ARMISTICE – INTERSTICE - PRÉCIPICES

HORS SERIE HISTOIRE DU VINGTIEME Extrait de " CHACUN SES GUERRES" par Dan Petri-Menzi Bien à vous toutes et tous

De Guerre-éclair, il n’y eut point.
Le pays subit une retraite-éclair.
La discorde règne chez « l’ami ». Voici ce que Churchill peut en dire, par exemple.

Le vrai pouvoir est détenu par le Généralissime Weygand. N’est-ce pas lui qui, le 10 juin 1940 a déclaré Paris Ville ouverte… et les pouvoirs constitués de prendre la tangente… ?

Non, nous ne sommes pas en octobre 1870, lorsque le gouvernement provisoire de Léon Gambetta a dû s’envoler pour Bordeaux.

Si Pétain saisi l’argument armistiçaire du sort des réfugiés, leur situation le peine réellement et il est bien le seul, avec Léon Blum, à s’enquérir du drame des civils, livrés à eux-mêmes. Pour tous les autres, ce sont des encombrants et non des « bons gars de chez nous » comme l’a seriné Jean Giraudoux, l’académicien, écrivain et diplomate chargé de coordonner la propagande de guerre, à la demande de Daladier.

Aussi, je ne partage pas le point de vue exprimé par l’historien J.P.A dans son De Munich à la Libération sur l’exode porté au compte des « grandes peurs » puis, dans certains documentaires, de l’ irrationalité.

Est-il si rationnel le repli des hautes autorités de châteaux en châteaux, jusqu’à ce que Bordeaux s’en suive.

Un dernier précipice
Ce qui est suggéré, instillé, sous-entendu, « en toute hypothèse », à savoir la demande d’un armistice, est le dernier précipice du pouvoir disloqué, ou, son dernier parachute. Pour parer à un armistice, Reynaud et ses proches n’ont plus sous la main que les procédés dilatoires, dénoncés comme tel par Pétain qui vient de sortir de sa réserve.
L’armistice est maintenant revendiqué, haut et clair, tant par Weygand et que par Pétain.
Le Conseil des ministres a remplacé le parlement.
Les décisions sont prises par Reynaud, seul et les ministres ne font que délibérer dans le vide. Weygand s’invite au Conseil et tonne. Son impératif catégorique est « SAUVER LA DISCIPLINE DE L’ARMÉE » en toute urgence.
En toute dernière extrémité, Reynaud aux abois, accepte l’idée de prendre contact avec l’ennemi pour s’enquérir de ses conditions d’armistice. Reynaud spécule alors sur des conditions d’armistice tellement inacceptables qu’elles ne sauraient être acceptées par le gouvernement français.
Quelques jours avant l’armistice, Reynaud aurait déclaré :
« Je suis favorable à la proposition de Camille Chautemps [de demander les conditions de l’armistice – et non l’armistice] ; c’est par une telle initiative qu’on pourra montrer au peuple français…la rigueur des conditions allemandes- et justifier la fuite (sic) du gouvernement français vers l’Afrique du Nord ou la Grande-Bretagne. J’espère seulement qu’elles ne seront pas trop modérées »
Puis, il donne sa démission et suggère au président de la République Albert Lebrun de nommer Pétain président du Conseil. Il semble cependant persuadé qu’après une tentative d’armistice fatalement vouée à l’échec, il reviendra en force pour reprendre la lutte depuis l’AFN.
Pour tenter de concilier partisans de la poursuite du combat en Afrique du nord et partisans de l’armistice, Leca, le chef de Cabinet de Reynaud, va proposer une sorte d’articulation, un « Partage entre une autorité légitime, la scissiparité du pouvoir, Pétain ou un autre en qualité de bourgmestre recevrait les Allemands, et nous, en Afrique du Nord » (M. Ferro- op.cit. p 79)

D’un armistice à l’autre…

Armistice, il y aura.
De nos jours, bien sûr, signer un armistice avec le 3ème Reich passe pour un crime.

Mais, au soir du 16 juin 1940, il s’agit de choisir, croit-on, entre la Peste et le Choléra.
Ou bien, poursuivre la guerre depuis le Maghreb, la métropole devenant une « colonie allemande » ou faire cesser le massacre à tout prix. Il ne peut plus y avoir de moyen terme.
A la différence de la capitulation qui est un acte militaire, un armistice est un acte du pouvoir civil qui engage le gouvernement qui s’y prête.
L’armistice n’est que l’antichambre vers un Traité de Paix et n’y conduit pas automatiquement.
Ce n’est donc pas formellement la PAIX avec le 3ème Reich, c’est l’occupation temporaire de tout ou partie du pays vaincu.
Ainsi, une partie de la population saignée par les massacres nazis et les raids aériens contre le flux des réfugiés peut imaginer que le gouvernement temporisera et rusera et que, d’ici à des pourparlers de paix, l’eau coulera sous les ponts et pourra - sait-on jamais- emporter le Führer dans le torrent de boue ensanglantée même de la guerre.
La majorité des historiens et récitants de la WW2 diront qu’il n’eût point fallu commettre l’armistice. Nous les comprenons, en partie au moins. Nous comprenons surtout, ceux et celles qui ont été piégés dans l’armistice, adolescents ou adultes.
En revanche, les commentaires actuels ou récents sur la lâcheté du peuple, lors de la signature des accords de Munich, puis sa soi-disant allégeance à Pétain-le-sauveur, assenés comme des sentences éternelles et définitives ne nous aident pas vraiment. Leur condamnation de l’armistice est conventionnelle.
u Tout armistice est, par définition, équivoque.

Choisir entre la Peste et la Peste ?

