Ahmed Ben ABLA
Directeur de France Maghreb 2
Abonné·e de Mediapart

11 Billets

0 Édition

Billet de blog 12 déc. 2015

Élections régionales françaises 6 et 13 décembre 2015 : Les leçons du Premier Tour, le passage du Bipartisme au tripartisme.

Les électeurs français ont arrêtés leurs choix de vote et se sont exprimés, ce dimanche 6 décembre pour le premier tour des élections régionales de 2015. Si le scrutin proportionnel reste d'usage, la configuration géographique et le découpage électoral sont nouveaux.

Ahmed Ben ABLA
Directeur de France Maghreb 2
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Et contrairement aux sondeurs israéliens qui donnaient le premier ministre sortant perdant, et à leurs homologues turcs qui ont pronostiqués un nouveau recul du parti du président turc, Erdogan, après celui déjà subi en juin 2015, et ne pas obtenir pour la seconde fois en six mois la majorité absolue à l'assemblée nationale turque, qui se sont trompés les uns et les autres, les sondeurs français ont vu juste dans l'absolu et leur classement des partis dans leurs prospectives ont été confirmés par les urnes, du moins pour ce premier tour. Pourtant les circonstances exceptionnelles dans lesquelles s'est déroulé le premier tour des élections régionales de cette année, entre les attentas terroristes du vendredi 13 novembre 2015, et leur centaine de victimes, l'arrêt immédiat de la campagne électorale qui n'a jamais démarré, en réalité, les scènes apocalyptiques de Saint Denis le lendemain de ces attentas, la course poursuite derrières les complices des terroristes, dans tout le pays voire en Belgique et en Europe, le marathon diplomatique du Président de la république pour tenter de créer une alliance ou une coordination internationale, et l'embellie soudaine de sa cote de popularité dans les sondages, auraient pu justifier et expliquer le renversement de la donne, permettre une envolée des scores du parti socialiste, faire reculer les pronostics de LR et donner des résultats largement contraires à ceux pronostiqués par les sondeurs français. Cela n'a pas été le cas. Un nouveau paysage politique s'impose et confirme le passage d'un bipartisme classique droite / gauche à un tripartisme extrême droite/ droite classique /gauche. Les supputations, analyses et leçons peuvent commencer à fleurir.   

Pour les socialistes, un nouveau découpage électoral régional pour servir une meilleure communication politique et préparer la campagne électorale présidentielle de 2017, mais sans effet électoral, à ce stade.

