Non, le dispositif de soins psychiatrique n'est pas une discipline médicale comme les autres

Le désir d'assimilation et d'intégration de la psychiatrie et de son dispositif de soins est un leit-motiv qui conduit maintenant à  l'éradication du dispositif de soin dit de secteur. L'intégration des services de psychiatrie dans le budget des Hôpitaux Généraux a permis de substantielles économies à ceux-ci en organisant un ingénieux détournement des moyens affectés à la psychiatrie. Le succès de ces détournements de moyens se verra amplifié par la mise en place à marche forcée des Groupements Hospitaliers de Territoire où la part dévolue à la psychiatrie sera de fait réduite à une portion congrue, réduite par la loi du plus grand nombre.

Noyée dans les demandes justifiées, bien sûr, des services des Hôpitaux généraux, étranglés par le financement à la T2A, l'assimilation de la psychiatrie, discipline comme les autres, répète à l'envie le rapport d'étape sur les GHT, effectué par un Président de CME d'un Hôpital Général et d'une Directrice d'un Hôpital Universitaire, est la clef de la restriction budgétaire envisagée. Sur le papier et sur les fiches excel, certes, pourquoi dépenser le coût de services qui sont des redondances, des doublons semble-t-il?

Cette idée a été relayée sur la base d'un malentendu par les mouvements des années 70 qui contestait les méthodes asilaires. L'idée de construire le contraire de l'asile comme le disait Lucien Bonnafé trouvait un terreau favorable  dans l'Hôpital Général, mettant ainsi fin à une mise à l'écart qui semblait produire ségrégation et exclusions en chaine.

Presque un demi-siècle plus tard, cette mise en place aboutit à un constat affligeant. Le principe d'une organisation de soins basée sur le découpage en territoire, dit de secteur, suscite l'exaspération et l'incompréhension à l'Hôpital Général. La psychiatrie n'est reconnue que si elle accepte la disparition progressive de ses moyens. J'en ai fait l'amère expérience et je tiens à disposition tous les éléments du budget. Dans un tel climat de survie, les plus forts attaquent les plus faibles: les services de psychiatrie adultes menacés mais plus nombreux vont utiliser les budgets de psychiatrie de l'enfant, qui sont les derniers de la chaine.

Aucune garantie ni aucun recours n'est prévu par la loi, ni maintenant ni avant. Les contrôles de la Cour des Comptes n'examinent pas l'affectation des budgets en fonction des services, mais vont regarder l'affectation d'un budget alloué pour les postes médicaux en général, semble-t-il, car je ne vois pas comment cette supercherie peut perdurer sans cela. La recette semble profitable puisqu'elle est un des moteurs de la mise en place rapide des GHT.

La plupart des syndicats de psychiatres ont été victimes de leur fascination pour l'intégration de la psychiatrie dans les Hôpitaux Généraux. Ils sont d'ailleurs des interlocuteurs écoutés à la condition de ne rien dire. L'affligeante position d'intersyndicales de médecins qui se veulent soutien de la mise en place des Groupements Hospitaliers de Territoire en est l'exemple type. Il faut une réaction inquiète de l'Association des Directeurs des Hôpitaux Psychiatriques pour les amener à un peu réfléchir aux dangers de cet enthousiasme étourdi.

Une mise à plat du dispositif de santé mentale est un besoin de plus en plus urgent, avec la participation de tous les acteurs, sanitaires, médico-social et usagers, afin de sortir de cette involution programmée qui ne pourra qu'exploser à un moment ou un autre. Le déni des spécificités de la psychiatrie n'est pas une position politique responsable.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.