LA FABRIQUE DE LA GUERRE – Extrait-

Le passé éclaire le présent. Nous gardons donc toujours un œil sur le rétro. Ci-dessous voici un extrait de mon travail de retraité cheminant sur LA FABRIGUE DES GUERRES, les WW 1 et 2. A débattre. Une fois par mois au plus, je publierai ici un nouvel extrait Daniel Petri

 Allemagne : la révolution aiguillonne la contre révolution

 

Le 9 novembre 1918, le Prince Max de Bade, chancelier du Reich donne sa démission, l’empereur Guillaume II abdique. Le pays est pris dans une situation insurrectionnelle qui se propage rapidement. Le nouveau gouvernement est dirigé par le chef social-démocrate Philippe Scheidemann, lequel, sous la pression des ouvriers et des soldats, proclame la République pour prendre de cours les sociaux-démocrates de gauche regroupés dans l’USPD – parti social-démocrate indépendant et la Ligue Spartacus qui s’est détachée de l’USPD dont une partie des membres est réformiste. 

Le nouveau gouvernement, pour parer à la montée des Conseils ouvriers et de soldats «  soviétiques », convoque l’élection d’une assemblée constituante.

 

Le 11 novembre 1918, c’est l’armistice.

 

Le 15 novembre 1918, pour conjurer la révolution, « les dirigeants syndicaux liés à la social-démocratie concluent avec les patrons de la grande industrie une convention accordant aux ouvriers une série d'avancées (journée de huit heures, reconnaissance des syndicats comme représentants qualifiés des salariés, conventions collectives...) »

 

Au début du mois de janvier 1919, une nouvelle explosion révolutionnaire se produit à Berlin qui sera appelée la Semaine sanglante, elle sera réprimée sans merci.

 

Le 15 janvier 1919, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, capturés, sont assassinés par cette Terreur blanche.

Rosa Luxemburg avait d’abord été battue quasiment à mort avant d’être traînée jusqu’au Tiergarten de Berlin, pour y être exécutée. Politiquement, la responsabilité de cet acte de barbarie incombait à Ebert-Noske- Scheidemann, ministres SPD.

 

En mars, des grèves quasi-insurrectionnelles éclatent dans le bassin de la Ruhr et à Berlin. La répression déchaînée à Berlin laissera derrière elle un millier de morts.

 

Au même moment, dans la plus grande improvisation, galvanisée par les succès de l’éphémère République des Conseils en Hongrie, la République des Conseils de Bavière est proclamée le 3 avril 1919.

 

Un mois plus tard, cette République « soviétique » est écrasée –

 

Le 3 mai 1919. Les affrontements auront fait plus de 600 morts. Un certain Adolf Hitler aura été pris dans cette tragédie, sans trop savoir sur quel pied danser.

 

La contre –révolution a alors deux bouts : l’extrême-droite à un bout de cette chaîne et les plus hauts dirigeants sociaux-démocrates, à l’autre bout. Nous ne faisons ici aucun amalgame, ni raccourci : les ministres du SPD et les « Corps francs » marchent alors ensemble. Friedrich Ebert, le chancelier avait assuré : « 

« Je ne veux pas de la révolution, je la hais à l'égal du péché », il sera rapidement comme un vieil enfant pris dans ses sortilèges…

 

 

Sur les flancs des  corps francs (Freierkorps)

 

Disons-le plus nettement, les FREIERKORPS ont été la matrice du parti national-socialiste des travailleurs allemands- NSDAP

 

 

Rappelons que le Traité de Versailles a été signé le 28 juin 1919.

 

En novembre-décembre 1918, les armées allemandes sont disloquées par la défaite et la révolution.