Depuis la proclamation de la 5ème République en 1958, par le Général De Gaulle, le parti socialiste n'a accédé à la présidence de la République qu'à 3 reprises. En 1981 et 1987, avec le Président François Mitterand, pour 2 septennats. Puis plus récemment, en 2012, avec le Président François Hollande, cette fois pour un quinquennat. Le quinquennat, une durée souhaitée par un premier ministre socialiste, Lionel Jospin, qui pressé d'accéder au pouvoir suprême adopte les 2 initiatives qui régissent le fonctionnement politique actuel de la France : passer la durée du mandat du président de la République du septennat au quinquennat et ….inverser l'ordre des élections majeures, la présidentielle, d'abord, puis les législatives ensuite. Soit à la fin du mandat du Président Hollande en 2017, une durée totale de 19 années, contre 40 années pour la droite sur 59 ans de législatures successives. Et pourtant, la mémoire collective, qui ne retient pas l'exactitude des faits et des chiffres, a quasiment effacé l'absence de l'accès au pouvoir de la gauche de 1958 à 1981. Et c'est presque normal. Le scrutin régional a été instauré par la gauche. Et cette dernière  a changé sa configuration et son cadre géographique électoral, en 2014. Ce nouveau découpage, a été adopté dans des discussions et confrontations entre élus du peuple, et comme d'usage, dans la démocratie française, sans y associer vraiment la population, ni recueilli son assentiment par concertation, consultation et encore moins par referendum. Probablement pour anticiper à l'avance une 5ème déroute électorale, flagrante et trop voyante, annoncée depuis son élection en 2012, (après les défaites lors des élections municipales et européennes en 2014, les sénatoriales et les départementales en mars 2015), le Président François Hollande a fait le choix de bouleverser la carte électorale des régions françaises et leur passage de l'ancienne configuration de 23 régions en métropole, à celle de 13 régions en France métropolitaine, et 4 régions en outre mer (Guadeloupe – Martinique – Guyane et Réunion). Sous l'apparence de servir l'intérêt national et avec les justifications nobles d'agrandir et de consolider les régions françaises pour leur permettre de mieux concurrencer, en terme de puissance économique et de nombre d'habitants, les régions des autres pays européens, notamment les Landers allemands, cette ré-configuration géographique pourrait cacher plus simplement un intérêt particulier du Président de la République et de son parti politique. Détenteurs, jusque là, depuis les élections régionales de 2010, de 22 régions sur 23, il est plus symboliquement acceptable pour le pouvoir socialiste de «vendre» en terme de communication politique et d'apparence médiatique, le fait de détenir 2 ou 3 régions, voire plus sur 13, que 2 ou 3 régions sur 23. Dans le premier cas, le résultat pourrait apparaitre comme une conquête dans un moment historique difficile. Dans le second cas, le résultat apparaitra comme un dévissage total et la perte de toute chance et de toute légitimité pour le président de concourir pour un second mandat. Fin connaisseur des institutions françaises, des méandres de leur fonctionnement, et probablement de la psychologie de ses adversaires politiques du moment, et du ressenti du peuple français, il n'oublie probablement pas qu'il a été élu, en 2012, contre Nicolas Sarkozy et non pour lui même ou pour son programme, et que c'est sous sa direction que le Sénat français a basculé à gauche, furtivement, et pendant à peine trois années, grâce à la victoire des élections régionales de 2010, avant de re-basculer à droite, comme il l'a toujours été, de 1958 à nos jours. En dehors de cette parenthèse exception de  2011 à 2014.

Mais cette hardiesse politique, du Président de la République, ce nouveau découpage électoral et cette bonne connaissance des institutions, de la classe politique actuelle, mais également des ressorts de la société française ne changent rien, dans les urnes. Une 5ème défaite électorale, au premier tour, maquillée mais réelle, illustre le rejet de la politique intérieure et internationale du parti socialiste au pouvoir. Une éventuelle victoire en Ile de de France, de Claude Bartolone, Président de l'assemblée nationale, fera office de l'arbre qui cache la foret.  Toute autre interprétation de résistance face au choc de la montée du FN et de la déroute de LR, relèverait du déni de réalité, comme ne manqueront de le relever les socialistes frondeurs.

Les leçons du Premier Tour  par les chiffres

Les sociologues aiment la formule «les faits sont têtus». Les économistes, la formule «les chiffres sont implacables». Les sondeurs, la formule « les sondages sont une radiographie de l'opinion à un moment donné». Et les analystes politiques devraient aimer la formule : « les élections reflètent l'état d'esprit d'un peuple, à un moment donné. Elle décrivent d'abord le taux de rejet de la classe politique en place, entre abstention et vote contre, et plus subsidiairement un vote d'adhésion».  

A cette aune, le croisement des chiffres des résultats du premier tour des élections régionales de 1986 à 2015, fournissent plusieurs leçons.

