a propos du reportage sur la pédo-psy à St-Denis de C.Coq-Chodorge

Cet article pose de nombreuses questions. La première est la question du temps de latence entre la demande dans les Centres de Consultations pour enfants, qu'il s'agisse des CMP-secteur public- ou des CMPP-secteur privé non lucratif. Ce problème est le même quel que soit le mode de gestion des secteurs de pédo-psy, Centre Hospitalier Général ou Etablissement Public de santé Mentale. Il s'agit d'un constat parmi les plus préoccupant des Etats Généraux de la pédo-psychiatrie, effectué en 2014.

Outre la question de la précarité des patients de St-Denis, se pose les questions budgétaires: l'étranglement des hôpitaux par une politique d'austérité qui touche tous les domaines de la Santé Publique. Il y a des lignes de fractures géosysmiques dans le service public de santé. La cohabitation de deux systèmes de financement dans les Centres Hospitaliers en est une. La loi HPST qui donne des pouvoirs sans contre-pouvoir institué aux Directeurs des Hôpitaux en est une autre. L'hôpital est enfin géré comme une entreprise, les Missions de Santé Publique passent au second plan devant l'objectif de rentabilité. Les petits enfants qui posent des problèmes psychologiques ne vont pas être le grain de sel qui risque d'enrayer le système. Comme l'a déclaré publiquement un Directeur d'hôpital,  la pédo-psy ne l'intérresse pas car elle ne rapporte rien à l'hôpital, avant de se raviser, son budget annuel étant une dotation globale, qui n'est pas lié à l'activité: il s'agit "d'un matelas", en convient-il, qui amortit les problèmes financiers. Ce budget annuel, appelé DAF, concerne la pédo-psy, et les services de psychiatrie qui s'occupent de patients adultes, principalement.

Les services de psychiatrie adultes ou enfants à financement DAF cohabitent avec des services de médecine, chirurgie,obstétrique à financement T2A, à l'activité.

La Direction de l'Hôpital pour équilibrer son budget va prioriser l'activité des services de médecine, chirurgie, obstétrique, puisque l'activité  des services de psychiatrie "ne rapporte rien" et n'est qu'un "matelas"financier. Les problèmes deviennent aigus et posent la question de la survie de ce système de cohabitation lorsque pour une raison ou une autre, la gestion d'un hôpital passe une phase critique.

Le financement à l'activité définit des critères où tel type d'activité va être financé plus ou moins. La logique financière va prévaloir et engager les investissements d'un hôpital vers les activités qui rapportent au détriment des activités qui ne rapportent pas. La notion de service public, de missions de service public devient un vocabulaire à écarter, dangereux pour la survie de l'hôpital.

L'humain est passé derrière la logique financière, et qui s'étonnera de voir les enfants et les adolescents qui souffrent de problèmes psychiatriques ou psychologiques les premières victimes de cette politique.

Cette politique a un bras armé: la loi HPST, qui donne tout pouvoir aux Directeurs des Hôpitaux. Il n'existe pas de contre-pouvoir dans un Hôpital. La CME a été vidée de ses prérogatives, déjà peu importantes. Les dernières modifications de la Loi n'apportent aucune garantie de contre-pouvoir. Les pouvoirs augmentés du Président de la CME ne sont pas une garantie de contre-pouvoir démocratique.Lorsqu'il y a collusion entre ces deux personnes, tout le système peut dysfonctionner. La dotation annuelle de fonctionnement, budget dédié par l'état pour les services de psychiatrie devient une caisse noire, dont la ventilation n'est contrôlée par personne, ni par la CME, ni par les tutelles, l'ARS.Certains hôpitaux, pas tous, se permettent de ne jamais donner à voir la ventilation de ce budget, de l'ordre par exemple de 20 millions d'euros, pour un hôpital qui gère souvent 3 services de psychiatrie adulte et un service de pédo-psy.

L'affaiblissement du pouvoir de l'Etat passe par la diminution de son pouvoir de contrôle des fonds publics.

 

 

 

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