 

Wikipedia rapporte :

 

« Afin de s'assurer un nouveau gouvernement capable de conserver le contrôle du pays, Ebert s'allie avec l'OHL [Oberste Heeresleitung (le « Commandement suprême de l'armée de Terre »)], dirigé par le successeur de Ludendorff, le général Wilhelm Groener. »

 

Le ministre de l’Armée est le chef social-démocrate Gustav Noske. A l’encontre des spartakistes- communistes, Noske dira :

 

 « Il faut que quelqu'un fasse le chien sanguinaire : je n'ai pas peur des responsabilités ».[1]

 

Un « chien sanguinaire »

 

  • Nota Bene: Qu’on me permette encore deux mots sur le sanguinaire Noske, empruntés à Wikipedia :
  • « Après la nomination d’Adolf Hitler à la chancellerie du Reich, il se retire de la vie politique. Il maintient des relations avec ses anciens camarades comme Carl Severing et Wilhelm Leuschner et s'attire en conséquence les foudres des nazis.
  • Il est mis quelques mois aux arrêts en 1937.
  • Soupçonné de complicité après la tentative d’assassinat d’Hitler du 20 juillet 1944, il est interné dans le camp de concentration de Fürstenberg/Havel, puis dans celui de Ravensbrück. Après sept mois de détention, il est transféré à Berlin dans la prison de Lehrter Strasse, d'où il est libéré par les Soviétiques en mai 1945».    

 

Toujours est-il qu’en décembre 1918, le gouvernement Scheidemann-Noske créé les Freierkorps – corps francs.

Ces milices sont formées par des officiers démobilisés, chargés de liquider la révolution spartakiste qui a éclaté à Berlin et va rebondir en Bavière. Une autre tâche leur est dévolue : la lutte contre les Polonais, les Lettons, les Estoniens.

 

Rappel :

 « Le général von Epp mène ainsi 30 000 soldats pour mater la République des conseils de Bavière en mars 1919. Près de 600 socialistes et communistes furent tués durant les semaines qui suivirent. » [Wikipedia]

 

« Le coup de poignard dans le dos »

 

Ensuite de quoi, les Freierkorps vont se retourner contre ces « socialistes » qui leur ont donné corps. Mais il leur manquait encore une âme.

 

Pour une partie des anciens combattants, l’Allemagne n’a pas été vaincue mais poignardé dans le dos par la révolution, par la république, par la démocratie,  par les spartakistes et les juifs, par l’arrière.

 

Le général Franz Epp  apportera son soutien, d’abord discret, au NSDAP dès 1920, avant de s’y incorporer quelques années plus tard

 

Le parti des travailleurs allemands- DAP, se forme à Munich, le 5 janvier 1919, devant un public de …24 personnes, et parmi elles, des employés des chemins de fer.

 

30 avril/1919

 

A Munich, les soldats de la Garde Rouge exécutent 10 otages, choisis principalement parmi des membres de la « Société de Thulé ». En réponse, les adversaires de la République des Conseils accentuent leur pression militaire. [2]

 

 

 

Au dire de Wikipedia

« Adolf Hitler a créé les SA à Munich le 8 août 1921 en réunissant d'anciens combattants, des officiers mécontents et des membres des corps francs (chargés de la répression des révolutionnaires communistes spartakistes pendant la révolution de 1918-1919), à la fondation, Emil Maurice devint l'Oberster[3] SA-Führer : le chef de la Sturmabteilung. [SA, peut se traduire par « sections d’assaut »] »

 

Nous ferons nôtre la remarque de Kurt Tucholsky qui se réfère à Lénine de 1914 : «  Pour prendre position contre la guerre (en 1914) seule une « poignée de parlementaires » pouvaient s’exprimer avec quelque liberté sans être aussitôt empoignés, encasernés, sans être menacés d’exécution immédiate – une poignée de parlementaires exclusivement. Leur vote était libre, légal, ils pouvaient encore voter contre – cela ne vous valait pas, même en Russie, d’être battu ou maltraité, ni même arrêtés » ;     embraye : « Et, s’ils l’avaient fait ? demande la partie adverse. Aurait-ce interrompu la marche vers la guerre ? Non, mais les masses, les inorganisés et surtout les organisés auraient pris courage, auraient mieux perçu la réalité et auraient justement fait ce qu’on leur reproche maintenant, et qu’ils ont eu le tort de ne pas faire : poignarder l’armée dans le dos ! »[4]

 

 

 

Corps francs contre la Baltique

 

Une autre tâche est assignée à ces corps francs : la lutte contre les Polonais, les Lettons, les Estoniens.

 

[5]

A propos des Lettons, nous lisons dans Wikipedia :

 

« Alors que le traité de Versailles est ratifié le 23 juin, les alliés imposent le rétablissement dans ses fonctions du gouvernement provisoire et un arrêt des combats.