Résultats et taux du premier tour des élections régionales (1986- 2015) *et les leçons à en tirer:

 Année de votes

1986

1992

1998

2004

2010

2015

% Participation

87.9%

68.6%

67.7%

60.8%

46.3%

51.0%

% Abstention

22.1%

31.4%

42.3%

39.2%

53.7%

49.0%

FN %  suffrages exprimés

9.5%

13.6%

15.0%

14.7%

11.4%

29.5%

LR et alliés %  suffrages exprimés

39.3%

RPR UDF

34.4%

UMP UDF

31.9%

UMP UDF

33.7%

UMP UDF

30.2%

UMP- NC- MPF CPNT - MODEM

27.4%

LR - UDI MODEM

PS et alliés %  suffrages exprimés

29.8%

PS- MRG

20.5%

PS- MRG

28.9%

PS- MRG MDC

36.9%

PS- PRG  PC-  MRC VERTS

29.1%

PS- PRG

23.5%

PS- PRG

*Estimations TNS- SOFRES à 20h, les jours du scrutin.

La première leçon concerne le Front National. Ce parti arrivé premier avec 29.5%* des voix exprimés, occupe une place particulière dans l'analyse. Ce parti dont au moins le qualificatif est usurpé n'a rien de national. Son idéologie repose, en effet, sur l'opposition d'une partie de la population française à une autre partie de cette même population. De première part, il constitue, dans cette configuration, le parti émergent, qui vient passer le paysage politique français du bipartisme au tripartisme, grâce mode de scrutin proportionnel pour cette élection. Ce qui n'est pas le cas des autres élections nationales qui restent soumises au scrutin majoritaire à deux tours. De seconde part, la progression du pourcentage des voix exprimés en faveur du FN suit la courbe ascendante de l'abstention, avec une nuance remarquée pour le premier tour des élections de 2015. De troisième part, le FN, n'est pas (encore) un parti de gouvernement et ne subit donc pas (encore) ce qui est devenu une permanence de la vie politique française : la perte par le parti au pouvoir de toutes les élections intermédiaires, une fois gagnée l'élection présidentielle et dans sa foulée, l'élection législative. De quatrième part, le FN a presque multiplié par 3 son score en 5 ans, soit entre deux élections comparables, en terme d'enjeu politique et de mode de scrutins, et dans l'intervalle du passage du Flambeau du Père Le Pen à la fille Le Pen, qui a eu l'intelligence de garder les marques de la maison Le Pen et FN et ne pas concourir sous l'étiquette Marine Alliot- Marie ou changer le nom du parti fondé par son père. Restera à analyser après le second tour, si ce parti dispose de réserves électorales, ou s'il fait le plein dés le premier tour et s'il s'agit toujours d'un vote sanction et de rejet des partis de l'alternance politique française, depuis la seconde guerre mondiale, ou s'il s'agit, également, d'un vote d'adhésion et d'une tentative « d'essayer une autre voie », « une troisième voie », face à la déception des résultats des mandats des deux partis dits de gouvernement et conséquence du chômage persistant, du sentiment de plus en plus profond de l'insécurité, amplifié par les actes terroristes qui frappent le pays depuis les années 1980 et qui ont vu leur paroxysme en 2015, à deux reprises, en janvier et et en novembre, mais aussi du sentiment du déclassement social, économique, culturel et de la dégradation de l'image de la France dans le monde et  du net recul de son influence internationale. Au delà du discours du FN et de son rôle de « parti refuge », un mot et une thématique le servent en permanence,  l'insécurité croissante, sous toutes ses facettes, notamment sécuritaire, identitaire, professionnelle.   

