agnès piernikarch
psychiatre,psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, psychothérapeute
Abonné·e de Mediapart

16 Billets

1 Éditions

Billet de blog 12 juil. 2015

agnès piernikarch
psychiatre,psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, psychothérapeute
Abonné·e de Mediapart

commentaires à propos du rapport d'étape concernant la mise en place des GHT: Groupe Hospitalier de Territoire

agnès piernikarch
psychiatre,psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, psychothérapeute
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le rapport intermédiaire rendu par J.HUBERT, Directrice du CHU de Grenoble, et du Dr. Frédéric Martineau, président de la CME du CH de Bayonne pose un certain nombre de question : il fait apparaitre au travers de la mise en place d'une solidarité budgétaire des établissements adhérents à un GHT, plusieurs points éludés rapidement. L'obligation faite aux EPS de Santé Mentale de se fondre dans le dispositif au motif qu'il n'y a pas lieu de discriminer la psychiatrie des autres spécialités médicales, d'une part et d'autre part, qu'il convient de "désaliéner" les hôpitaux psychiatriques.

Cette position, la "désaliénation" supposée des équipes de secteur psychiatriques, selon qu"elles sont rattachées budgétairement et administrativement à un Centre Hospitalier Général est issue des illusions des années 70, où il fallait "bâtir le contraire de l'asile", comme le disait BONNAFE. Il avait ainsi choisi de "s'installer préalablement" sur la ville de Corbeil-Essonne, avant de développer un dispositif de soins plus conséquent. Le bilan de cette illusion est amer.

Dans la plupart des cas, l'intégration de la psychiatrie s'est faite grâce une manne budgétaire la DAF, dont la ventilation surtout était intégrée dans le budget de l'hôpital. La priorité des investissement est  souvent attribué au développement de l'activité des services de Médecine, Chirurgie, Obstétrique, de manière plus ou moins importante selon la vigueur de la force de protestation des secteurs psychiatriques.

Cette protestation est plus ou moins audible selon la gouvernance de ces hôpitaux, où les services de psychiatrie, adultes et enfants, sont de toutes façons minoritaires. La représentation dans les Instances décisives de l'Hôpital des services de psychiatrie est souvent réduite à la portion congrue, aggravée par la mise en place des pôles, qui a encore éloignée la voix des secteurs de psychiatrie des Instances Décisionnelles, situation encore plus grave pour les secteurs de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, minoritaires parmi les secteurs de psychiatrie adulte. Rares sont ceux qui ont pu être représenté par un pôle dédié, et avoir un droit de regard sur les budgets et les orientations stratégiques de l'hôpital. La Loi HPST a aggravé cette situation. L'Instance délibérative qu'a pu être la CME s'est effacée, devant le pouvoir institué à un représentant de celle-ci, le Président de la CME et au Directeur. Lors de graves dérapages, de dysfonctionnements, il n'y a pas de contre-pouvoir institué.

On voit mal comment l'institution d'une super-loi HPST, avec des super-Directeurs aux super-pouvoirs, éloignés de plus en plus des préoccupations soignantes au profit de considérations budgétaires pourrait améliorer les choses.

En creux, il est vaguement évoqué une modification des financements: T2A et DAF, par un financement unifié qui serait celui lié au parcours du patient. Il faudrait que les modalités en soient davantage explicitées. Le dispositif GHT ne peut raisonnablement se mettre en place avec des budgets en l'état, à moins de prendre le risque de couler pour l'essentiel du dispositif de soin spécifique à la santé mentale.

Les psychiatres et leurs organisations syndicales ont semblent-il été peu entendus par la Mission. Les représentants des Directeurs ou des Fédérations Hospitalières ont eu la part belle dans cette investigation.

La décision de rendre obligatoire les adhésions  de tous les établissements hospitaliers à des GHT  fait craindre que les contraintes budgétaires actuelles prennent le pas sur une modification d'un financement du dispositif de santé plus adéquat.

Le principe de la sectorisation, proposer une offre de soin à tout citoyen, est encore incompris par les somaticiens. Ils voient dans la psychiatrie une spécialité comme une autre. Ils ne comprennent pas l'intérêt de services juxtaposés qui doivent desservir un territoire donné. Cette difficulté de communication se double d'un intérêt bien compris et a été très aggravée par la mise en place d'un financement à l'activité pour les uns et avec un budget annuel pour les autres.

C'est l'état des lieux qui devrait être fait, avant toute chose, où l'on verrait dans bien des lieux de soins dédiés à la psychiatrie, à l'hôpital général des locaux dégradés, des peintures au plomb écaillées tombant sur la tête des petits enfants dans la salle d'attente. C'est l'illustration d'une reconstitution de l'asile. Il faudrait une visite attentive qui ne se laisserait pas guidée avec complaisance par l'appareil de Direction mais par les acteurs de terrain. Ce constat pourrait faire partie du "diagnostic médical partagé", si les acteurs du terrain s'en saisissent. Ils le peuvent dit à regret le rapport semble-t-il en s'associant dans un cadre spécifique dédié à la santé mentale, avec d'autres acteurs, d'autres GHT, des activités du médico-social dans des "communautés psychiatriques de territoire".

Quelle influence pourront avoir ces dispositifs? Il est difficile de le prédire. Il est nécessaire en tout cas de s'en saisir car il faut qu'il existe des lieux où la parole se fasse entendre, et où le discours de l'agora puisse être entendu.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte