le suicide d'un cardiologue à l'Hôpital Georges Pompidou, sanction d'une gouvernance incapable de réguler les conflits à l'Hôpital, instituée par la loi HPST

Le triste épilogue d'un conflit interne à un Hôpital pose la question de la suppression dommageable d'une Instance Nationale :la Commission Paritaire Nationale, qui donnait son avis sur les mutations, les promotions, la carrière des praticiens hospitaliers. L'omniprésence des Directeurs des Hôpitaux dans toutes les Instances qui gèrent la politique de santé a des effets délétères.

Les éléments rapportés dans la presse à propos du suicide d'un Professeur de cardiologie à l'Hôpital Geoges Pompidou évoquent un conflit interne qui n'a pas pu être traité par la gouvernance de l'hôpital. En effet, les différentes Instances mises en place par la Loi HPST donnent tout pouvoir au Directeur et à son double, le Président de la CME. La Loi Santé renforce cette tendance, avec l'apparition de la notation des praticiens hospitaliers, et la CME est la chambre d'enregistrement des décisions du Directeur.

Toute la carrière des médecins à l'hôpital est entre les mains du Directeur, effet d'un lobbying impitoyable de la Fédération Hospitalière de France, qui est représentée dans toutes les Instances qui gèrent la politique de santé: la D.G.O.S au Ministère de la Santé, au Centre National de Gestion, qui gère les carrières et qui prend avis du Directeur de l'hôpital, du Président de la CME, du chef de pôle, pour rendre ses arrétés, des ARS, Régionales et Territoriales, où les avis des mèdecins sont accessoires, et la gouvernance de l'hôpital lui-même, où le seul avis médical qui compte est celui du Président de la CME, nommé par le Directeur. Les Directeurs ont souhaité que les mèdecins ne soient plus appelés "Docteur", au grand dam du Conseil de l'Ordre des Médecins qui a protesté sans effet. La Loi Santé au lieu de corriger cette tendance l'a aggravée. Elle propose la nomination d'un super-Directeur, et d'un super Président de CME qui concentreront entre leurs mains tout pouvoir. Afin de contrebalancer cette hégémonie, les mèdecins gagnent un deuxième représentant au CHST, sans qu'il puisse bénéficier d'aucune protection assortie à sa mission. La mise en place de ces structures ne pourra pas se faire sans dégats irréparables sur le plan humain et va rejaillir  sur la qualité des soins.

Ces réformes illustrent le primat de la gestion sur la mission de santé publique dévolue au Hôpitaux.

Dans ce contexte de restrictions budgétaires, les conflits ne peuvent manquer de surgir, et leur résolution ne pourra se traiter qu'en interne. Gageons que la prochaine attaque sera le licenciement sec de ceux qui ne sauront pas plier sous le joug directorial, sanction d'une longue cohorte d'entraves à l'exercice de son métier, coupures de téléphone, voire de plusieurs lignes desservant un service,  murs à l'abandon, peintures au plomb qui s'écaillent, 90 mails du chef cuisinier qui ne peut pas dépenser de quoi donner une collation aux adolescents, le changement des serrures est aussi un grand classique ne permettant pas l'accès au bureau de consultation. Les protestations sont vécues du coup comme une preuve d'un caractère difficile. Le Directoire fera des gorges chaudes à ce propos. Dans ce climat, aucune Instance ne permet au mèdecin de se faire entendre.

Il existait une Instance qui a été supprimée: la Commission Paritaire Nationale qui pouvait donner son avis, lors des demande de mutation et de promotion. Le décalage à une Instance Nationale permettait une autre écoute et la mise à distance des querelles de clochers et des disputes de chapelle. Sa suppression remplacée par la prééminence des avis locaux est dommageable. Longtemps les syndicats de psychiatres ont protesté, connaissant le danger d'une gouvernance liée totalement aux pouvoirs locaux. Leur voix est devenue inaudible. Les dangers que provoquent cette état de fait devrait etre traités et analysés par une Commission d'Enquête Parlementaire, dont on fait le voeux qu'elle ne recevrait pas excusivement des représentants des Associations de Directeurs, en nombre important , comme c'est le cas actuellement.

Un hôpital ne peut pas se gérer sur la base de chiffres colléctés par un traitement informatique. Il s'agit d'une grave illusion. Les économies de moyens passent aussi par l'écoute des acteurs de terrain et par les promoteurs d'innovation qui ne pourront voir le jour dans ce contexte contraignant.

 

 

 

 

 

 

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