Au point où nous étions, la République ayant été vidée de son contenu, la forme de l’État n’entrait en rien dans les préoccupations urgentes de la masse en détresse, éperdue et assommée. D’où la légende : « 90% de pétainistes » titre d’un livre qui vaut beaucoup mieux que sa couverture.
Celui qui n’a pas vécu à Paris sous les bombes, qui n’a pas erré dans les pires conditions sur les routes, aura peut-être plus de peine à saisir cet état d’esprit diffus, confus et variable selon les couches et classes sociales prises dans cet effroi.
Nous avons vu que depuis son installation au gouvernement, Pétain a fait la pie morte et a laissé prudemment Weygand introduire l’idée de l’armistice. La guerre à outrance sur un front statique de Weygand était-elle une façon « pédagogique » de poser les jalons de l’armistice ? Dès le 29 mai 1940, il a donc averti Reynaud que viendrait un moment où, son front étant rompu, on ne pourrait plus …continuer.
Le temps a viré au baroud d’horreur.

Reynaud se fourvoie

« Eh bien, monsieur le Maréchal, faîtes-le, votre gouvernement… ».
Il est environ 18 heures, ce 16 juin 1940, lorsque Reynaud passe la main, comptant bien la reprendre au plus vite, à la faveur de conditions d’armistice hitlérien tellement dures que ni Weygand, ni Pétain ne sauraient les avaliser. Quand « tout est perdu », c’est que rien n’est perdu, n’est-il pas ?
Que l’on se comprenne bien, il n’est pas question ici de le désigner comme un politiquement- lâche mais bien comme un fourvoyé, un homme qui se détrempe, qui agit toujours trop tard ou à contretemps depuis le début de la guerre à l’Ouest et qui est redevable devant l’aile libérale (sur le plan économique) de la bourgeoisie qui se veut « moderniste » et « réformatrice ».
Seulement voilà, il est ardu de concilier le néo-libéralisme avec les impératifs de l’économie de guerre. Cela fait qu’il n’est pas fiable. La suite des choses le confirmera (voir plus loin).
Un autocrate isolé
On l’a vu, le parlement, ce n’est plus la chambre des députés, ni le Sénat.
Seuls, les présidents de ces deux chambres dépitées ont voie au chapitre, de concert avec le président de la République.
C’est le gouvernement qui, dans les faits, remplit la fonction de parlement.
Et Reynaud qui remplit la fonction de gouvernement à lui tout seul. Les « partenaires sociaux » sont atones, comme dissous dans la rosée sanglante du matin.

Un seul homme prête toute son attention aux parlementaires : Pierre Laval, il prépare la relève de la garde, la clope au bec.
Un « axe » Laval- Daladier s’est esquissé dans les couloirs dès le début de la guerre (voir l’ouvrage de Ferro.
Sur le front syndical, l’anticommuniste acharné, René Belin, porte-parole de la tendance « Syndicats » de la cégète, pose ses jalons, dans tous les cas de figure possible, depuis que les communistes sont marginalisés et réprimés.

Dans cette contexture, Reynaud est soumis à une pression d’autant plus forte qu’en jouant à l’autocrate, il n’a aucun filet de protection, aucun réseau d’influence, aucun parti à sa dévotion et son parti, l’alliance démocratique, au mieux, le supporte. C’est un homme détesté au plus haut point dans la population.

« Elle est crevée, la salope ! »
Tragiquement. Paul Reynaud et Hélène de Portes sont victimes d’un accident de voiture à le 28 juin 1940, Reynaud en réchappe, la comtesse par alliance y périt à l’âge de 38 ans. En l’apprenant, de Gaulle, déjà réfugié à Londres, s’en serait réjoui:
«J’espère qu’elle est crevée, la salope !» » . Simple coïncidence, acte manqué, suite de surmenage nerveux ?
Wikipedia dit :
« Après la démission de Paul Reynaud, le 16 juin 1940, le couple quitte Bordeaux pour fuir l'avance allemande en se dirigeant vers la propriété de l'ancien président du conseil dans l'Hérault en prévision d'un départ en Afrique du Nord, puis aux États-Unis. Le 28 juin, la voiture, conduite par Paul Reynaud, quitte la route et heurte violemment un platane à la Peyrade entre Frontignan et Sète. Hélène de Portes meurt dans l'accident, presque décapitée. Paul Reynaud, blessé à la tête, est hospitalisé à Montpellier. À sa sortie de l'hôpital, il est arrêté pour être emprisonné pour toute la durée de la guerre. »
Dans un premier temps, il sera assigné à résidence.

En fait, Reynaud ne donne pas cher de la peau de l’Angleterre et de Churchill. Il n’a pas non plus l’intention de faire de vieux os en AFN. Il eût préféré un pays qui n’est pas encore en guerre et affiche sa neutralité.
Ce qui se conçoit mais cadre mal avec le jusqu’au boutisme crânement affiché contre Daladier, contre Gamelin.
Dans une lettre qu’il adressera à Pétain le fatidique 10 juillet 1940, Reynaud dit garder au Maréchal
«un tel souvenir de leur travail en commun qu’il lui serait odieux qu’il soit terni par un soupçon ». [MF, page 643]

 

Drôle de Cessez-le-feu !?
La première faute de Pétain, quoique l’on pense de la guerre, de la défense nationale ou de la perspective d’un armistice ou encore de « l’honneur » est d’avoir annoncé précipitamment un cessez-le- feu unilatéral sur les ondes.
« Français !
À l’appel de M. le président de la République, j’assume à partir d’aujourd’hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l’affection de notre admirable armée, qui lutte avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires contre un ennemi supérieur en nombre et en armes, sûr que par sa magnifique résistance elle a rempli son devoir vis-à-vis de nos alliés, sûr de l’appui des anciens combattants que j’ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.
En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude.