La seconde leçon concerne le parti de la droite dite républicaine et de ses alliés du moment. Aujourd'hui LR (les Républicains). Hier UMP (l'union pour un mouvement populaire). Avant hier le RPR (le rassemblement pour la République). Ce parti arrivé deuxième avec 27.4% *des voix exprimés, rêvait de rééditer ses exploits de 2004 et 2010. Il voulait prouver qu'il reste le parti de l'alternance politique. Parti capable de gagner une dizaine de régions sur les 13, de mettre à bas son rival de toujours le parti socialiste, et au passage de permettre à son toujours président, Nicolas Sarkozy, de prendre une première revanche sur celui qui l'a éjecté de la présidence de la République, un certain François Hollande, d'une part, et de s'imposer à ses concurrents à la primaire des élections présidentielles de son parti comme le héraut du rassemblement seul capable de gagner la présidentielle de 2017, d'autre part. Malheureusement pour ce dernier et pour son parti, le rêve conquérant de 10 régions s'est envolé. Ce parti s'est fait coiffer par le FN au premier tour. Et le fait que le parti LR emportera, peut être, à la fin de ces élections plus de région que le FN national d'une part et le parti socialiste, d'autre part ne changera rien au fait que le FN national soit devenu le premier parti de France, et qu'être numéro 2 fait de Nicolas Sarkozy et de LR un challenger et non des  champions incontestés.  Il est vrai, toutefois que tout cela semble logique au vu du fait que l'UMP hier, LR aujourd'hui, n'a eu de cesse depuis l'accession à sa tête de Nicolas Sarkozy de courir derrière les idées et les thèmes du FN, (immigration – sécurité – Islam – identité nationale – racines chrétiennes de France et de l'Europe), avec la stratégie et l'obsession de « pomper ses idées et d'assécher ses électeurs». Cette stratégie sarkozyste de siphonnage des idées et des électeurs frontistes a semblé marcher en 2007. Elle lui a permis d'accéder à la présidence de la République. Depuis, manifestement, cette stratégie s'est retourné contre lui et son parti. Cette stratégie de glissement toujours plus à droite, sert manifestement, aujourd'hui, le parti de la famille Le Pen. De fait, Nicolas Sarkozy a légitimé, lors de son quinquennat, des pans entiers du discours du FN. Il a brisé le tabou social et moral des électeurs qui n'osaient pas, jusque là, se déclarer publiquement électeurs du parti d'extrême droite, corsetés qu'ils étaient par la forte parole du président Jacques Chirac qui rejetait les thèses du Front National, et menaçait d'exclusion tous ceux qui osaient reprendre ses thèmes ou pactiser avec lui. Pour ne pas perdre les militants gaullistes de fibre chiraquienne, Nicolas Sakozy a cru trouver la bonne parade avec sa formule de Ni, Ni. Ni alliance avec le Front National ni adoption d'un front républicain avec les socialistes, devenu le soir des élections à l'adresse des socialistes « ni retrait, ni fusion de listes», tout en endossant allégrement les thèses du Front National. Mais ce plagiat, à ciel ouvert, du discours frontiste et sa normalisation a fini par produire l'inverse. Ce sont les cadres et les électeurs de LR qui le désertent pour rejoindre le FN et faire leur coming-out médiatique, en tant qu'électeurs qui assument leurs votes. Le retournement de la stratégie sarkozyste en faveur du front national concrétise une prémonition du fondateur du FN, le roublard Jean Marie Le Pen qui disait lorsque sa fille était encore sur les bancs de l'école que «l'électeur français préférera toujours l'original à la copie ». La meilleure illustration de ce retournement vient d'être vécu dans sa chair par Christian Estrosi, candidat LR en Région Provence Alpes Cotes d'Azur, qui apparaît par moment comme clone, qui a toute sa place au FN aux cotés des principaux membres de la « droite forte », dont Eric Ciotti et Thierry Mariani. Christian Estrosi s'est enfermé dans un piège. Plus il plagie le discours frontiste, plus son adversaire, la benjamine des Le Pen grappille des voix à son détriment. La défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de  2012, plus par rejet de sa personne et des discours droitiers que par adhésion à ceux du candidat François Hollande, et la découverte de ses relations tumultueuses avec son ancien conseiller en communication et ancien patron du journal d'extrême droite ne l'ont ni fait changer de cap politique, ni procéder à une auto critique publique de son action, discours et quinquennat, ni construire un discours de droite qui prône le vivre ensemble dans l'esprit du triptyque de la République et le rejet des stigmatisations de type «nettoyer au karcher», «casse toi pauvre con» et autre «descends si tu es un homme». Bien au contraire, les résultats du Front national, depuis 1984, rappellent que la France a toujours eu trois droites, la catholique, devenue le centre, la républicaine et l'extrême droite, comme l'enseigne, dans les universités françaises à leurs étudiants débutants, les professeurs du Droit Constitutionnel et de l'histoire des partis politiques français. De plus, ce résultat de LR est quelque peu flatteur et illusoire puisqu'il est obtenu grâce au rassemblement des toutes les forces de la droite classique et du entre avec ses deux ailes UDI et MODEM, sans quoi ce parti aurait probablement terminé dans l'étiage du score socialiste et de son inséparable allié le PRG. Les dernières illusions du discours sarkozyste de la dalle d'Argenteuil et de Grenoble,viennent de s'évaporer définitivement. Et Nicolas Sarkozy qui s'est présenté comme « le meilleur rempart contre le FN » lors de son retour en 2014,  et son retour à la tête du ce qui va devenir LR, au détriment d'une ouverture vers le centre prônée par ses principaux challengers des primaires à droite, se fait largement déborder sur sa droite à laquelle il sert de marche pied, risque de prendre le même chemin dans les mois qui viennent.

