29_ Bon anniversaire monsieur PHILIP ROTH

Aujourd’hui, lundi 19 mars, je vous propose de lever un verre (ou deux) à la santé de Philip Roth, 85 ans. L’écrivain américain a décidé, il y a cinq ans, de ne plus écrire, et jusqu’à nos jours il se tient à cet engagement. « Un écrivain ne doit pas écrire après l’âge de 80 ans » disait-il. Et il s’y tient donc Némésis. Après plus de 50 ans d’écriture on comprend bien que cet auteur génial veuille apprécier la nature, marcher en sifflotant, promener son chien, ne rien faire d’autre…

Si vous l’avez lu, vous comprenez que j’écrive « génial », mais si ce n’est pas le cas, si vous ne l’avez que peu lu ou si vous ne le connaissez pas, si vous voulez faire plus ample connaissance avec ses humeurs, ses goûts et ses coups de plume acérée, alors je vous conseille tout simplement de vous y plonger le plus rapidement possible. Vous ne le regretterez pas. Lisez tout ce qui vous tombe entre les mains : La tache, Exit le fantôme, J’ai épousé un communiste, Némésis, Pastorale américaine etc, tout. Vous ne vous mordrez vraiment pas les doigts (si vous aimez la littérature évidemment). Si vous êtes au bled, je sais, c’est encore plus difficile de le trouver, mais quand on veut on peut. Une parenthèse : j’ai été stupéfait de constater qu’à Oran la (fameuse) librairie de Bensmaïl a déposé les armes, que celle de la place du 1° novembre a fait pareil. Mais, heureusement, il y a la librairie Art et Culture qui se trouve dans la rue qui monte, Moulay Mohamed, en face au Café le Clichy (au 22, face à l’hôtel) qui tient (bien) la route.

L’autodérision, l’humour, la satire de l’élite juive de New York et de Newark où il est né (qu’il évoque dans ses différents Zuckerman) rythment tous ses livres. Il fut à cet égard accusé d’antisémitisme. Je ne pense pas me tromper en écrivant que nombre de ses romans sont teintés d’autobiographie, (on évoque souvent l’autofiction à son égard, “le maître du genre”). Un délice. Et vous constaterez (écoutez aussi les vidéos) qu’on est loin, très loin, des petits discours et récits de combats, à thèse, des jérémiades, recommandés aux auteurs algériens dont la mise en vue par certains grands éditeurs parisiens est conditionnée (lire Kaoutar Harchi).

Maintenant, je vous propose ci-devant un extrait de Exit le fantôme (Gallimard- 2009), juste pour que vous en ayez un avant-goût. Dans ce roman, plus de dix ans après l’avoir quittée, Zuckerman, 71 ans, quitte « son coin perdu dans les hauteurs du Berkshires » (Connecticut) pour revenir à New York afin de passer des examens liés à sa prostate. Nous sommes en 2004, sous la présidence de George Bush junior. Les trois personnages que sont Jamie, Amy Bellette, et Richard Kliman (jeune biographe) vont tout bouleverser. Et comme à son habitude, Philippe Roth déploie son génie, l’humour y est très présent, l’autodérision aussi…

Voici l’incipit et ce qui lui suit : « Je n’étais pas retourné à New York depuis onze ans. À part un bref séjour à Boston afin d’y subir l’ablation de la prostate pour cause de cancer, j’étais, au cours de ces onze années, à peine sorti de mon coin perdu dans les hauteurs des Berkshires et qui plus est, depuis le 11 septembre, il y a trois ans, j’avais rarement lu un journal ou écouté les nouvelles. Sans ressentir la moindre impression de manque–rien d’autre, au début, qu’une sorte de sécheresse intérieure–j’avais cessé d’habiter non seulement le vaste monde mais le moment présent. J’avais depuis longtemps tué en moi toute velléité d’y jouer un rôle actif, ou seulement de témoin.

Mais voilà que, mettant cap au sud, j’avais fait les deux cents kilomètres en voiture jusqu’à Manhattan pour aller voir à l’hôpital du Mon-Sinaï un urologue spécialiste d’une méthode destinée à venir en aide aux milliers d’hommes que l’opération de la prostate avait, comme moi, rendus incontinents. En injectant du collagène sous forme gélatineuse au point de jonction entre le col de la vessie et l’urètre, à l’aide d’un cathéter inséré dans l’urètre, il obtenait une amélioration sensible chez environ cinquante pour cent de ses patients. Ce n’était pas un pourcentage extraordinaire, d’autant qu’ « amélioration sensible » voulait seulement dire allègement partiel des symptômes, permettant de passer d’ « incontinence sévère » à « incontinence modérée », ou de « modérée » à « légère ». Malgré tout, étant donné qu’il obtenait de meilleurs résultats que ceux d’autres urologues en utilisant grosso modo la même technique (il n’existait pas de remède quant à l’autre risque inhérent à la prostatectomie totale, risque auquel, pas plus que des dizaines de milliers de patients, je n’avais eu la chance d’échapper, à savoir, si le nerf était touché, l’impuissance), je me rendais à New York pour une consultation, alors que j’avais longtemps cru m’être adapté aux inconvénients pratiques de ma condition.

 

Lire la suite in mon blog, ici (avec vidéos, photos...) :

https://leblogdeahmedhanifi.blogspot.fr/2018/03/602-bon-anniversaire-philippe-roth.html

(Philip)

 

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