C’est le coeur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat.
Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.
Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n’écouter que leur foi dans le destin de la patrie. »
Dans la retranscription écrite de cette allocution radiophonique, il rectifiera « il faut tenter de cesser le combat ». Ce qui ne change rien quant au fond. Or, même dans la perspective d’un armistice éventuel, la condition de toute négociation ne peut qu’être un cessez le feu conjoint.
C’est le B.A BA diplomatique et militaire qui l’enseigne. Rappelons que l’idée d’un CESSEZ LE FEU SANS NEGOCIATIONS a d’abord été émise par Reynaud

Les hommes de troupes payent au prix fort cette allocution qui précipite la liquidation complète de l’Armée de terre, elle eut comme conséquence des centaines de milliers de prisonniers de guerre supplémentaires, voire un million, n’imaginant pas alors qu’ils seront confinés en Allemagne pendant cinq ans, pour la majorité d’entre eux.

Où est donc passée la énième Compagnie ?

Le film « où est passée la 7ème compagnie ? » sorti en 1973 est mal apprécié de nombre d’historiens, dont Marc Ferro.
Dans le documentaire « le désastre » déjà cité, c’est sans doute en référence à ce film qu’il est question de « gaudrioles » et de « comédies bouffonnes ».
Le réalisateur de cette comédie populaire, Robert Lamoureux - qui avait dû quitter l’école à la fin de primaire - a été mobilisé à Issoire avant d’être versé d’office dans les Chantiers de la jeunesse de Pétain. Ne nous en déplaise, cette « bouffonnerie » nous donne un aperçu de l’état d’esprit d’une partie des soldats, en ces jours de « fin de guerre ». Dans le public qui a ri en regardant ce film, il ne manquait pas d’anciens soldats de 39-40
Si on veut « revivre » plus « sérieusement » ce passage entre l’appel à cesser le combat du Maréchal, on peut lire La mort dans l’âme de Jean-Paul Sartre. Cet auteur y fait revivre le sentiment qu’après l’armistice viendrait rapidement la paix et que bien vite les prisonniers seraient libérés et que les « allemands » ont tout intérêt à occuper la France en bonne intelligence pour ne pas se trouver confrontés à des mouvements de révoltes intempestifs chez « l’occupé ».

50% des soldats emprisonnés ont été capturés ou se sont rendus dans la foulée de l’appel de Pétain à cesser le combat.

Oui, c’est vrai, les régiments sont disloqués, des escouades errent, privées de leur cadres officiers, sous-officiers.
Oui, c’est vrai, une partie de ceux qui ont encore armes et munitions, vont se battre jusqu’au bout, y compris après l’entrée en vigueur de l’armistice. Sur la ligne Maginot, des unités refusent de se rendre. Les cadets de Saumur tiendront en respect leur ennemi jusqu’à la fin.

Coups de tampons

« Vivre, c’est ne pas penser ».
C’est une pensée du poète portugais Fernando Pessoa, mort en 1935. Il y a différentes façon de ne pas penser. Celle de tous ses politiques qui, précipités au bord de l’abîme, ne pensent pas (peut-être ne le peuvent-ils plus, au sort des plus exposés). Il existe une autre façon de ne pas penser. Celle du Sage, celui qui n’a pour arme qu’un tampon.

Aristides de Sousa Mendes est consul général du Portugal à Bordeaux depuis 1938. A Bordeaux où le gouvernement français s’est réfugié, affluent des dizaines de milliers de personnes qui veulent fuir l’avancée nazie et parvenir aux États-Unis via le Portugal. Le consulat est très vite envahi de ces réfugiés désirant atteindre Lisbonne.

Le 16 juin 1940, Aristides de Sousa Mendes décide de délivrer des visas à tous les réfugiés qui en font la demande :
« Désormais, je donnerai des visas à tout le monde,
il n’y a plus de nationalité, de race, de religion ».

Aidé de deux de ses enfants et neveux, ainsi que du rabbin Kruger, il tamponne les passeports à tour de bras, signe des visas sur formulaires, puis sur des feuilles blanches et tout morceau de papier disponible.

Alors que Salazar a déjà demandé des mesures contre lui, du 20 au 23 juin le consul poursuit son activité à Bayonne dans le bureau du vice-consul, médusé, alors même qu’il est entouré par deux fonctionnaires de Salazar.

Aristide ne pense pas, il n’obéit qu’à la dictée de sa conscience.

Le 22 juin 1940, la France a demandé l’armistice. Sur la route d’Hendaye, il continue à signer des visas pour les réfugiés d’infortune qu’il croise à l’approche de la frontière.
Le 23 juin 1940, Salazar le démet de ses fonctions.

En dépit des fonctionnaires envoyés pour le ramener, il prend avec sa voiture la tête d’une colonne de réfugiés qu’il guide jusqu’à un petit poste de douane, où côté espagnol, il n’y a pas de téléphone.
Le douanier n’est pas encore informé de la décision de Madrid de fermer la frontière avec la France.
De Sousa Mendes impressionne le douanier qui laisse passer tous les réfugiés qui peuvent ainsi, munis de leur visa, atteindre le Portugal.

Le 8 juillet 1940, il est de retour au Portugal.

Salazar s’acharne : il prive de Sousa Mendes, père d’une famille nombreuse, de son emploi diplomatique pour un an, diminue de moitié son traitement avant de le mettre en retraite.
De surcroît, de Sousa Mendes perd le droit d’exercer sa profession d’avocat et son permis de conduire, émis à l’étranger, est refusé.
En 1945, tout en se félicitant hypocritement de l’aide que le Portugal a apportée aux réfugiés pendant la guerre, Salazar refuse néanmoins de réintégrer de Sousa Mendes dans le corps diplomatique.

Parmi les réfugiés qu’il a sauvés, un officier français, Philippe de Hautecloque qui se fera appeler Leclerc.
Il n’interviendra jamais pour le défendre en 1945 lorsque Salazar fera les yeux doux aux alliés.