Les membres de la Division de fer qui ne sont pas nés en Lettonie doivent rentrer en Allemagne tandis que les unités allemandes d'origine autochtones sont placées sous commandement letton. Mais von der Goltz ne renonce pas et décide de se mettre au service des armées des Russes blancs. Il reconstitue en Courlande un corps d'armée de 24 000 hommes, les corps francs, composé de volontaires allemands, d'unités du 6e corps allemand et de 6 000 hommes de la Division de fer. Sous prétexte de soutenir l'offensive du général russe blanc Youdenevitch contre Petrograd, il fait marcher ses troupes en octobre 1919 sur Riga.

Après avoir occupé les faubourgs défendus par de maigres effectifs lettons, il est finalement repoussé par les tirs des canons de la flotte alliée qui, exaspérée par le double jeu allemand, a décidé d'intervenir.[6] Les corps francs, repoussées par les troupes lettones puis battus par les troupes lituaniennes le 11 novembre, se réfugient en Prusse en laissant derrière eux un sillage de destruction et de meurtres.

 

Le gros de l'armée lettone déclenche l'offensive début janvier 1920 en Latgale occupée par les troupes bolcheviques. Les tirailleurs lettons de l'Armée Rouge dont la fidélité n'est plus aussi sûre, ont été envoyés sur d'autres fronts et l'armée lettone affronte des troupes russes. Celles-ci sont progressivement repoussées et début février l'ensemble du territoire letton est reconquis.

 

Depuis septembre 1919 les dirigeants russes, dont les armées sont engagées sur de multiples fronts, souhaitent signer un armistice. Après de longues discussions avec les deux autres états baltes pour définir une position commune vis-à-vis de la Russie et régler des contentieux frontaliers, la Lettonie signe le 11 août 1920 le traité de Riga par lequel la Russie reconnait la république de Lettonie et renonce définitivement à toute revendication territoriale.

 

Par ailleurs le gouvernement letton conclut un accord avec l'Allemagne, par lequel la Lettonie renonce à exiger des compensations pour les dommages commis par les armées allemandes en échange de l'abandon des indemnités pour la nationalisation des terres des propriétaires germano-baltes. Cet accord ne sera jamais ratifié par l'Allemagne.

 

L’Italie sous la botte

 

Au moment où la révolution trébuche en Allemagne, un nouveau Parti a surgi en Italie, sous la férule de Benito Mussolini (qui jusqu’en 1914 avait été un socialiste révolutionnaire fougueux et téméraire lié à Lénine et Rosa Luxemburg). Ce parti s’intitule en novembre 1921 parti fasciste.

 

Le fascisme vient des « faisceaux » (Fasci), qui, à l’origine étaient des formations ouvrières socialistes ou anarchistes.

 

Benito Mussolini passe, en 1915, du pacifisme révolutionnaire à l’interventionnisme. Il pervertit en les retournant, les thèses de Lénine sur la tendance à la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile des classes, pour pousser à la guerre comme étape nécessaire, la révolution, devant être précédée, selon lui, par la solution des « problèmes nationaux »…

Un cheval de Troie

 

Eh oui, Benito Mussolini était jusqu’en 1914 un socialiste-révolutionnaire, proche de Lénine et de Rosa Luxemburg. Il était  également lié aux courants syndicalistes-révolutionnaires italiens, lesquels souffraient déjà d’élitisme et se prenaient pour « les intellectuels organiques du prolétariat », pour reprendre la formule d’Antonio Gramsci. Mussolini était aussi un activiste, un orateur, prêt à risquer sa vie pour La Cause, un « meneur ».

 

Il aura d’abord été un Cheval de Troie dans le mouvement ouvrier italien, avant de devenir le chef de la contre-révolution, pour le compte des classes possédantes et  de l’Angleterre. Dans un premier temps, ses adeptes soutiennent les grèves…Comme une corde soutient un pendu.

Les années rouges

Nous l’avons souligné, au sortir de la guerre de 14, l’Italie a d’abord été le théâtre d’un « véritable essor révolutionnaire des masses » pour faire nôtre le propos de Daniel Guérin, auteur de ce livre de référence qu’est « Fascisme et grand capital ».