La troisième leçon concerne le parti socialiste. Ce parti arrivé troisième  avec 23.5%*  des voix exprimés n'a pas vu dans les urnes l'embellie que vient de connaître dans les sondages le président de la République suite à sa gestion sans fautes de la séquence post attentats terroristes du vendredi 13 novembre 2015, qui ont vu pourtant l'assassinat de 130 personnes au hasard, et pour le simple fait d'être au mauvais endroit au mauvais moment. Ce parti n'a pas vu non plus prospérer ses appels à plus de participation aux élections comme acte civique d'unité nationale et de rejet du terrorisme. Contrairement à la démarche de LR, qui a réussi à s'allier à l'UDI et au Modem, dés le premier tour, ce qui a manifestement amorti son recul, car le LR seul aurait fini dans l'étiage du parti socialiste, ce dernier, faute d'avoir pu réaliser «l'union de la gauche » au premier tour, n'a plus que deux choix. Chacun plus amer que l'autre. Soit se retirer dans les régions ou il est distancé et laisser un duel droite/extrême droite, ce qui le condamne à ne pas avoir d'élus dans ces régions pendant la prochaine mandature. Soit se maintenir, et permettre au parti de l'extrême droite de l'emporter pour avoir quelques sièges dans l'opposition sans aucune influence sur les décisions politiques à venir dans cette région. La pression qui était mise sur la droite d'avoir à subir la montée en puissance progressive des scores électoraux du front national a changé de camp. Aujourd'hui c'est la gauche qui subit la pression d'avoir à se maintenir ou à se retirer de la course. Le parti Socialiste fait pourtant mine de ne pas comprendre qu'il est rejeté par ceux qui ont voté pour lui à deux reprises en mai et en juin 2012, pour mettre en place une politique économique, sociale et internationale, alternative et à l'opposé de celle pratiquée par la droite au cours du précèdent quinquennat, et qui constatent qu'il marche dans les pas de ceux qui ont été sanctionné en 2012. Il fait également mine de ne pas comprendre que sa gestion économique « libérale » et « moderne » du pays, au nom du réalisme et des contraintes européennes est largement rejetée par sa base électorale. De ne pas réaliser que l'éjection de sa direction et du gouvernement de celui qui est arrivé second aux primaires socialistes et que le choix, comme premier ministre, de celui qui est arrivé cinquième dans ces primaires ne passe toujours pas. Il fait comme s'il n'avait pas besoin d'alliés à sa gauche, pour faire bloc contre la droite et l'extrême droite, et qu'il n'a donc pas de concessions politiques à faire. 