De Sousa Mendes mourra dans le dénuement le plus total.

VENI- VIDI –VICHY

Lorsqu’il prend les rênes du gouvernement, en cette fin d’après-midi de ce 16 juin 1940, Pétain ne sait pas trop bien ce qu’il va en faire. Le Maréchal n’est alors que le sous-produit de cette crise politique qui, encore une fois, ne l’avait pas attendu. Il a manœuvré, de façon sournoise, mais pas plus que Reynaud qui l’avait placé dans son gouvernement. Lequel manœuvre encore lorsqu’il lui cède son poste.
Les revanchards, aigris et « allumés » de toute sorte sont alors attirés vers lui comme des lapins par les phares d’une voiture. Ceux-là ne songent qu’à le façonner à leur image, misant sur une perte de facultés intellectuelles dues à son très grand âge. De Gaulle n’a-t-il pas lancé à son adresse le bon mot « la vieillesse est un naufrage ». Ce sera vrai pour lui, bien plus tard, mais pas pour Pétain ! Pauvre de Gaulle !
Pétain aura l’entourage qu’il mérite au fil des saisons. De lui-même, il est entré dans la caverne des brigands et des brigueurs. Presque à l’image du pays, ce qu’il subsiste encore de la république va être pulvérisé.
Au fond de la défaite, advient, selon le mot de Charles Maurras, la fameuse « divine surprise » . L’accouchement du nouveau régime s’opère en 24 jours, sans réelle préméditation, sans coup d’État à proprement parler et sans que tout ce remue-ménage ne soit sanctionné par un référendum. Au reste, on ne peut pas dire non plus que le parlement ait été formellement dissous. Il se dissolvait lui-même depuis un certain temps sans se faire prier

L’Interstice
Les négociations franco-allemandes commencent le 21 juin 1940.
Entretemps, Cherbourg, Brest, Nantes, Vichy et Lyon tombent dans la sanguinolente escarcelle du Führer. L’offensive italienne à la frontière française est repoussée. Wikipedia rapporte que La guerre commença mal pour l'Italie :

Le 14 juin 1940, les avions et les croiseurs de la Marine française bombardent Gênes, Vado Ligure et Savone lors de l'opération Vado ; l'aviation française d'Afrique du Nord harcelle les bases navales de Sicile et Sardaigne.
Pire encore, l'infanterie française, luttant à 1 contre 5, remporta la bataille des Alpes en stoppant l'offensive italienne.

Dans le même temps, indique Wikipedia :

Du 19 au 20 juin 1940, à Chasselay, l'armée française et ses troupes coloniales de tirailleurs, à 1 contre 100, retardent l'entrée des troupes allemandes dans Lyon, déclarée « ville ouverte », le 18 juin 1940.
Plusieurs dizaines de soldats sénégalais prisonniers (104 tués, 37 blessés, 856 disparus) sont exécutés par la division SS Totenkopf à Chasselay

Non prévenue par l'armée, la défense s'organise, le 17 juin à Chasselay. Des barricades sont dressées, grâce aux soldats du 405e régiment d'artillerie anti-aérienne de Sathonay-Camp et du 25e régiment de tirailleurs sénégalais et aussi à l'aide de civils. N'ayant rencontré que très peu de résistance depuis Dijon, les Allemands du régiment Grossdeutschland et de la 3e Panzerdivision SS Totenkopf, arrivent le 19 juin à Mont luzin. De violents combats les opposent aux troupes françaises et africaines. Le bilan compte 51 morts, dont un civil du côté français, et plus de 40 blessés pour les Allemands.

Le 20 juin, à l'issue d'une deuxième bataille, au château du Plantin, les prisonniers, environ 70, sont divisés en deux groupes, d'un côté les soldats français blancs et de l'autre les tirailleurs sénégalais noirs.

Après avoir parcouru deux kilomètres à pied, les soldats français couchés dans l'herbe, le long d'un pré, assistent au massacre des tirailleurs sénégalais par des mitrailleuses et pour certains écrasés par des chars d'assaut allemands. Les Français sont emprisonnés à Lyon. Les habitants de Chasselay, horrifiés par le massacre, rassemblent les corps des tirailleurs sénégalais pour les enterrer dignement dans un cimetière.

Pour que la délégation française soit bien en condition, les bordelais sont bombardés :

Dans la nuit du 19 au 20 juin, manœuvre évidente d’intimidation alors que la France vient d’envoyer les plénipotentiaires pour discuter des conditions de l’armistice, l’aviation allemande bombarde Bordeaux. C’est sans raison, sans objectif militaire, juste pour faire pression, au cas où… De 0h15 à 3h, les bombes sont lâchées un peu partout sur la ville. Un raid de terreur qui fait 63 morts et 185 blessés, les destructions sont partout, la population est paniquée et les réfugiés reprennent la fuite devant la menace, et l’imminente arrivée de l’armée allemande.

La convention est conclue le 22 juin 1940 et doit prendre effet le 25 juin.
Le résultat


Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Armistice_du_22_juin_1940#/media/File:France_map_Lambert-93_with_regions_and_departments-occupation-fr.svg

Les prisonniers de guerre (plus de 1,5 million d'hommes) restent en captivité jusqu'à la signature d'un accord de paix.

La moitié nord, ainsi que la côte atlantique, passent sous occupation allemande : c'est la zone occupée, qui couvre à peu près les trois cinquièmes du territoire.
Le reste constitue la « zone libre », c'est-à-dire non occupée, regroupée essentiellement au sud de la Loire.

Les deux zones sont séparées par la ligne de démarcation ;

La France doit pourvoir à l'entretien de l'armée d'occupation. Il s'avéra que le montant de ces indemnités allait être fixé de façon quasi-discrétionnaire par les Allemands, et leur montant s'élèvera, en moyenne, à 400 millions de francs par jour soit : 160 000 €/jour actuels !

