5 mai 1988. Trente ans déjà

2018 marque les trente ans du drame d'Ouvéa, au moment des deux tours des élections présidentielles de 1988. Alors que Gossanah organise une quinzaine de jours de commémoration, la venue de Macron provoque beaucoup de divisions au sein de la population et Gossanah, qui a subi la violence coloniale de front il y a trente ans, s'oppose à cette venue.

5 mai 1988. Trente ans déjà © S. Graff 5 mai 1988. Trente ans déjà © S. Graff

Quelques jours avant la commémoration de l'assassinat des dix-neuf Kanak à Ouvéa, la venue du Président de la République, Emmanuel Macron, divise la population de l'île. Le comité Vérité Justice est présent à Ouvéa pour les commémorations organisées pour le trentième anniversaire du drame d’Ouvéa.

Sur le programme si-dessus, il est écrit : « À l'aube du 5, le pays trembla, les éclairs s'allumaient, le tonnerre et la pluie… », signes annonciateurs du drame qui allait se produire.

Une commémoration reprenant le déroulé des événements est organisée du samedi 21 avril 2018 (veille de l'occupation de la gendarmerie en 1988) au 5 mai 2018 (assaut de la grotte en 1988) et se termine le 6 mai 2018 par un hommage à Buba Gonyi, oncle de Macki Wea décédé le 6 mai 1988.

Programme des commémorations organisées par Gossanah © S. Graff Programme des commémorations organisées par Gossanah © S. Graff

Programme des commémorations organisées par Gossanah © S. Graff Programme des commémorations organisées par Gossanah © S. Graff

Gossanah se mobilise donc de façon particulière pour le devoir de mémoire avec de nombreux témoignages, des projections de films et des expositions.

Ces journées ont commencé par les témoignages des participants à l'occupation de la gendarmerie sur la préparation de l'opération le 21 avril. Puis, le 22 avril, des gerbes ont été déposées à la gendarmerie de Fayaoué puis des témoignages sur le déroulé du 22 avril 1988 eurent lieu. Le 23 avril, jour de l'arrivée en 1988 du comité de lutte de Téouta à Gossanah, fut l'occasion de donner la parole aux témoins de l'époque. Et chaque journée permit ainsi de témoigner sur les événements au jour le jour de 1988:

  • 24 avril, irruption de l'armée française
  • 25 avril, période de torture
  • 26 avril, découverte de la grotte
  • 27 avril, interpellation GIGN à la grotte
  • 28 avril, début des négociations
  • 29 avril, retrait de l'armée française
  • 30 avril, premier ravitaillement de thé à la grotte
  • 1er mai, journée de l'EPK (école populaire kanak) et du comité de lutte
  • 2-3 mai, négociations
  • 4 mai, veille de l'assaut (avec dépôt de gerbes pour Djubelli, Jean-Marie Tjibaou, Yeiwéné Yeiwéné et Buba Gogny)
  • 5 mai, assaut de la grotte 

Gossanah et la commémoration © S. Graff Gossanah et la commémoration © S. Graff

Dans ce contexte très chargé en émotions, la venue annoncée du Président de la République est vue comme un manque de respect, voire une provocation par certains.

Manifestation contre la venue de Macron à Ouvéa © S.Graff Manifestation contre la venue de Macron à Ouvéa © S.Graff

Le comité de Gossanah a manifesté contre la contre la venue de Macron hier devant la gendarmerie d’Ouvéa et devant le mémorial des dix-neuf à Wadrilla.

Momument aux dix-neuf à Wadrilla © S. Graff Momument aux dix-neuf à Wadrilla © S. Graff

Slogan pour l'indépendance sur le bitume devant le monument aux dix-neuf à Wadrilla © S. Graff Slogan pour l'indépendance sur le bitume devant le monument aux dix-neuf à Wadrilla © S. Graff

Le Comité de Gossanah est en effet contre la venue de Macron qui « s’invite à Ouvéa sans prendre en considération le peuple kanak, les coutumiers, comme s’il est en terrain conquis, comme s’il est en France » précise un membre du comité. Il ne faut pas oublier que c’est un président, à l’époque François Mitterrand, qui a donné l’ordre de l’assaut de la grotte. Aussi, « en tant que président, c’est une insulte de venir se mettre debout sur la tombe des dix-neuf sans qu’il y ait eu justice et une demande de pardon » nous dit-il.

Banderolle de protestation à l'entrée de Gossanah © S. Graff Banderolle de protestation à l'entrée de Gossanah © S. Graff

 

Nous, AISDPK, sommes solidaires de ces journées de commémorations et nous participons à l'organisation à Paris d'un rassemblement vendredi 4 mai à 18 h devant l'ancien musée des Colonies devenu Cité nationale de l'Histoire de l'Immigration à la Porte de Dorée, en mémoire des victimes de l'ordre colonial.

À cette occasion, nous rebaptiserons symboliquement le rue de la Nouvelle-Calédonie toute proche. Nous espérons vous voir nombreux à nos côtés.

Rue de la Nouvelle-Calédonie rebaptisée © © B. Alleton Rue de la Nouvelle-Calédonie rebaptisée © © B. Alleton

Rue de la Nouvelle-Calédonie rebaptisée © © B. Alleton Rue de la Nouvelle-Calédonie rebaptisée © © B. Alleton

 Merci de nous avoir lu et à suivre sous peu.

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.