La quatrième leçon concerne le lendemain du second tour des élections régionales, le 13 décembre 2015 et les initiatives que le gouvernement pourrait prendre pour mettre en orbite les prochaines élections présidentielles et législatives du printemps 2017. Le gouvernement sera t-il maintenu jusqu'à ces élections décisives ou subira t-il un remaniement de façade ou en profondeur, voire intégral, y compris pour le premier ministre? Le mode de scrutin majoritaire à deux tours pour les élections législatives restera t-il en place, pour les législatives de 2017,  au risque de voir le parti socialiste disparaître de l'hémicycle de l'assemblée nationale comme il va l'être de plusieurs hémicycles régionaux, ou subira t-il une dose de scrutin proportionnel, comme en 1986, déjà sous un pouvoir socialiste,? Une dose plus ou moins importante pour garantir la présence d'un groupe socialiste plus ou moins important et obtenir une assemblée nationale sans groupe majoritaire capable de soutenir un gouvernement mono-colore, obliger le parti LR à abandonner son Ni,Ni, ni alliance avec le Front National ni alliance avec le Parti Socialiste,  et in finé mettre la droite et la gauche dans l'obligation de créer un gouvernement d'union nationale quelque soit la couleur du président élu pour le neutraliser de fait ?. Cette perspective ouvrirait la voie à une cohabitation gouvernementale droite/gauche, scénario inédit, sous la cinquième République qui a connu jusque là des majorités présidentielles et gouvernementales conformes, des cohabitations dans les deux sens, président de gauche et gouvernement de droite, puis l'inverse, président de droite  et gouvernement de gauche. Après tout, des gouvernements de coalition qui tiennent toute une mandature ont déjà lieu en Europe et pourrait faire son apparition en France, si les deux partis de gouvernement souhaitent encore éloigner de l'exécutif national le parti de l'extrême droite française. Le gouvernement opterait il pour le choix de rendre obligatoire le vote, comme le demandent certains députés et dirigeants politiques? Ce qui ramènerait, sous peine d'amende les électeurs aux urnes et reflèterait d'une manière plus claire l'opinion publique les jours de votes. 

La cinquième et dernière leçon concerne l'apathie répétée et l'abstention de prés de la moitié du corps électoral français. Ces presque 23 millions d'électeurs sans doute déçus par les deux partis de l'alternance gouvernementale, qui ne cèdent pas (encore) aux sirènes du front national semblent ne plus être intéressés par la vie politique de leur pays. Leur désarroi peut se lire dans leur sentiment et leur ressenti du fait que les élus républicains, de droite comme de gauche, sensés les représenter, ne prennent pas en considération leurs êtres et leurs préoccupations. Ces citoyens regardent, impuissants, le fossé grandissant qui les sépare avec avec la classe politique installée, ces enfants de la reproduction sociale et politique élitiste, qui laissent en jachère le peuple et les classes populaires, pour se concentrer sur la préservation de leurs (cumul) des mandats et privilèges. Ils constatent, consternés, que ceux qui se battaient déjà, pour accéder au pouvoir, il y a 30 ans, en 1986, les Sarkozy, Juppé, Bayrou, Hollande et même Marine Le Pen par héritage,  rejouent les mêmes scènes pour 2015 et 2017. Fondamentalement, l'essor du FN est le fruit de la permanence des règles du jeu de la démocratie française. Une permanence des mêmes hommes politiques, alternativement au pouvoir puis dans l'opposition, qui deviennent des professionnels de la politique et œuvrent pour le seul renouvellement de leurs mandats et la  conservation de leurs privilèges. Qu'une fois élus, les  dirigeants du pays voient inexorablement le chômage perdurer et croitre, sans que cela ne semble les perturber. Que dés qu'ils perdent des élections, ils ré - candi-datent, passent à l'opposition, font de nouvelles promesses. Et recommencent le cycle. Tout cela provoque un ressenti d'une large partie de la population française qui pense que la politique ne peut plus rien changer, à la situation du chômage, qui est devenu une permanence française, ressenti qui se propage continuellement, depuis la fin des 30 glorieuses et premier choc pétrolier. Un cycle qui amène beaucoup du désespoir au désarroi, et du désarroi au vote pour le FN,. Sans se poser la question que face à la classe politique traditionnelle se dresse une famille, qui en est déjà à la troisième génération et qui cherche, en réalité, à appartenir au système, sous les apparences de le combattre. Restera, enfin à connaître, les votes par catégorie socio-professionnelles et par sensibilité religieuse pour connaître d'une part la composition de plus en plus du désormais électorat du FN, et d'autre part le vote de la communauté musulmane française, principale cible stigmatisée par le parti de l'extrême, qui l'exclut de fait de la nation française, et donc du qualificatif « national » de son parti.  