Dans la zone libre, l'Armée française est limitée à 100 000 hommes et les troupes sont désarmées ;

La souveraineté française s'exerce sur l'ensemble du territoire, y compris la zone occupée, l'Alsace et le département de la Moselle, mais dans la zone occupée, il est stipulé que l'Allemagne exerce « les droits de la puissance occupante », ce qui implique que l'administration travaille avec elle d'une « manière correcte » ;

L’Empire colonial français reste également sous l'autorité du Gouvernement français ;

Les bâtiments de guerre rejoignent leur port d'attache du temps de paix, comme Cherbourg, Brest et Lorient qui se trouvaient en zone occupée (« La désignation de ces ports sera faite d'après les ports d'attache des navires en temps de paix »)

La France doit livrer les réfugiés politiques allemands ou autrichiens présents sur son sol.
La délégation française tente en vain de s’opposer à cette dernière clause sur le sort des réfugiés allemands.

Tombe alors l’ultimatum nazi auquel se pliera le gouvernement français, ce 22 juin 1940. Ce même jour, Pierre Laval fait son entrée au gouvernement, comme ministre d’État.

Avant son départ pour Rethondes, le général Huntziger, chef de la délégation française, est reçu par Pétain en présence de membres du gouvernement :
le nouveau ministre de la Défense, le général Weygand et le ministre des Affaires étrangères, Paul Baudouin ; au cours de cet entretien, le chef du Gouvernement fait part de ses « instructions formelles » qui sont de
« […] rompre immédiatement la négociation si l'Allemagne exige premièrement la remise totale ou partielle de la flotte, deuxièmement l'occupation de la métropole, ou troisièmement l'occupation d'une partie quelconque de l'empire colonial.. »

Parallèlement, les services du ministère des Affaires étrangères rédigent une note :
« Liste succincte des concessions qui ne pourraient être faites sans porter atteinte à l'honneur » ; aux trois points indiqués par Pétain, s'ajoutent la livraison de l'aviation et la sauvegarde des institutions de la France et sur l'intégrité du territoire il est précisé que cela concerne particulièrement l'Alsace-Lorraine et la Corse. (Voir : Marc Ferro – Op.cit.)
Comme on l’a noté : le sort jeté à l’Alsace-Moselle ne figure pas dans les clauses de l’armistice. Il sera finalement tranché en août.
Churchill craint qu’Hitler s’empare de la Flotte lorsqu’elle aura regagné ses ports d’attache en France.
« On en a le témoignage explicite et précis, fait après coup, certes, en janvier 1944, donc avant que l’issue de la guerre soit connue.
Au général Georges qui se trouve en Angleterre à cette date, Winston Churchill fait cette confidence :
« La conclusion de l’armistice a aidé la Grande-Bretagne, car Hitler a alors commis la plus grande erreur possible en n’étendant pas son emprise à l’occupation de Afrique du Nord…C’est cela qui nous a sauvés » »

Ici, Churchill frime après coup (en 1944),

Hitler ne peut tout simplement pas alors occuper l’Afrique du nord puisqu’il entend « pacifier » l’Angleterre par tous les moyens.

La neutralité formelle de la France – Hitler s’en entretient avec Mussolini en temps réel – isole l’Angleterre.

Que, par suite, Churchill ait su, sur le champ, s’accommoder de l’armistice et intégrer ce fait patent à sa tactique est une autre affaire.

De gaulle appelle à son recours
De Gaulle est une sorte de rescapé. Il a quitté la France officiellement pour une mission le 16 juin 1940…en vue de sceller officiellement l’illusoire union franco-britannique, après avoir prôné la poursuite de la guerre depuis un réduit breton, en ultime recours, puis la « fuite » éperdue en AFN.
https://www.youtube.com/watch?v=kMSkkkizUe4 \ compte clôturé

Charles de Gaulle - que nous surnommons parfois 2G, non sans raison, nous y reviendrons - n’est pas un ambitieux mais un mégalomane depuis l’âge de 12 ans, doit une grande partie son avancement au Maréchal Pétain. 2G est un fasciste qui se retient, ce que Pétain n’est pas.
Tout en élégance, il badine, mène ses troufions à la trique. Pour eux, la paix ne vaut guère mieux que le combat « pour de vrai ».
On l’a vu, ses idées grandiloquentes sur l’AB- C devant devenir autonome et concentrée ont été pompées sur d’autres. L’Histoire dira que Guderian a mis en pratique les écrits du Général de Gaulle. Allons donc !

Dans l’immédiat, c’est dans les bagages de l’Intelligence Service qu’il est exfiltré…En quelques semaines, cet obscur colonel est devenu général de brigade puis sous- secrétaire d’État.
A la différence des pays qui ont capitulé (la Pologne), la France n’a pas formé un gouvernement en exil.
Pour revenir à cette union franco-britannique évoquée « un peu tard », je crois que Churchill avait une idée d’Europe derrière la tête, cette union-là pouvant s’élargir aux gouvernements du nord de l’Europe en exil à Londres, par exemple.
Le 17 juin 1940, le nouveau président du Conseil a donc demandé l’armistice, l’obscur De Gaulle entend capter la lumière.

L’appel du 18 juin
Lorsqu’il lance un premier appel, le 18 juin. De Gaulle ne sait pas comment le tourner. L’appel, tel qu'il a donc été diffusé ce 18 juin, ne se présente pas comme une rupture avec le Gouvernement français :
« Le Gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer. »
A tout le moins, il édulcore. Pétain a décrété le cessez-le-feu et mis en avant l’armistice. Dans la première mouture de l’appel, de Gaulle a affirmé : (selon la seule retranscription établie — en allemand — par les services d'écoutes helvétiques)
« « Les Chefs qui, depuis de nombreuses années sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement... ».
Churchill a demandé la modification de ce passage qui donne à penser que l’armée a pris le pouvoir.

