suicide et maltraitance

Le douloureux épilogue d'une longue suite de maltraitances de provenances diverses au Centre Hospitalier Georges Pompidou nécessite une remise à plat de l'ensemble du dispositif de gouvernance des Hôpitaux. En effet, il y lieu de se poser la question d'une dérive inhérente à la gouvernance des Hôpitaux, qui dépasse le cadre de l'AP-HP.

Dans les années 90, j'étais intervenue en tant que secrétaire syndicale de l'Union syndicale de la Psychiatrie lors du suicide d'une collègue, psychiatre et praticien hospitalier, qui avait été victime de l'acharnement de son chef de service et du Directeur de l'E.P.S Barthélemy Durand à Etampes. Les courriers qu"elle avait reçu étaient clairs de ce point de vue. Les lois évoquant le harcèlement n'étaient pas aussi abouties qu'aujourd'hui. Il reste cependant la très grande difficulté d'apporter la preuve du harcèlement, car celui-ci s'exerce avec plus de facilité lorsque la personne ne trouve plus de moyens de sortir de cette situation.

Lors de cet évenement, nous avions fait le constat que les appels à l'aide de la victime étaient restés inaudibles, appel à l'aide dans l'hôpital et à l'extérieur. Les courriers accusateurs  sont parvenus au syndicat trop tard. La diffusion de ces courriers avait  permis une  prise de conscience institutionnelle nécessaire à la survie de l'établissement.

Le confinement à l'intérieur des établissements hospitaliers des conflits et des rapports de force animés par les egos, la vanité, le désir de puissance, a été porté à son comble par la Loi HPST. Celle-ci donne tout pouvoir au Directeur, et encore plus de pouvoir au Directeur du GHT. Cette machine de guerre au service de la gestion n'a pas pour but de répondre aux besoins de Santé Publique mais de diminuer les coûts globaux de la dépense hospitalière. L'allié du Directeur est le Président de la CME. Ce couple ne va pas rencontrer de contre-pouvoir. Rien n'est prévu à cet effet.

La nomination des praticiens, leur promotion à des postes de chef de service est conditionné à des avis locaux favorables. Tout le crédit est donné aux querelles claniques, et il n'y a aucune Instance à distance des conflits internes qui peut donner un avis autorisé. Le Centre National de Gestion prend en compte les avis locaux. La Commission Paritaire Nationale a disparu, qui pouvait donner des avis distanciés des avis locaux. On peut imaginer si elle était reconstituée, qu'elle pourrait se saisir d'un conflit et proposer des issues à des situations inextricables.

Il parait nécessaire aussi que les mèdecins mis en cause lors des discussions du Directoire puissent en avoir connaissance, et répondre. Il s'agit souvent de rumeurs facilement propagées dans un Hôpital, qui nécessitent d'avoir le moyen de les désamorcer. J'ai fait l'expérience de fausses accusations de dépassement des budgets dévolus par l'ARS pour un projet, qualifié de Mission Prioritaire de Santé Publique, alors que la moitié de la dotation avait été oubliée dans la présentation au nouveau Directeur. Celui-ci  n'a pas jugé utile de me rencontrer et  d'avoir les informations nécessaires avant de se lancer dans des accusations insensées. Le Directeur Interiméraire avant lui n'avait courageusement pas honoré pas moins de 7 rendez-vous.

Ces conflits sont alimentés par la possibilité donné au Directeur de ne pas rendre public la ventilation des crédits affectés à la Psychiatrie et notamment à la Pédo-psychiatrie. Ces crédits,  affectés par dotation annuelle sont en principe dédiés à une  un projet, un ou plusieurs services. La publication est d'autant plus utile qu'on a pu voir des ventilations attribuées selon les affinités et non en fonction des besoins de santé publique. La position des services de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent est particulièrement fragile à cet égard. 

Je dois dire que je n'avais pas compris le sens du mot "en principe". Il est évident que l'arrivée de ces crédits  suscite des convoitises mais rien n'est prévu par l'ARS pour suivre l'attribution de ces crédits. J'ai pourtant été témoin d'un suivi rapproché de l'attribution de crédits par l'ARS dans le médico-social. Preuve qu'il est possible de veiller au bon acheminement des crédits.

La totale dévolution de cette gestion aux Directeurs a fait la preuve de gangereux risques de dérives, qu'il convient de rectifier. Il n'y a pour l'instant aucun pare-feu prévu. Ce n'est pas l'élection d'un malheureux praticien hospitalier au CHSCT qui va résoudre le problème.

L'obligation de clarification et de publication de la ventilation des crédits alloués par l'ARS  est une mesure indispensable, pouvant mettre un coup d'arrêt à des manoeuvres aussi tortueuses que malsaines. Pour l'instant, le ministère s'en tient à des promesses.

La Constitution d'une Instance Nationale qui donne un avis à distance des conflits locaux apparait également indispensable.

A suivre.

 

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