Intervention de l'Aisdpk à la Bourse du travail le 21 mars 2018

Le 1er meeting de soutien à la lutte du peuple kanak pour son indépendance dans le cadre de l'année référendaire s'est tenu hier en présence d'une délégation du FLNKS . Une centaine de personnes étaient présentes. Tous ont souhaité que ces initiatives se développent dans les mois à venir car c'est notre responsabilité d'anticolonialistes de rester vigilant.

Meeting de la Bourse du travail - Affiche Meeting de la Bourse du travail - Affiche

À l’approche de l’échéance référendaire, un meeting a été organisé par le Mouvement des jeunes Kanak de France (MJKF), l'Union syndicale des travailleurs kanak et exploités (USTKE), le collectif Solidarité Kanaky et l'AISDPK à la Bourse du travail de Paris le 21 mars 2018 (19h, salle Croizat) pour informer sur les enjeux du scrutin d’autodétermination et pour dénoncer les procédés coloniaux toujours à l’œuvre en Nouvelle-Calédonie (voir https://blogs.mediapart.fr/aisdpk-kanaky/blog/180318/meeting-de-soutien-la-lutte-du-peuple-kanak-dans-cette-annee-referendaire).

Vue générale du meeting © I. Leblic Vue générale du meeting © I. Leblic

Il a été soutenu par les organisations suivantes : outre les organisateurs, Mouvement des Jeunes Kanak en France (MJKF) - Union Syndicale de Travailleurs Kanak et des Exploités (USTKE) - Collectif Solidarité Kanaky - Association Information et Soutien aux Droits du Peuple Kanak (AISDPK), nous comptons dans les premier signataires : Réseau syndical international de solidarité et de luttes - Union syndicale Solidaires - Confédération Nationale du Travail (CNT) - Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe (UGTG) - Sindicatu di i Travagliadori Corsi (STC) - Langile Abertzaleen Batzordeak (LAB) - Réseau Sortir du colonialisme - Survie - Fondation Franz Fanon - Collectif Faty Koumba – Collectif ni Guerre ni Etat de Guerre - Centre d'études et d'initiatives de solidarité internationale/Initiatives Pour un Autre Monde (CEDETIM/IPAM) - Fédération des associations de solidarité avec tous-te-s les immigré-e-s (FASTI) – Collectif de Défense de l'Intégrité et de la Souveraineté des Comores - Alternative Libertaire (AL) - Ecologie sociale - Ensemble ! - Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) - Parti Communiste Français (PCF). Nombreux étaient ceux représentés dans la salle.

 

Les prises de parole furent les suivantes :

- Dimitri QENEGEI et Bilo RAILATI pour la délégation des jeunes du FLNKS,

Meeting de la Bourse du travail © I. Leblic Meeting de la Bourse du travail © I. Leblic

- Yvannic WAIKATA pour le Mouvement des jeunes Kanak de France (MJKF), 

- Mina KHERFI pour l'USTKE et le collectif Solidarité Kanaky,

- Mehdi LALLAOUI pour l'AISDPK

- Daniel GOA pour le FLNKS

Meeting de la Bourse du Travail - Isabelle Leblic (AISDPK) © Redouane Chebout Meeting de la Bourse du Travail - Isabelle Leblic (AISDPK) © Redouane Chebout

Puis un échange avec la salle a eu lieu avec des questions réponses et des messages de soutien des organisations et associations présentes. Nous y reviendrons ultérieurement (voir le déroulé dans les photos ci-dessous).

Intervention au nom de l'Association Information et Soutien aux droits du peuple kanak

Meeting de la Bourse du Travail - Mehdi Lallaoui (AISDPK) © I. Leblic Meeting de la Bourse du Travail - Mehdi Lallaoui (AISDPK) © I. Leblic

L’AISDPK a été fondé en 1982, pour soutenir en France le combat du peuple kanak pour son indépendance et dénoncer les crimes du colonialisme et de la colonisation.

Il y a trois jours, lundi 19 mars, le Congrès de Nouvelle-Calédonie a fixé, malgré l’opposition d’une partie de la droite coloniale accrochée à ses privilèges, la date du référendum d’autodétermination au 4 novembre de cette année.

Le compte à rebours pour le rendez-vous de l’indépendance a donc débuté. Ce rendez-vous est l’aboutissement d’un long processus, fait d’avancées et de reculs, jalonné souvent de drames.