Par la suite, après l’armistice, de Gaulle reprend sa version d’origine :
« Les Chefs qui, depuis de nombreuses années sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique terrestre et aérienne de l'ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limite l'immense industrie des États-Unis.
Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n'empêchent pas qu'il y a dans l'univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.
Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français, qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Demain comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres »

La référence à la « flamme de la résistance française » ne préfigure en rien une résistance civile.
De Gaulle s’adresse aux soldats, officiers, ouvriers de l’industrie d’armement qui se trouvent en Angleterre et à personne d’autre.
Le discours du 19 juin
Le lendemain, il étend le champ de son intervention :
DISCOURS PRONONCE A LA RADIO DE LONDRES, le 19 juin 1940
À l'heure où nous sommes, tous les Français comprennent que les formes ordinaires du pouvoir ont disparu.
Devant la confusion des âmes françaises, devant la liquéfaction d'un gouvernement tombé sous la servitude ennemie, devant l'impossibilité de faire jouer nos institutions moi, Général de Gaulle, soldat et chef français, j'ai conscience de parler au nom de la France.
Au nom de la France, je déclare formellement ce qui suit :
Tout Français qui porte encore des armes a le devoir absolu de continuer la résistance.
Déposer les armes, évacuer une position militaire, accepter de soumettre n'importe quel morceau de terre française au contrôle de l'ennemi, ce serait un crime contre la patrie.
À l'heure qu'il est, je parle avant tout pour l'Afrique du Nord française, pour l'Afrique du Nord intacte.
L'armistice italien n'est qu'un piège grossier.
Dans l'Afrique de Clauzel, de Bugeaud, de Lyautey, de Noguès, tout ce qui a de l'honneur a le strict devoir de refuser l'exécution des conditions ennemies.
Il ne serait pas tolérable que la panique de Bordeaux ait pu traverser la mer.
Soldats de France, où que vous soyez, debout !
Charles de Gaulle,
Discours aux Français,
Tome 1 1940-1941, 1944, pp. 11-1230

Dans ce discours solennel, de Gaulle ne fait toujours pas mention d’un armistice français.
Il appelle tous les soldats à continuer le combat, il en appelle à l’Empire colonial mais ne dit pas : « aucun armistice ne peut être accepté », il ne veut sans doute pas hypothéquer la possibilité de la « scissiparité » (dissociation ou déboublement tacite ou convenu).
Ce faisant, il pousse à poursuivre la guerre à outrance sur le sol français (qui ne sera pas terminée avant la fin du mois, se consumant en actions désespérées), sur l’air de « jamais se rendre », tout en escamotant le cessez-le-feu unilatéral de Pétain !

Ses discours sont truffés d’ébauches d’analyses politiques sur, la « liquéfaction du gouvernement ».

Il est par contre suffoquant que monsieur de Gaulle ne dise pas un mot du nazisme, ce dont Churchill ne se prive jamais. Des mois durant, de Gaulle ne prononcera pas le nom de Pétain.

Moyennant quoi, comme le veut le « récit national », nous devrions retenir que de Gaulle a allumé la flamme de la résistance française.

Pétain déclarait faire « don de sa personne » à la France.

De Gaulle, quant à lui, veut que la France « éternelle » se donne à lui.
Il constitue son premier cercle avec des « patriotes » …issus de la Cagoule. Son discours est une homélie à tous les massacreurs de « l’Empire ».
Une vile manœuvre (le Massilia)

Dans les jours qui suivent, un certain nombre de parlementaires et d’anciens ministres, dont Georges Mandel et Pierre Mendès-France se font piéger.

Croyant que la « scissiparité » évoquée plus haut a été acquise, ils embarquent dans le Massilia, un bateau qui doit les emmener jusqu’en Afrique du Nord. Ils s’étonnent qu’aucun ministre soir du voyage, puisque selon ce principe, une partie du gouvernement devait élire domicile outre-mer avec eux.

Trop tard !

Ils seront arrêtés.
Le coup est double : en les laissant prendre la mer, on se débarrasse de « bellicistes » inopportuns et on les embastille ensuite.

Pierre Laval est le chef d’orchestre de cette basse manœuvre que Pétain a fini par avaliser lorsqu’ il apprend qu’Hitler accepte le principe de l’armistice

La république plonge dans le coma artificiel

Le 10 juillet 1940, Pétain va recevoir pleins de pouvoir des mains tremblantes du parlement qui va se placer de lui-même dans le coma artificiel.
Loi constitutionnelle du 10 juillet 1940

ARTICLE UNIQUE.
« L'Assemblée nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l'autorité et la signature du maréchal PÉTAIN, à l'effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle Constitution de l'État français. Cette Constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie.
Elle sera ratifiée par la nation et appliquée par les Assemblées qu'elle aura créées.


