En quête d'éternité

Dès les premières lignes, je me suis laissée happer, littéralement, par ce roman au souffle long et fluide, coloré et rythmé, qui m’a emportée sur des rivages lointains, dans la Chine du XVIIIe siècle, auprès d’un empereur à la fois tyran sanguinaire et poète, fasciné par les horloges et les automates.

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Je ne connaissais pas Christoph Ransmayr. Il est autrichien, il est traduit en trente langues et a obtenu de multiples prix littéraires, dont deux européens. Dès les premières lignes, l’on comprend pourquoi. L’écriture est virtuose ; elle explore les rapports de l’homme et de la nature avec élégance et relie les événements avec souplesse et vivacité.

Mais venons-en à l’intrigue : dans la Chine impériale, l’empereur Quianlong (personnage réel, né en 1711 et mort en 1799) fait venir d’Angleterre le meilleur horloger du monde occidental : Cox (il a existé aussi et ses horloges sont visibles dans le monde entier, jusque dans la Cité interdite). Il lui commande des horloges fabuleuses qui suivraient le cours capricieux du temps. L’équipe de Cox obéit et s’installe dans les luxueux pavillons qui leur sont généreusement dévolus. Leur temps de travail est rythmé par le doux balancement régulier des palanquins de la cour impériale. Tout un monde sensuel, confortable et aveugle, qui contraste avec la souffrance cachée des petites gens, l’esclavage, la cruauté des châtiments pour une broutille.

Après plusieurs commandes d’horloges sophistiquées et ruineuses, l’empereur fait connaître son dernier souhait : une horloge très spéciale, qui se rapprocherait de l’empereur par sa nature sacrée et intemporelle. La création de cette ultime horloge prend alors l’allure d’une quête philosophique et scientifique pour la petite équipe de Cox.

Je ne vous dirai rien de plus sur cette horloge qui bat au cœur du roman – je ne veux pas déflorer une découverte qui est la plus belle surprise de cette histoire - mais sachez qu’elle a réellement été construite et que c’est un bijou de technologie inégalée.

Christoph Ransmayr, Cox ou la course du temps, éd. Albin Michel, 317 pages, 2017, 22,50 euros.

 

 

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