J’ai évoqué en introduction les crimes de la colonisation. Ces crimes… répression, extermination, spoliation des terres et humiliations n’ont pas cessé depuis la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie.

Pour mémoire :

Meeting de la Bourse du Travail - Panneau Meeting de la Bourse du Travail - Panneau
 1878. Répression terrible à la suite de l’insurrection du grand chef Ataï.

1887. Les Kanak, tout comme les autres peuples colonisés, sont soumis au code de l’Indigénat qui en faisait des sujets et non des citoyens. Travaux forcés, interdiction de circulation, impôt de capitation, justice d’exception étaient, entre autres, les moyens de faire régner « le bon ordre colonial » selon ce code en vigueur jusqu’en 1946.

1917. Répression sanglante de la révolte du grand chef Noël alors qu’un millier de Kanak du bataillon Pacifique était sur les champs de bataille du nord de la France. Il faudra attendre quatre-vingts ans et la pression des responsables du FLNKS pour que les noms des 378 Kanak morts pour la France en 14-18 soient enfin cités et nommés au-devant du monument aux morts de Nouméa.

1931. Les Kanak sont exhibés et présentés comme « Cannibale » lors de la grande exposition coloniale (parmi ces « cannibales », il y avait plusieurs anciens combattants décorés de la Grande Guerre). Parmi nous, ce soir, notre amie Sylvette Kaloï descendante de l’un des cent-trois « cannibales » de 1931.

Meeting de la Bourse du Travail - Sylvette Kaloï au premier plan © I. Leblic Meeting de la Bourse du Travail - Sylvette Kaloï au premier plan © I. Leblic

Puis, les décennies suivante, la politique de peuplement de l’État français a rendu le peuple premier en minorité dans son propre pays.

Enfin arrivent les années 1980, elles aussi synonyme de répression et d’assassinat ciblé alors que le FLNKS revendique, à la face du monde,  « Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Septembre 1981. Assassinat de Pierre Declercq, secrétaire général de l’Union calédonienne.

Décembre 1984. Assassinat des dix de la tribu de Tiendanite.

Janvier 1985. Assassinat par le GIGN d’Éloi Machoro (responsable du FLNKS) et de son adjoint Marcel Nonnaro.

Octobre 1987. Acquittement des meurtriers des Kanak de Tiendanite et restitution de leurs armes.

Mai 1988. Assassinat par l’armée française des dix-neuf militants d’Ouvéa. Certain furent achevéS alors qu’ils étaient blessés et désarmés. Des prisonniers furent exécutés tels Alphonse Dianou et Vinceslas Lavelloi.

Mai 1989. Enfin, conséquence du massacre de mai 88, un an plus tard, toujours à Ouvéa, la disparition de trois responsables indépendantistes dont Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné.

Il y a trente ans, à quelques centaines de mètres d’ici, Jean-Marie Tjibaou interpellait les anti-colonialistes de France, en disant :

« Faites grandir ce mouvement de solidarité afin de contribuer, ici, à briser le carcan qui emprisonne, mon peuple. »

Même si la Calédonie-Kanaky d’aujourd’hui n’a pas le même visage que celle d’il y a trente ans, la domination coloniale y perdure toujours et prospère. Aussi, trois décennies plus tard, ce message de Jean-Marie Tjibaou, nous allons de nouveau le porter, le partager et le faire grandir.

À sept mois de la consultation référendaire, la responsabilité des anti-colonialistes en France est énorme. Notre tâche sera de nous regrouper et de créer partout dans le pays, comme nous l’avons fait dans les années 1980, des comités de soutien à la lutte du peuple kanak pour inlassablement interpeller les politiques et le gouvernement. Ce gouvernement qui joue l’impartialité sur la prochaine consultation, comme si les citoyens de ce pays étaient sourds et aveugles.

Un seul mot d’ordre devrait nous rassembler, car c’est au peuple colonisé de choisir son destin et non à Messieurs Frogier, Valls ou Jacob. Ce mot d’ordre est et sera :

« Indépendance pour le peuple kanak sans condition »

Vive la solidarité anticoloniale, vive la lutte du peuple kanak.

Meeting de la Bourse du travail © I. Leblic Meeting de la Bourse du travail © I. Leblic

 À la fin des prises de parole, un échange avec la salle a eu lieu dont voici le déroulé en images.

Meeting de la Bourse du travail - Les interventions de la salle © I. Leblic Meeting de la Bourse du travail - Les interventions de la salle © I. Leblic

 

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