A sa façon, la République a pris conscience, ce jour-là, qu’elle n’était plus qu’une dépouille, sous les décombres.
Dans les allées de l’assemblée nationale, réunie ce jour-là à Vichy, ville d’eau devenue cloaque, les hommes de Doriot cherchent à susciter un climat de peur (bien qu’ils soient une petite poignée). Les rumeurs d’un coup d’État de Weygand enflent, amplifiées par Laval.
On oublie trop souvent de dire que le 9 juillet 1940, le parlement a été réuni en séance secrète, à l’insu de Doriot et de Weygand.
Léon Blum fait partie des 80 députés et sénateurs qui ont voté contre ces Pleins pouvoirs, y compris, « constituants » du Maréchal. Blum n’osera pas prendre la parole, par peur de ses propres camarades acquis à degrés divers, à Pétain et enragés contre lui.
Il se trouve aussi quelques abstentionnistes dans le rang. Dont Edouard Herriot.
Ceux des parlementaires qui ont été pris dans le Massilia sont déjà hors-jeu.
La majorité pour Pétain est écrasante.
Parmi les 80 parlementaires qui votent contre (58 députés et 22 sénateurs), les motivations sont diverses.
Pour la plupart, ils ne buttent pas sur l’octroi des Pleins pouvoirs à Pétain mais sur des pouvoirs « à l'effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle Constitution de l'État français. »

 

Le choix de la défaite ?
https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89trange_D%C3%A9faite L’étrange défaite
La débâcle est-elle uniquement le fruit de fautes politico-militaires stratégiques et tactiques combinées à de fâcheux concours de circonstances? Bien sûr que non. Mais de là à en déduire qu’il a existé un choix politique de la défaite, il y a une bonne marge.
Puisque Mounier avait lâché « Plutôt Hitler que le Front populaire » pour fixer l’état d’esprit des classes possédantes, au moment où le Front populaire s’était dissout, il semblait logique de croire que la bourgeoisie avait fait ce choix, avant même la débandade.
A vrai dire, la bourgeoisie de 1939 ne voulait pas la guerre.
Elle avait du mal à avaler que 5 millions de salariés soient soustraits à la production.

Elle eût préféré que l’exécution de la guerre soit confiée à des soldats de métiers, avec un contingent de réserve moins nombreux et plus à l’arrière. Les OPEX en Norvège lui convenaient fort bien pour empêcher que la France soit le « théâtre ». Tout cela traduit un défaitisme passif. Bien que je n’aie pas lu le livre de Marc Bloch, faute de pouvoir me le procurer, il semble qu’il ait très bien cerné le défaitisme ambiant. Il aura pointé : « l’absurdité de notre propagande officielle, son irritant et grossier optimisme, sa timidité », et « l’impuissance de notre gouvernement à définir honnêtement ses buts de guerre ».
Comme toute classe ou couche sociale, la bourgeoisie s’incarne dans des institutions politiques, dans des hommes, ministres ou militaires et les hésitations de ces derniers reflètent les contradictions au sein de cette classe. Entre les différentes branches de l’industrie et du commerce liées inextricablement à des banques.
Oui, comme le note Marc Bloch, une grande partie de la bourgeoisie est rentière.
Nous en avons déjà parlé : cette mentalité rentière dérive de l’exploitation coloniale qui fait obstruction à l’industrialisation en métropole.
Pour relancer la modernisation de l’appareil industriel, il faut un État dirigiste qui ordonne une planification en lien avec les syndicats ouvriers convertis au rendement, à la « rationalisation » façon Henry Ford, une technocratie qui « pilote » le « mouvement industriel » et retranche le pays dans son marché intérieur, en gardien des frontières.
Le « patriotisme » est à ce prix : l’engagement financier de l’État, la transformation des syndicats en Police du travail, et tout le toutime.
La contrepartie, c’est la « libération » des colonies qui sont devenue un fardeau pour l’État métropolitain, aux fins de dominer ces territoires « francophone » de façon indirecte mais plus « rentable » au jeu subtil de « l’indépendance – association ». A cet « élan » doit répondre le « contrôle des changes ». En 1939, il est trop tard pour échafauder une telle politique « étatiste ». Au déploiement d’une telle politique technocratique, il manque un bout : une Europe intégrée, une division européenne du travail.
Ne serait-ce qu’en sacrifiant sa Tchécoslovaquie, le France a renoncé à ses propres prétentions européennes face à l’Allemagne.

Insistons encore :
ayant échoué à réformer l’État en 1934, la France des capitalistes et des banquiers, du sabre et du goupillon- qui n’est pas la France en tant que telle- s’est trouvée fort dépourvue quand la bise fut venue.

Autre entrave à un État fort en France, les rapports France-Angleterre qui, du fait des dirigeants français, ont été réglés à la faveur de l’UK qui, dès le départ, était en meilleure position que l’Hexagone sur le marché européen.
Dans ces conditions, les politiques de guerre reflètent le défaitisme passif des classes dirigeantes qui ne sont plus dans la position des « marchands de canons » de 1914. Comme le notera le général Alphonse Goutard in fine, « point n’était besoin, semble-t-il, de mobiliser plus de cinq millions d’hommes, au risque de paralyser notre vie économique ».
Tout se passe alors comme si les capitalistes et les banquiers n’ont rien de substantiel à gagner dans l’effort de guerre, cette fois. Ils y perdent leur main d’œuvre.
Les femmes, aux prises avec la politique nataliste aussi volontariste que réactionnaire, peuvent à peine former une main d’œuvre d’appoint.
Il n’existe plus cette foi chauviniste-revancharde dans la population pour aiguillonner la mobilisation à l’arrière.
La période de répit allouée par la dite « drôle de guerre » n’est pas mise à profit pour entraîner les hommes dont la moitié a « fait » 14-18. Les chefs de guerre, surgis du rang, sont peu nombreux. Etc, Etc.
Le défaitisme et le manque croissant de patriotisme au sein d’une bourgeoisie sans perspective n’est pas l’effet d’un choix délibéré de la défaite, une défaite inscrite dans la victoire de 1918 dans le pays d’Europe qui en payé le plus lourd tribut physique et moral, dans l’échec de l’occupation de la Ruhr en 1924, dans les tares de l’armée française qui étaient déjà béantes en 14-18.
La « faute » n’est donc pas imputable à la ligne de la Défensive qui n’aura été finalement qu’une parade aux seules fins d’exporter la guerre ailleurs. Et non une ligne stratégique planifiant des contre-attaques ordonnées.

A mon idée lointaine, le potentiel de la ligne Maginot n’a pu être « mis en valeur ».