 

Ce sont les années rouges. Les travailleurs arrachent de meilleurs salaires, la journée de 8 heures, les conventions collectives, leurs délégués du personnel.

Un mouvement d’occupation des usines se dresse face aux « capitaines d’industrie ». Sur les lieux de travail, les ouvriers gèrent la production au travers de leurs propres comités d’usine. Daniel Guérin relate :

 « Ils n’hésitent pas à violer le saint des saints du patronat, ouvrent les coffres forts dont le contenu leur révèle les secrets jalousement gardés, du prix de revient et du profit »[7]

Les paysans se lèvent en masse pour le partage des terres et ne voyant rien venir, passent à l’occupation des terres.

La bourgeoisie commence par reculer très loin et fait même miroiter le contrôle ouvrier. Dans ces conditions, renaissent les illusions en faveur d’une évolution, par la force tranquille qui permettrait d’éviter la lutte directe pour le pouvoir. La bourgeoisie minaude puis s’impatiente car elle a un plan B.

Mussolini, le mercenaire du grand capital italien

 

Daniel Guérin dit alors qu’il existe en Italie deux féodalités : la féodalité agraire et la féodalité industrielle, il ajoute :

« Mais pas plus la féodalité industrielle que la féodalité agraire ne peuvent engager elles-mêmes la lutte contre le prolétariat organisé, industriel et rural. Elles confient ce soin à des bandes armées, entre autres les fasci de Benito Mussolini, qui s’intitulent les organes du « front unique antibolchevique ».

La mission confiée à ces bandes est de harceler la classe ouvrière, d’affaiblir sa capacité de lutte et de résistance, de manière à permettre aux industriels et grands propriétaires fonciers de regagner le terrain perdu.  Pour la première fois, les milices patronales sont dotées d’une idéologie et d’un parti politique.

En avril 1919, Mussolini salue l’assemblée des « congrégations » économiques et offre son concours, qui n’est pas refusé.

Mais, c’est surtout à la fin de 1920, après les occupations des usines que les subventions des grands industriels et agrariens pleuvent dans ses coffres.

Autre précision importante que délivre Daniel Guérin

« A la fin de 1919, les grands industriels fournissent à Benito Mussolini les moyens nécessaires pour mener dans son organe le Popolo d’Italia – maintenant journal à grand tirage – une grande campagne pour les armements navals et aériens. Dans le numéro du 23 décembre [1919], Mussolini annonce qu’il va aussi engager la lutte pour une politique extérieure d’expansion »[8]

La grave crise économique de 1921 va pousser les classes dirigeantes italiennes à envisager le passage à un « État fort », au travers de la conquête du pouvoir par les fascistes, croyant qu’ensuite, ils pourront apprivoiser ces mercenaires-là, lesquels se borneront à exécuter les plans capitalistes de restauration de leurs taux de profit minés par la crise économique. Il serait temps, ensuite, d’écarter ces chiens de garde…

Un État fort, en effet, réduirait l’État à une chambre de commandes et une centrale d’achat pour l’industrie lourde, au détriment des autres branches, comme l’industrie textile, et les fabriques travaillant pour les produits de consommation de masse courants …qui devront alors être importés… depuis l’United Kingdom (Royaume uni – UK) voire la France.

Toujours est-il, à leur congrès de Rome, début novembre 1921,  les faisceaux-fasci donnent corps au Parti fasciste.

 

  • Le 20 décembre 1921, le conseil national du parti fasciste se donne comme mot d’ordre « A la conquête du pouvoir ».

 

Daniel Guérin expose simplement les objectifs fascistes :

«  … anéantir radicalement les libertés démocratiques ; briser les organisations ouvrières ; remettre à la direction de l’État des hommes dociles »

 

C’est ainsi que les squadristi, groupes paramilitaires mussolinistes en chemises noires, combattent  en mercenaires physiquement les socialistes, syndicalistes et communistes. Ensuite, s’imposent par la force, des syndicats fascistes.

 

La mise au pas

 

En Italie, Mussolini et ses chemises noires vont prendre le pouvoir parce que la révolution italienne ne trouve pas son débouché, en s’appuyant sur le besoin d’ordre d’une partie des couches populaires que son parti fasciste parvient à embrigader.

