REPONSES de Philippe POUTOU, candidat du NPA (6 avril 2017)

Objet : 2018 Référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie.

La date de ce référendum doit être fixée par le congrès du territoire au plus tard en mai 2018. Passé ce délai, et en cas d’absence de décision, c’est l’État qui devra organiser le scrutin au plus tard en novembre 2018 (article 77 de la Constitution sur l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté).

• En matière d’autodétermination, la résolution 1514 de l’Assemblée générale de l’ONU rappelle que c’est aux peuples colonisés de décider de leur indépendance.Or, en ce printemps 2017, environ 25 000 Kanak sont toujours écartés de la « liste de consultation pour le référendum ». 25 000 personnes concernées au premier chef et qui sont, pour le moment, privées de leur droit à l’autodétermination.

En tant que candidat, quelle mesure comptez-vous prendre pour que le gouvernement garantisse l’inscription sur la liste de tous les Kanak avant la fin de l’année 2017, date de clôture de la liste ?

« Les 23 843 Kanak de statut coutumier non-inscrits sur la liste référendaire seront inscrits d'office, les services de L’État (gendarmerie, impôts, ISEE...) qui arrivent à trouver ceux qu'ils recherchent quand ils en ont besoin seront mis au service de l'inscription sur la liste référendaire. » 

 • La question de ce référendum portera sur « le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité, et l’organisation de la citoyenneté en nationalité » (point 5 du document d’orientation de l’accord de Nouméa du 5 mai 1998). Ces compétences régaliennes sont la justice, l’ordre public, la défense, la monnaie et les Affaires étrangères.

Au-delà de votre engagement à respecter le résultat du référendum d'autodétermination, êtes-vous favorable à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie ?

« Le NPA, dans la continuité de la LCR, s'est toujours prononcé pour le droit à la dignité du peuple kanak et à son indépendance. » 

• Comme le rappelle aussi le préambule de l’accord de Nouméa, « Le choc de la colonisation a constitué un traumatisme durable pour la population d’origine […]. les Kanak ont été repoussés aux marges géographiques, économiques et politiques de leur propre pays […]. La colonisation a porté atteinte à la dignité du peuple kanak qu’elle a privé de son identité. » Dans le cadre de l’accession à l’indépendance, quelles mesures de réparation comptez-vous prendre au bénéfice du peuple kanak, peuple colonisé ?

 « Les domaines sont nombreux, de manière non exhaustive on peut citer :

  • la colonisation a entrainé la spoliation de terres et la relégation des kanaks dans des réserves : la restitution aux représentants coutumiers des propriétés de l’État français sera rapide et loyale. 
  • Les richesses du sous-sol seront restituées au nouvel État indépendant dès sa formation.
  • Le capital de la SLN (Société Le Nickel, propriété d'ERAMET) sera transféré au nouvel État via la STCPI (Société Territoriale Calédonienne de Participations Industrielles). Aucune indemnité ne sera due aux actionnaires actuels.
  • La coopération dans le domaine de la formation, professionnelle et universitaire, sera mise en place avec tous les moyens nécessaires (bourses, logement, voyage...)autant que le besoin s'en fera sentir.
  • D'une manière générale, la France répondra favorablement aux demandes de coopération du nouvel État.»

• Parmi ces réparations, entre autres, il en est qui relèvent de l’environnement. Quelles mesures comptez-vous prendre pour dépolluer les très nombreux sites miniers ouverts sous la colonisation et aujourd’hui abandonnés ?

« La France a pris la responsabilité de la gestion de la Nouvelle-Calédonie en 1853, elle est donc responsable des dégradations commises à son environnement pendant sa période de gestion. Le principe pollueur/payeur s'appliquera donc pour la remise en état des sites miniers dégradés. »

 • Toutes ces questions étant liées au processus d’accès à la pleine souveraineté, Est-ce que vous vous engagez à soutenir le déploiement de missions d’observation non gouvernementales sur le terrain afin de garantir le bon déroulement de ce processus, depuis l’établissement de la liste électorale jusqu’à la proclamation du résultat ?

