payer une taxe. Il fera de la prison pour cela. Ce petit livre court, mais dense et riche d’enseignements humanistes, a eu un retentissement tel qu’il a été le livre de chevet de Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela.  On peut être petit et devenir un monument de la contestation !

 

 

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Ishmaël, de Daniel Quinn, se présente comme un roman initiatique, une fable philosophique et politique, qui doit mener le lecteur à une remise en question de la notion de civilisation. Le récit commence ainsi : un homme répond à une petite annonce qui propose des cours « pour changer le monde ». Il se trouve que le professeur qui a fait diffuser cette annonce est un gorille. S’engagent alors des échanges très socratiques, curieux, déroutants mais profonds entre les deux personnages. Le professeur, à force de questionnements simples, auxquels on a tendance à réponde très vite – mais qui contiennent alors beaucoup d’idées erronées – parvient à faire reculer son élève, très progressivement, sur ses croyances. Sur quoi repose notre civilisation ? Quelle est son histoire ?

Que recèle-t-elle en termes de bienfaits et de préjudices ? L’équilibre est-il trouvé ? À l’heure actuelle, il est indispensable de reprendre cette réflexion point par point, et de trouver une issue à la destruction qui se profile. Le gorille est un de nos proches parents, il sera victime de notre aveuglement très prochainement, hors sursaut salvateur de notre part. La phrase en miroir du titre prend alors tout son sens : gorilles et humains ont leur destin lié.

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