Tarek Mami,

Président France Maghreb 2 (radio française multiville)

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Covid : Blanquer a annoncé le nouveau protocole des écoles depuis Ibiza
Les vacances de fin d’année du ministre, mis en cause pour sa gestion tardive de la crise sanitaire, suscitent depuis plusieurs jours des tensions au sein du gouvernement. Son entretien polémique au « Parisien », qui a suscité la colère des enseignants, a en réalité été réalisé depuis l’île des Baléares, a appris Mediapart. Ce qui avait été caché. 
par Antton Rouget et Ellen Salvi
Journal
Nucléaire et transition climatique : les éléments clés du débat
Le nucléaire peut-il être une énergie de transition climatique ? Alors que les candidats à l’élection présidentielle ont tous un avis tranché sur la question, nous tentons ce soir de dépassionner le débat avec nos deux invités, Cyrille Cormier, ingénieur, spécialiste des politiques énergétiques et climatiques, et Nicolas Goldberg, senior manager énergie chez Colombus Consulting.
par à l’air libre
Journal
Zemmour et CNews condamnés pour injure raciste et provocation à la haine
Lundi, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Éric Zemmour, désormais candidat à l’élection présidentielle, à 10 000 euros d’amende pour ses propos sur les mineurs étrangers non accompagnés, qui visaient à « susciter un élan de rejet et de violence » contre l’ensemble des personnes immigrées, d’après le jugement. Le directeur de la publication de CNews écope de 3 000 euros d’amende.
par Camille Polloni
Journal — France
Une figure du combat contre le harcèlement scolaire est visée par une plainte pour « harcèlement »
Fondatrice de l’association Marion la main tendue, Nora Fraisse se voit reprocher par une dizaine d’anciennes bénévoles, stagiaires ou services civiques d’avoir eu un comportement toxique envers de proches collaborateurs. D’après notre enquête, l’une d’elles a déposé plainte pour « harcèlement ».
par Prisca Borrel

La sélection du Club

Billet de blog
De la nécessité d'une parole antivalidiste
Exclusion politique, culte de la performance, refus de l'autonomie, enfermement, confiscation de la parole... Yohann Lossouarn nous explique pourquoi les luttes antivalidistes sont aujourd'hui plus que nécessaires.
par dièses
Billet de blog
Handicap 2022, libérer les miraculés français
La personne handicapée qui ne peut pas vivre « avec nous », permet la fiction utile d’un monde peuplé de « normaux ». Entre grands sportifs et artistes, une population est priée de demander le droit de circuler, de travailler, d’exister. L’observatoire des politiques du handicap appelle à une métamorphose normative urgente des institutions françaises appuyées par une politiques publique pour tous.
par Capucine Lemaire
Billet de blog
Aujourd'hui les enfants handicapés, et qui demain ?
Comment résister au dégoût qu'inspire la dernière sortie en date de Zemmour concernant les enfants handicapés ? Réaliser exactement où nous en sommes d'un point de basculement collectif.
par Loïc Céry
Billet de blog
Vieillissement et handicap
Les maux pour le dire ou réflexions sur le vieillissement vécu de l'intérieur.
par Marcel Nuss