Alep, non!

Vous ne pourrez pas dire que vous ne savez pas. Non, vous ne pourrez pas croire que la guerre s’arrête à Alep.

Naief A. , avait 14 ans quand en 2011 par son tag anti-Bachar il a mis le feu aux poudres à Deraa, dans le sud-ouest de la Syrie. Aujourd’hui, il déclare : « D’un côté je regrette mon geste à cause de tous ces gens qui ont été tués et envoyés en prison et de tous ces gens devenus sans-abri ou réfugiés. Mais d’un autre côté, j’en suis fier. Quelque chose devait arriver en Syrie. Quelque chose devait changer. » Ce que l’adolescent avait écrit sur un mur de sa ville : « Vous êtes le prochain sur la liste, Docteur Bachar El Assad ». Pour cela, Naief et 22 jeunes ont été torturés pendant des semaines. Naief est en exil à Vienne, il est passé en bateau pneumatique par l’île grecque de Lesbos. Et il a raison : « Vous, le boucher de Damas, vous êtes le prochain sur la liste des criminels de guerre ! » et certainement le pire avec vos acolytes en plus alcooliques, on se rappelle le ministre des Affaires étrangères russe Lavrov, ivre mort à la réunion du 9 septembre 2016 à Genève. Ainsi va le monde de la vodka. Décidant et tuant ce que Poutine appelle « terroristes ». Dans sa stratégie d’occupation, il est le premier terroriste. Ce sont les criminels qui criminalisent les femmes et les enfants en les déclarant « terroristes », en les jetant sur les routes de la mort ou de l’exil, ce qui revient un peu au même… Vous ne pourrez pas dire que vous ne savez pas pour ces femmes et ces enfants.

La guerre en Syrie est politique. Alep est politique. Des civils y meurent.

Tous les messages, vidéos, appels qui viennent d’Alep, de ces gens en souffrance, de cette ville martyr ne vous empêchent pas de décorer votre sapin de Noel et de préparer votre foie gras et champagne ? Vous êtes alors dans l’échec de votre civilisation judéo-chrétienne. Envoyez votre Dieu au diable si vous n’êtes pas capables d’humanité avec votre prochain. Lui, il est là, à côté de vous. Pas très loin le Proche-Orient.

Il y a trois mois, un pédiatre d’Alep disait : « Mais que faut-il de plus au monde pour réagir, ils ont déjà bombardé les écoles et les hôpitaux ? » Même cela est devenu banal. Le clown d’Alep est mort, ce pédiatre aussi, sous les bombes.  

Il nous faut nous libérer de ce désordre organisé sur notre pensée de ce qui se passe en Syrie. C’est 200 morts par jour, c’est aussi 10 personnes par jour qui meurent dans les prisons du régime. La guerre cela fait 6 ans qu’elle dure. Beaucoup trop de sang. Et là, à Alep, les gens qui meurent sous nos yeux, en masse, cela s’appelle exactement un génocide !

Bien sûr il faut faire attention à la manipulation : il est indispensable d’avoir un regard juste devant l’histoire qui se déroule et de savoir démanteler le faux du vrai. Auparavant les Alaouites n’étaient pas fréquentables maintenant ce sont les Sunnites. Comment éviter les discussions ou comportements hystériques de la cuisine médiatique ? Jamais on a asséné autant de mensonges avec des airs de bonne foi, alors qu’on a aujourd’hui tous les moyens de la désintoxication. Pourquoi le mur de silence fait autour de la Syrie depuis le début de la guerre, Assad a prouvé qu’il peut maintenir le monde et même mes Nations Unies dans le silence, pourquoi le mur de silence construit par 40 ans de régime dictatorial, Assad s’est prouvé qu’il peut faire taire son peuple ?

Les politiques le savent bien : plus le mensonge est énorme, plus il passe. Le régime de Damas se fait passer maintenant pour pro-palestinien alors qu’il a mis à mort plus de Palestiniens qu’Israël…

Savoir poser les bonnes questions au bon moment. Pourquoi les couloirs humanitaires ne sont pas orientés au nord comme le demandent les habitants d’Alep mais à l’Ouest sur la volonté du régime pour mieux « trier et exterminer » ?

L’histoire révèlera beaucoup de choses, plus tard, peut-être trop tard. Le premier responsable du drame du peuple syrien, c’est son régime illégitime, qui n’a jamais rien produit de positif pour son peuple, qui a jeté 13 millions de personnes dans l’exil, la moitié de la population étant déplacée.

L’histoire montrera aussi que dans Alep, depuis 2012, une administration démocratique s’est mise en place par un Conseil Local d’Alep avec Brita Hagi Hasan. Invité le 9 décembre 2016 à l’Université de Lausanne en Suisse, il confirme assurer dans le siège d’Alep, pour les habitants assiégés, (mot revenus du fin fond du Moyen-Age) les services vitaux d’eau, d’éducation, de soins…sous les bombardements. Ce Conseil d’Alep est un modèle de démocratie unique dans un pays en guerre. Organisé de 63 conseils de quartiers, avec un comité exécutif élu, composé de médecins, d’ingénieurs, d’éducateurs qui aident sur le terrain depuis 4 ans et de 3000 casques blancs, très actifs dans ces quatre mois de bombardements intenses. Au début, il n’y avait que des volontaires, actuellement le Ministère des Affaires étrangères américain rémunère par exemple un ingénieur d’un salaire mensuel de 150 euros.

Brita Hagi Hasan insiste sur le fait que le Conseil d’Alep est une communauté, celle des Syriens, multiconfessionnelle avec des Kurdes, des Druzes, des Chrétiens et des Musulmans. Alep porte une résistance populaire, pas religieuse. Dans les zones bombardées, il n’est pas demandé aux soignants de quelle religion ils sont, mais si l’on peut réhabiliter le dernier hôpital et poursuivre les opérations chirurgicales sans anesthésie.

Pour Brita Hagi Hasan, la ville d’Alep ne tombera pas, ni dans le cœur des Syriens, ni dans le souvenir de tout être dit « humain ».

Sur cette ville multimillénaire, la civilisation brillera encore du haut de sa citadelle et l’on entendra de nouveau des électrons libres de la paix comme l’est Rohan Houssein et sa poésie : « Ma vie n’est qu’amertume depuis que j’ai vu Alep en ruine »… 

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