En déplacement durant le Ramadan dans le sultanat d’Oman, nous avons eu la chance de rencontrer Hassan Mohammed Ali Al Lawati, conseiller auprès du Ministre de la Culture et du Patrimoine. Il nous a présenté Oman comme une destination où le tourisme de luxe et écologique n’a comme visée que le respect du patrimoine archéologique et de l’environnement naturel de cet ancien empire maritime à l’histoire passionnante, au croisement de toutes les cultures humaines.
Il y a évidemment un lien entre la tolérance de la troisième voie de l’islam à Oman, l’ibadisme, minoritaire entre sunnisme et chiisme, et l’idée de ne pas discriminer le patrimoine non-islamique d’Oman. Dans le sultanat, en effet, c’est bien tout l’héritage archéologique de l’ancienne puissance maritime à la culture si développée qui est défendu et protégé avec une passion sans égale dans le Golfe arabe. « La position stratégique d’Oman, entre Iran, Inde, Afrique et les monarchies sunnites a toujours été historiquement une opportunité d’ouverture à toutes ces civilisations. Si l’on remonte au 5ème millénaire avant JC, on peut percevoir que notre pays a été une cible des différentes puissances de l’est et de l’ouest, comme du nord au sud. Italiens, Anglais, Portugais, Indiens ont laissé des traces de leurs passages. Ce qui a crée une ouverture et une tolérance au sein de ce formidable carrefour maritime. Un héritage sur terre et sur mer. », commence Hassan Mohammed Ali Al Lawati, conseiller auprès du Ministre de la Culture et du Patrimoine.
Partout, sur toute l’étendue des terres omaniennes, s’inscrit une diversité archéologique riche en découvertes, des alentours de Mascate jusqu’à Dhofar ou Salalah. Une centaine de forts, des tours, d’anciennes mosquées de pierre définissent les singularités iconiques du sultanat. Certains sont bien conservés ; d’autres souffrent des conditions climatiques très rude dans le coeur du pays. Il s’agit d’un challenge pour le gouvernement, surtout pour les sites situés en-dessous du sol. Un monde ancien et fabuleux reste à mettre à jour des profondeurs de cette terre. Des chercheurs tunisiens, marocains, italiens, comme des missions françaises, se caractérisent par une expertise bien utile au ministère de la Culture et du Patrimoine, un peu dépassé parfois par l’ampleur du travail archéologique.
« Mais cette richesse archéologique crée des convoitises dans tout le pays. Nous luttons contre le traffic illégal des poteries, des vases, des bijoux, des armes anciennes et ouvrées. C’est le deuxième challenge qui nous occupe. Nous avons crée des workshops avec des spécialistes pour suivre notre patrimoine sur les marchés de l’art et dans les maisons internationales de vente. Aussi nos autorités veillent. Pas une pièce d’archéologie ne peut quitter le pays sans une enquête. Aussi une loi interdit de creuser le sol pour n’importe quel projet, du pétrole par exemple ou la construction d’une infrastructure sportive, sans avoir reçu un avis positif de notre ministère qui protège toute zone archéologique sensible comme un sol immense cachant des tombes par exemple et qui est alors transformé en site officiel. Sans oublier les sols marins ».
Un ensemble de conventions et de grands plans ont été signés à cet effet.
Ce qui aide à protéger le patrimoine national est la constitution d’un tourisme particulier, un tourisme de qualité, sélectif, non de masse, respectant les vieilles pierres et se passionnant pour les différentes couches historiques d’Oman. Volontairement alors, le gouvernement a élevé le prix des hôtels pour n’attirer qu’une clientèle aisée et cultivée, « potentiellement intéressée par notre héritage du passé, du vieux Mascate aux forts de Matra, en passant par les trésors de notre Musée national ou du site d’Harat. » Une véritable collaboration avec le ministère du Tourisme (qui avance le chiffre de 2 millions de touristes par an) a été mise en place, à coups d’investissement et de communication, pour attirer les touristes du monde entier vers les plus beaux sites archéologiques, destinations de passionnants tours et safaris. Il s’agit de préserver l’authenticité de ces sites, mais aussi d’investir dans des équipements modernes, comme des hôtels, des restaurants, des boutiques, des musées, des ateliers d’artisanat pour assurer le potentiel touristique, la plus-value commerciale de ces hauts lieux, véritables espaces d’expérience perceptive.
Les cinq musées principaux d’Oman (appartenant au ministères de la Culture et du Patrimoine) sont particulièrement soignés pour attirer le tourisme de qualité. Un effort a été fait pour la disponibilité de l’information dans ces lieux de culture. Sans oublier les musées présentant des collections privées. Il y a aussi les nombreux hot spots de l’UNESCO( des conventions ont été signées) et le patrimoine immatériel comme la musique (l’opéra de Mascate) ou la cuisine locales. Ce patrimoine est national mais aussi international, inscrit au patrimoine mondial.
« Le tourisme de qualité nous aide à préserver toute cette richesse culturelle de notre pays. », conclut Monsieur Hassan Mohammed Ali Al Lawati.
Frédéric Jarry