« Comme pour tous les autres processus d'accession à l'indépendance d'un peuple sous domination coloniale, le suivi par des missions d'observation non gouvernementales est indispensable et nous le soutenons. »

 

Réponses de Nathalie Arthaud, candidate de Lutte ouvrière (17 avril 2017)

« Tout d'abord je vous assure de mon soutien dans votre combat contre les vestiges du colonialisme. En tant que communiste et internationaliste, je suis pleinement solidaire du combat pour faire respecter vos droits, d'autant plus que la métropole qui s'est livrée à la conquête sanglante et à la domination coloniale de la Nouvelle-Calédonie est la France. »

En tant que candidat, quelle mesure comptez-vous prendre pour que le gouvernement garantisse l'inscription sur la liste de tous les Kanak avant la fin de l'année 2017, date de clôture de la liste ?

« Je ne serai pas présidente de la République à l'issue de cette élection, et donc bien entendu pas en situation de « prendre de mesure » dans ce sens. Mais un gouvernement des travailleurs devrait prendre dans les plus brefs délais des mesures permettant aux peuples des anciennes colonies de choisir le lien qu'ils veulent garder ou pas avec la métropole.

« La population kanak a déjà dû subir la domination française, a été noyée sous l'afflux d'Européens et de travailleurs amenés d'ailleurs. La moindre des choses est qu'elle participe pleinement au référendum prévu, et que pour cela des équipes passent voir tous les autochtones pour s'assurer de leur inscription sur la liste électorale. »

Au-delà de votre engagement à respecter le résultat du référendum d'autodétermination, êtes-vous favorable à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie?

« Je condamne la colonisation et tout ce qu'il en reste comme domination, inégalités, négation des droits des peuples autochtones. Je défends le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, et donc le droit des Kanaks à pouvoir faire le choix de l'indépendance nationale.

« En effet, je ne vois pas ce qui justifie que la France fasse flotter son drapeau sur cet archipel. Sa domination ne s'y est imposée que par la violence, à la fin du dix-neuvième siècle (et à nouveau en 1984, avec l'intervention du GIGN).

« Mais ce droit démocratique élémentaire pour un peuple de se doter de son propre État n'a jamais permis de mettre fin à l'oppression économique et politique engendrée par la domination de l'impérialisme. L'ordre impérialiste, c'est une organisation de l'économie à l'échelle mondiale  fondée sur le pillage des matières premières, l'exploitation des travailleurs partout dans le monde et la spoliation de la plupart des peuples au profit de quelques grands groupes industriels et financiers. En tant que communiste, je me bats pour que les travailleurs et tous les exploités s'organisent pour être en mesure de renverser cet ordre injuste. Je suis convaincue que c'est la seule perspective susceptible de garantir une véritable émancipation à tous les peuples et de bâtir une organisation mondiale fondée sur une coopération véritablement et égalitaire. »

Dans le cadre de l'accession à l'indépendance, quelles mesures de réparation comptez-vous prendre au bénéfice du peuple kanak, peuple colonisé?

« La question est délicate, dans la mesure où rien ne peut réparer les massacres commis et l'oppression coloniale subie. La seule véritable "réparation", ce sera la révolution qui expropriera la bourgeoisie qui s'est enrichie au travers du colonialisme. Une telle révolution permettra de poser les bases d'une véritable mise en commun des richesses de l'humanité, garantissant à tous les peuples un égal accès au développement économique, social et culturel. Et je suis persuadée qu'un pouvoir des travailleurs qui se mettrait en place en France se ferait un devoir d'aider fraternellement les peuples qui ont eu à subir l'oppression de la bourgeoisie française. »

Quelles mesures comptez-vous prendre pour dépolluer les très nombreux sites miniers ouverts sous la colonisation et aujourd'hui abandonnés?

« Je n'ai pas les connaissances pour répondre à cette question du point de vue technique. Mais une chose me paraît évidente, il faudrait faire payer au maximum cette dépollution aux groupes industriels, financiers et commerciaux (tels Eramet) et aux riches actionnaires qui ont hérité des entreprises à l'origine de cette pollution. »

  Est-ce que vous vous engagez à soutenir le déploiement de missions d'observation non gouvernementales sur le terrain afin de garantir le bon déroulement de ce processus, depuis l'établissement de la liste électorale jusqu'à la proclamation du résultat ?

« Oui bien sûr je suis favorable à ce que cette consultation prévue ne se fasse pas sous le seul contrôle des autorités gouvernementales françaises, dont on peut à juste titre douter de l'impartialité. Il n'est qu'à voir comment depuis les années 1980 les gouvernements français successifs ont tout fait pour repousser un tel référendum.

 « Avec mes fraternelles salutations,

Nathalie Arthaud »

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