Les responsables du déclenchement de la guerre

Le premier responsable de la guerre est Adolf Hitler.

Le premier responsable du déclenchement de la guerre est Joseph Staline.

Cela ne retranche en rien la responsabilité des « alliés » qui la déclarent aux seules fins de faire pression sur l’Allemagne pour que le partage de l’Europe centrale soit négocié conformément au code des bons usages, entre « voisins ».
L’hypocrisie qui consiste à affirmer qu’ « on » va se battre « pour la Pologne » vole vite en éclat.
La « garantie » donnée à la Pologne par les « alliés » n’a d’autre effet que de pousser Beck à une fausse intransigeance dont la logique est un peu simple : si Hitler nous attaque, les troupes françaises et anglaises vont se porter à notre secours.
Ces « grandes démocraties » sont partie prenante des « déclencheurs » de la WW2. Les USA ne sont pas en reste.
L’isolationnisme affiché de ce pays recouvre la volonté d’affaiblir le plus possible le partenaire anglais, de ménager les nazis le plus longtemps possible et de faire des affaires sur le dos des autres « démocraties occidentales ». Nous y reviendrons.
Tous les agents de cette guerre ont leur part de responsabilité morale dans le déclenchement des opérations.
Aucune n’hésite à sacrifier délibérément des milliers de combattants pour de simples diversions ou des questions de prestige. Cela est vrai pour Weygand, de Gaulle, Churchill. Cela ne fait que commencer.
Cependant, je pense qu’un point de vue ANTI-GUERRE n’est pas une posture de renvoi dos-à-dos.
Dès l’instant où des nations, telles la Pologne, la France, les Pays-Bas deviennent des nations opprimées et spoliées par l’impérialisme allemand, il est logique que les peuples asservis se placent, de façon circonstanciée, dans le camp MILITAIRE des ennemis du 3ème Reich. En revanche, cela n’implique pas de se placer dans leur camp POLITIQUE.

Leur guerre n’est pas la nôtre !

Mais j’allais oublier tout ce qui a été dit et redit contre l’armistice en faveur des partisans de la « fuite », selon les mots de Reynaud, dans « nos » colonies….


Épilogue (à Mers El Kebir)

Le 03 juillet 1940, la population peut se demander si l’Angleterre est entrée en guerre contre la France. A la suite de quiproquos : les Britanniques bombardent la flotte française basée à Mers-el-Kebir près d'Oran, en Algérie : 1 297 marins sont tués, l'escadre d'Alexandrie est neutralisée et tous les navires français ayant trouvé refuge dans les ports britanniques sont « saisis » par la Royal Navy. L’amiral Marcel Gensoul ayant rejeté l’ultimatum britannique.

04 juillet 1940 : rupture des relations diplomatiques entre le gouvernement de Vichy et le gouvernement britannique.

06 juillet 1940 : nouvelle attaque britannique sur Mers-el-Kebir. Cible principale de cette seconde attaque aérienne, le cuirassé Dunkerque, déjà endommagé par la première attaque trois jours plus tôt.

08 juillet 1940 : attaque britannique sur le cuirassé français Richelieu en rade de Dakar.

À l’origine, l’Angleterre a donné le choix aux équipages :

- Continuer la guerre avec l’Angleterre
- Rallier les ports anglais
- Appareiller pour les US
- Rejoindre les ports des Antilles
- Se saborder

La seule alternative n’est pas « gagner les ports anglais ou combattre » comme le prétendent vichystes d’hier et d’aujourd’hui.

Il va presque sans dire que l’affaire de Mers-el-Kebir tronquée par les pétainistes et intégrationnistes européens a pu faire basculer des parlementaires plutôt enclins à s’abstenir à voter ces satanés pleins pouvoirs au Maréchal.

Les scissipariteurs du Massilia sont voués aux Gémonies et ceux des députés qui sont à l’armée sont emprisonnés : Pierre Mendès- France et Jean Zay. Tous deux sont des « jeunes turcs » du parti radical. Tous deux sont juifs.

Jean Zay, est arrêté, le 15 août 1940, pour désertion devant l'ennemi8, 9.
Renvoyé en métropole, Jean Zay est interné, le 20 août 1940, à la prison militaire de Clermont-Ferrand10.

« Pendant des mois, Jean Zay devient « la cible notoire de la campagne antisémite »11 et une violente campagne de presse orchestrée par Philippe Henriot, ministre de l'Information du gouvernement de Vichy, réclame la condamnation à mort du « juif, Jean Zay »…

 

Nous reviendrons un peu plus tard sur les débuts du Régime vichyste (et non : vichyssois).

 

« LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITÉ » ?

Je ne pense pas que le régime pétainiste soit une rupture avec la troisième république finissante, celle qui se débat à partir de 14/18, avec des hauts et des bas, des hauts fourneaux et des bas nylons.
Les gouvernements Daladier et Reynaud étaient, d’entrée, des gouvernements de transition comme l’ont noté en temps réel Trotsky et Thorez. De son côté, Thorez l’a dit après « Munich ».

Le seul élément de « complot » réside dans l’affaire hideuse du Massilia.

La réforme de l’État avait échoué en 1923 avec le vieux Millerand puis en 1934 avec le vieux Doumergue. Le régime de « l’État français » se devait d’y pourvoir.

Dans la foire aux paradoxes préfabriqués, il en est un qui se ressasse volontiers :
« C’est une chambre des députés du front populaire qui a donné à Pétain tous les pouvoirs ».
Ici, une soustraction s’impose :
C’est une chambre sans députés communistes et sans scissipariteurs du Massilia qui donne les clés à la Pétainerie du port.

Que dire d’autre sinon que de nos jours, l’emprunte du Vychisme est toujours visible à l’œil nu et même de plus en plus….

 

 

 

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