Un fort sentiment nationaliste pour une Kanaky Nouvelle-Calédonie souveraine

Le 4 novembre est un moment historique pour tout le peuple kanak-calédonien. Les observateurs ne semblent pas s’en rendre compte. Les politiciens loyalistes, la très grande majorité de la presse locale et nationale n'ont pas mesuré l'ampleur de ce qui s'est passé ce dimanche. L'indépendance est en marche… C'est un formidable espoir pour toutes et tous et l'on ne peut que s'en féliciter.

Un moment historique pour Kanaky Nouvelle-Calédonie

« Un moment historique pour notre pays », c’est ainsi que Louis Mapou a commencé son point de presse au nom de l’UNI, suite aux résultats du référendum.

Il poursuit :

« Le peuple kanak […] calédonien vient de faire la démonstration que c’est bien une question sur laquelle il travaille qu’il prend au sérieux et le taux de participation de 80 % qui n’était pas du tout attendu, nous donne comme signal que notre peuple est dans l’attente de ce que nous proposons. »

En milieu urbain aussi © Facebook CAP sur 2018 En milieu urbain aussi © Facebook CAP sur 2018

Les anti-indépendantistes et les sondages ont voulu enterrer trop vite le projet d’indépendance. Il est plus que jamais d’actualité car le 4 novembre 2018 n’était qu’une étape sur le chemin de l’indépendance. Ces résultats devraient empêcher toute arrogance des partis loyalistes et obliger tout le monde à continuer à travailler sur les questions à régler pour préparer en toute sérénité l’avenir, l’indépendance pour 2020.

On le sait maintenant, le mouvement indépendantiste a rempli son objectif premier qui était de mobiliser la population. La participation a été forte puisqu’à plus de 80 %. Les résultats avec 43 % pour l’indépendance démentant les sondages qui donnaient plus de 70 % pour le « Non ». En terme de voix, cela donne :

  • Électeurs inscrits sur la liste : 174 154
  • Votants : 141 099
  • Bulletins blancs : 1 012
  • Bulletins nuls : 1 154
  • Suffrages exprimés : 138 933
  • Oui : 60 573
  • Non : 78 360

Soit un écart de moins de 18 000 voix entre le « Non » et le « Oui ». Et au final, il reste encore 35 221 électeurs à convaincre de l’intérêt pour tous du projet d’indépendance. Et nous avons fort à parier que les non-indépendantistes ont fait le plein de leur voix. Car si l’on détaille quelque peu la socio-géographie des résultats, on s’aperçoit que 55 % des votes « non » sont concentrés sur les 300 km2 de Nouméa-Dumbéa. Et, ce qui est certain, d’après les informations que l’on reçoit du pays, c’est que l’on sent que les électeurs qui vivent dans les zones de ruralité ont compris et accepté le vivre ensemble, le destin commun en construction… Ainsi, le plus frappant reste le clivage zones rurales (majoritairement "oui") versus le Grand Nouméa (majoritairement "non"), pour les raisons connues de tous, bien sûr, mais qui ne sont pas éternelles. Les choses peuvent encore changer d'ici 2020, et les résultats du 4 novembre le prouve.

"Pour nous, il [ce drapeau] représente nos valeurs océaniennes, le combat pacifique pour la reconnaissance de l'identité kanak et du peuple calédonien." Amandine DARRAS - Novembre 2018 © Facebook CAP sur 2018 "Pour nous, il [ce drapeau] représente nos valeurs océaniennes, le combat pacifique pour la reconnaissance de l'identité kanak et du peuple calédonien." Amandine DARRAS - Novembre 2018 © Facebook CAP sur 2018

Le drapeau de Kanaky Nouvelle-Calédonie a fière allure à Waa wi Luu dans la vallée de Ouakaya! © Facebook CAP sur 2018 Le drapeau de Kanaky Nouvelle-Calédonie a fière allure à Waa wi Luu dans la vallée de Ouakaya! © Facebook CAP sur 2018
Ces indécis, qui n’ont pas voter, peuvent donc être gagnés en partie dans les deux années à venir à la souveraineté du pays. Surtout si l’on prend le temps de démonter les mensonges énoncés lors de la campagne des Loyalistes qui ont dû faire peur à plus d’un électeur indécis. Tout cela laisse une marge de progression aux indépendantistes confortable. À ces données, on peut rajouter le problème de défaillances des procurations dans les îles Loyauté (en raison du changement de régime des procurations), expliquant en partie le taux des abstentions. On pourrait arriver facilement une fois ce problème corrigé à un résultat 46-54.

Ce que le Président de la République, lors de son allocution ce dimanche 4 novembre 2018 à 13 heures en métropole, comme les représentants loyalistes et la grande majorité de la presse locale ou nationale se sont bien gardés de relever. Dans le détail, c’est une énorme majorité pour l’indépendance dans la province Nord et dans les Îles. Et, en regardant les résultats commune par commune, on constate que la grande majorité des Kanak – de 80 à 90 % – ont voté pour l’indépendance et que même une part non négligeable de Calédoniens les a suivis, en faisant le « pari de l’intelligence » de Jean-Marie Tjibaou et en votant « Oui ». Bien sûr, encore trop de Calédoniens d’origine européenne sont contre l’indépendance, comme si on avait demandé aux Pieds Noirs d’Algérie de voter pour l’indépendance, ce qui aurait changer l’histoire.

Une mobilisation historique

De tous les témoignages reçus, en Kanaky Nouvelle-Calédonie, la mobilisation du peuple kanak et des gens qui suivent la campagne et qui supportent le projet du FLNKS a été fantastique. Les Kanak et, démentant fortement tout ce qui était annoncé depuis des mois dans la presse ou dans les sondages, la jeune génération particulièrement ont pris conscience de leur force démocratique, du poids d’un bulletin « Oui » dans l’urne et cela promet de belles choses pour ce pays dans les années à venir.

"Affichons nos couleurs" © Facebook CAP sur 2018 "Affichons nos couleurs" © Facebook CAP sur 2018

Les jeunes ont démontré qu'ils attendaient ce jour, le jour du référendum, pour se manifester et s’exprimer par leur vote. Ils affichaient les couleurs partout du Nord au Sud, dans les quartiers de Nouméa, aux îles (sur les routes, à l'entrée de chaque maison, sur les ponts, dans les arbres, sur la transversale Koné-Tiwaka, dans les montagnes...). Le sentiment nationaliste est donc très fort et une donnée incontournable qui ne pourra pas être évacué dorénavant, quels que soient les commentaires entendus ou écrits au pays comme ici en métropole.

Fort de ce succès et de ces résultats, l'UNI-FLNKS a demandé déjà la tenue du deuxième référendum au Premier ministre lors de leur rencontre de ce jour.

Partout, du nord au sud et dans les îles, les Kanak sont très satisfaits des résultats et parlent déjà du travail à faire sur le terrain afin de réduire le taux d'abstention en vue du référendum du 2020.

Merci de nous avoir lu.

À suivre prochainement, avec une analyse détaillée par communes et provinces des résultats.

Isabelle

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