COVID 19 : Et si Madagascar avait raison ?!

Ces dernières 48 heures nous ont donné droit à une salve de moqueries de la presse européenne sur le « remède » que le Président Malgache promeut contre le Coronavirus dans son propre pays. Précisons tout de même que Madagascar c'est 121 cas à ce jour et 0 décès!

Ceci n'est pas une surprise pour les africains en général, car c’est très souvent perçu comme une posture habituelle des médias européens, quand il s'agit d'un africain qui expose une invention ou un procédé nouveau dans quelque domaine que ce soit. Bien entendu, ce type de mise en question oppose généralement une argumentation « soi-disant scientifique », dénué de tout état d’âme comme les chroniqueurs invétérés, devenus censeurs, aiment à le faire sentir sur tous les sujets sans exception. Mais avec l'Afrique, très souvent, la posture éditoriale frise sans trop paraitre la dérision ou la moquerie. Est-ce volontaire ou pas ? mais dans tous les cas, sans trop se tromper, ceci est ressenti par la plupart des africains comme une normalité de traitement après tant d'années "d'afrobaching" ingurgité depuis les bancs de l'école primaire, à travers tous les médias sans distinction, RFI compris. Bref, ça ne choque plus !

Depuis près de deux mois, les statistiques de contamination, de morbidité en milliers de l'Europe et de l'Amérique inquiètent par leur croissance, malgré quelques espoirs d'amélioration. Les Gouvernements s'affairent, planifient, déplanifient, hésitent, se trompent pour certains et réussissent mieux pour d'autres comme l'Allemagne, à contenir tant soit peu la pandémie par des tests massifs de la population. Les Etats-Unis sombrent dans une cacophonie innommable de va et viens sur des milliards de dollars dépensés par un président agité, sans pourvoir arrêter la pandémie et Singapour, meilleur élève il y a 3 mois se recalfeutre de nouveau jusqu'au moins de juin, car une deuxième vague de contamination arrive. Pour la première fois, les africains ont vu les fosses communes ouvertes aux Etats- Unis. Quel traumatisme !

Pendant ce temps en Afrique Subsaharienne, les pays comptent chacun depuis plusieurs semaines quelques dizaines ou centaines de cas avec des prévisions de pics très alarmants, venant des rapports Européens ou de l'OMS qui promettent une hécatombe pour le mois de Mai! Bien que prise au sérieuse par les dirigeants africains qui n'ont pas fini d'enterrer des proches dans leurs entourages, la population de manière générale ne donne pas l'impression d'être perturbée et vois les morts d'outre-mer comme un phénomène étranger qui ne toucherait que les nantis. Mais sur le terrain, les choses semblent évoluer doucement, sans trop se presser, bref, un peu comme à l’africaine ! Les chefs d'Etats Africains, par contre, touchés dans leur chair, se sont mis au diapason avec leurs homologues européens et ont dans la foulée des confinements européens, mis en place des confinements à géométries variables de leurs propres populations. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes!

Tous les scientifiques, médecins, experts qui passent sur les plateaux des chaines européennes sont suivis avec beaucoup d'attention et les africains réagissent ou surréagissent quand il s'agit de tests sur les nouveaux vaccins, ceci en connaissance de cause. Les histoires des essais ratés de médicaments dans les pays d'Afrique subaérienne sont aussi fréquentes que les quatre saisons en Europe. Les africains commentent dans les rues avec des points de vues parfois originaux. En effet, pendant que le Nord se pose la question sur les gestes barrières, les protocoles des soins appropriés, les molécules efficaces éventuelles, le positionnement de tel ou tel médicaments, pendant que les morts défilent, le pauvre africain semble avoir choisi, on pourrait penser par opportunisme, la chloroquine et l'Artemisia. Un médicament et une plante connus ,expérimentés dans leur chair dont ils connaissent par cœur les effets. Plus encore, au lieu de penser masque, gants et confinement pour prévenir la contamination, le Madagascar, aidé par son Institut Malgasy de Recherche Appliquée (IMRA), nous offre un traitement à base d'Artemisia pour prévenir la contamination d'abord et non pour vraiment soigner la maladie. Ce qui n'est pas anodin !

Il faut quand même savoir que l'Artemisia est interdite en France et par l'OMS, autant que la chloroquine qui le fut depuis seulement le mois de janvier 2020. Ce qui semble bizarre pour une population africaine qui en a consommé des tonnes depuis des décennies sur recommandation des mêmes Etats et laboratoires qui n'en veulent plus en Europe. L'Artemisia, en revanche, est une plante antivirale d'origine chinoise, introduite en Afrique il y a plus d'un siècle et ses décoctions permettent à ceux qui les boivent régulièrement, dans les zones infestées de moustiques, de prévenir du paludisme et de manière assez efficace. Un médecin congolais a d'ailleurs perdu sa vie en 2019, dans des conditions douteuses, en voulant trop promouvoir la plante dans les campagnes de la région du Maniema. Car la baisse de la consommation des comprimés venant des laboratoires, commençait à se faire sentir par manque de nouveaux malades dans le coin. France 24 en avait fait en son temps un reportage assez fouillé et édifiant qui parle d'ailleurs des plantations d'Artemisia et de l'adoption de cette plante au Madagascar.

Mais comme par hasard, un groupe de chercheurs allemands et danois va tester l'extrait d'armoise annuelle (Artemisia annual) ainsi que certains de ses dérivés contre le Covid 19. En France la maison de l'Artemisia milite en ce moment pour qu'un essai clinique soit lancé. L’institut Max Planck de recherche sur les colloïdes de Postdam, en Allemagne a annoncé le 8 avril 2020 le lancement d’une étude cellulaire afin de tester les effets de l’Artemisia annual sur le Coronavirus ! Drôle de coïncidence pour une plante longtemps bannie de l’Europe !

Que ceux qui se sont moqué du Madagascar se souviennent bien et fassent amende honorable le jour venu, quand le remède sera européanisé et revenu à l’Afrique dans un paquet cadeau empoisonné d’une dette Etatique ou d’un don déguisé. Les africains ne sont plus vraiment candides : près de 500.000 morts/an de paludisme, soit 1.300 morts/jour à cause du paludisme en Afrique, depuis plus de 100 ans et aucun vaccin ! En ce moment, il ne serait pas conseillé de clamer tout haut à la faveur d'une aide une campagne de vaccination en Afrique Subsaharienne de covid-19! A suivre...

AKT

 

 

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