Migrants: il en va de l'honneur de la France!

Il est impensable qu’une grande nation qui a vu naître les valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité puisse les enterrer si facilement. Héritiers de l’honneur révolutionnaire, les Français ne doivent pas oublier de quoi ils sont capables : inscrire des droits imprescriptibles au patrimoine universel et faire preuve d’audace !

L’esprit français est encore capable de puissantes étincelles s’il ne se laisse pas sombrer dans les phobies qui s’infiltrent partout. Et surtout si le peuple n’oublie pas que ceux qui célèbrent les Gaulois ne le sont pas toujours, comme le père d’Astérix et que la société française est une mosaïque d’étrangers, qui orphelins de leur pays, ont fait briller la culture française.

Au pays de Victor Hugo, peut-on parler de « de délit ou de répression de la solidarité ? » Des principes universels continuent à avoir besoin d’être défendus : l’accueil des plus déracinés, la protection des plus démunis. La France se doit de présider à l’émergence d’une humanité plus solidaire. Elle se doit d’insuffler une nouvelle politique d’accueil des migrants. Déjà sur son propre sol : on ne peut disperser les migrants de Calais sur tout le territoire et faire croire à une solution. Le déplacement des personnes ne mettra pas fin au problème. Le fait que se retrouvent à la rue de très jeunes migrants en France est très grave. On ne s’attend pas à cela en France… En Grèce, avec plus de 65 000 migrants, il y a des circonstances atténuantes. Les camps y sont difficilement gérés, mais ils y sont gérés malgré la crise. Lorsque la capacité d’accueil des camps de Lesbos est de 3 500 migrants et qu’on en dénombre 5 900, on évite la catastrophe chaque jour. Parfois elle endeuille, jeudi 24 novembre, l’explosion d’une bouteille de gaz qui devait servir à réchauffer une tente de toile, a provoqué la mort d’une femme de 60 ans et d’un enfant de 6 ans. Le feu s’est propagé de tentes en tentes, faisant encore plus de blessés, plus de sans-abris. Depuis dimanche la pluie s’est mise à tomber en trombes, noyant les tentes et les chagrins qu’elles abritent si mal. D’autres migrants continuent d’arriver dans des embarcations de fortune, environ 200 par semaine. Ici, à Lesbos, vous êtes dans le Lampedusa grec. Loin de l’Europe. Aux extrémités de la mer Egée. Mais si près de la Turquie. Avant les dernières menaces du président turc, nous savions déjà que toute embarcation flottante avait été achetée par les passeurs sur toute la côte voisine, jusqu’à Izmir. Toutes les barques turques sont prêtes à renvoyer vers la Grèce des contingents de migrants. Avec des prix moins élevés que l’année dernière, on passe de 1000-1500€ à 200-300€. A savoir que 3 millions de migrants au moins attendent sur le sol turc…

Autre difficulté à surmonter pour la Grèce, la lenteur des services européens, l’agence de l’Union Européenne, EASO (European Asylum Support Office), doit gérer avec les autorités grecques les dossiers des demandeurs d’asile, or par manque délibéré de moyens et de personnel, les demandes tardent à être traitées. C’est là la politique d’aide à la gestion des migrants mise en place par l’Europe pour faire de la Grèce le « parking géant » d’êtres humains. On peut vraiment s’interroger sur l’aide de l’Europe à la Grèce et dans d’autres domaines. Comme économique, comment le plus mauvais des ministres français de l’économie, Pierre Moscovici, pourrait-il être apte à de justes mesures pour rééquilibrer les affaires grecques, a-t-il pu le faire en ce qui concernait la France ? Les dirigeants français ne sont plus à la hauteur des grandes leçons que la France a donné à l’histoire. Malgré sa visite attendue à Athènes ces jours-ci, on peut regretter qu’il n’ait pas la même philosophie de la politique que son père. Son père, Serge Moscovici, intellectuel juif, est un communiste roumain qui trouve refuge en France avec sa femme, psychanalyste polonaise en 1947.

Pour en revenir aux demandes d’asile, il faut savoir qu’après avoir attendu longtemps un refus des plus fréquents, les migrants passent ensuite à l’illégalité. Ce qu’ils n’ont pu obtenir légalement, ils le tentent autrement. La mauvaise politique migratoire rejette de fait les personnes dans l’angoisse de l’attente, dans la révolte du rejet et ensuite dans l’illégalité. Les migrants passent quoiqu’il en soit, par n’importe quel moyen, au péril bien souvent de leur vie.

C’est cela qu’il faut réaliser et prendre en compte dans une vraie politique migratoire responsable et ne pas soulever de fausses peurs, affronter véritablement les défis de demain. 

Se montrer humain. Attention à ne pas juger coupables les gens dignes d’humanité. Il y en a beaucoup. Il faudrait emprisonner toutes les personnes de la vallée de la Roya près de Nice, qui comme cet enseignant de 42 ans, viennent en aide à des migrants mais sont passibles de prison ! C’est dans cette vallée frontalière de Vintimille que sont régulièrement secourus hommes, mais surtout femmes et enfants, qui se trouvent sur des routes de montagnes et qu’on appelle migrants. Avec sa fille, il a ramené à Nice des jeunes, complètement perdus, se dirigeant à pied, certains en bermuda, vers les montagnes enneigées. Cet homme a déclaré : « C’était ma première action de secours envers ces “migrants”. Pourquoi je l’ai fait ce jour-là ? Jusqu’à présent avec mes enfants j’avais déposé des vêtements à la Croix rouge pour aider mais aussi pour leur montrer qu’il y a des injustices dans le monde et que chacun de nous peut faire quelque chose... Là c’était la deuxième fois que je voyais un groupe sur le bord de la route. La première fois j’avais hésité, je n’avais pas eu le courage, mais cette fois- ci, il y avait ma fille et j’ai pu lui montrer l’exemple. »

Il nous faut avoir cette audace pour ne pas se réveiller un jour avec des regrets.

Ne pas laisser l’histoire s’entacher d’erreurs et de drames. Ne pas oublier que ces réfugiés ne sont pas des délinquants, des chômeurs ou des marginaux mais simplement des familles avec femmes et enfants qui fuient la mort.

Il faut aussi avoir l’audace de modifier ce que les gouvernements veulent nous présenter comme immuable. En France on a décidé de n’accueillir que 24 000 réfugiés sur 2 ans. C’est une honte. Par rapport à la Grèce ? Oui, aussi.

Savez-vous qu'en août 1914, la France a reçu 1,5 million de Belges qui fuyaient l'horreur de la guerre ? C'est-à-dire 62 fois plus ! Savez-vous qu’en 1940, la nationalité française a été refusée à Picasso ? Avait-il déjà la tête d’un terroriste ?

Heureusement, il y a toujours en France de grands penseurs qui savent montrer aux Français le chemin de l’honneur : « Je m’adresse aux esprits honnêtes, il y en a ici ; je m’adresse aux âmes généreuses, il y en a ici. Oh ! Puisque vous êtes puissants, soyez fraternels, puisque vous êtes grands, soyez doux. » Á la patrie, Victor Hugo.

 

                                                             A Lesbos, le mardi 29 novembre 2016, Agnès Matrahji
 

 

 

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