Mussolini arrive aux commandes gouvernementales en 1922 et assoit durablement sa dictature « d’un type nouveau » en 1924.

Syndicats et partis ouvriers sont alors écrasés, et tentent de survivre dans la clandestinité.

Wikipedia  rappelle:

« Le 11 juin 1924, Matteotti [Giacomo Matteotti, député socialiste]  est enlevé et assassiné par des squadristi fascistes. L'événement provoque la « sécession sur l'Aventin », c'est-à-dire le départ des députés d'opposition du parlement pour protester contre l'assassinat. Tout cela n'affecte pas le pouvoir de Mussolini car il n'est suivi d'aucune action politique concrète »

 

  • Nota Bene: A propos de ce drame, l’historien révolutionnaire Pierre Broué nous apprend que le 27 juin 1924, se tint « une grande manifestation pacifique contre le meurtre et la disparition de la victime [ Matteotti]» ; il cite les écrits d’un témoin : « il suffisait de voir les rues de Rome pour être convaincu qu’on attendait une action décisive. Toutes les rues conduisant au Tibre[9] étaient noires de monde. »[10]      

 

Le nazisme se greffe sur un magma ésotérique 

 

En 1920-1924, le fascisme et sa variante nazie représentent un phénomène politique nouveau. Il traduit l’incapacité de l’État à mater les révolutions « à l’ancienne » (comme en juin 1848 et mai 1871 en France) par le simple recours à son appareil militaro-policier.

 

Il lui faut alors recourir à une « troisième force » qui dresse la petite bourgeoisie angoissée par la perspective du déclassement et le lumpen-prolétariat contre la classe ouvrière et ses partis organiques, tout en essayant d’attirer dans son giron des ouvriers, en prenant au besoin des postures anarchistes, syndicalistes- révolutionnaires et socialistes patriotiques.

 

Mussolini, lui-même, ne devient pas fasciste par décret, il glisse progressivement sur cette pente fatale, prenant appui sur les points faibles des partis socialistes et communistes.

 

Mais, pour qui vit en temps réel, l’émergence du fascisme en Italie, ce phénomène politique « de type nouveau », est encore énigmatique et ambigu, dont on pourrait – qui sait – séparer le bon grain de l’ivraie.

 

 

Pour commencer oublions ce que nous avons retenu de l’Histoire pré-moyenâgeuse, de la Bible, du Coran.

 

« Terriens, race maudite… »

 

Depuis le milieu du siècle avant-dernier, des esprits avec un grand E hantent l’Histoire de notre espèce. Ce qui a écouté le groupe de Jazz-Rock Magma vous ont vaguement initiés à ce romantisme occulte qu’il a tenté de combiner avec le Jazz de John Coltrane, tout comme ces romantiques rétrogrades ont tenté de fusionner l’âge de pierre avec l’ère des managers. Dans les thématiques de l’époustouflant batteur, Christian Vander, nous ne trouverons pas de référence aux races. La « race maudite », ce sont les Terriens mais est-ce en référence à des êtres d’une planète mythique ou à des Surhommes ?

 

Surhommes …de « vérité » et « gai savoir »

 

Cette notion de Surhomme a été avancée par Nietzsche mais il me semble qu’elle n’impliquait pas, a contrario, l’existence de Sous-hommes. Les autres hommes seraient relativement inférieurs dans le registre du « Gai savoir ». Bien des propos de Nietzche résonnent comme une condamnation par avance du nazisme en gestation. Dans d’autres contextes, j’ai eu l’occasion de citer cet homme : «  La meilleure politique humaine est celle qui politique qui épargne la honte aux hommes ».

 Le jeune Trotsky ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque Nietzsche.

 « Nietzsche est devenu l'idéologue d'un groupe vivant comme un rapace aux frais de la société, mais dans des conditions plus heureuses que le misérable lumpenprolétariat : il s'agit du parasitenproletariat de calibre supérieur.

La composition de ce groupe dans la société contemporaine est assez hétéroclite et floue, étant donné l'extrême complexité et la diversité des relations à l'intérieur du régime bourgeois ; mais ce qui lie tous les membres de cet ordre disparate de chevalerie bourgeoise c'est le pillage déclaré, et en même temps (en règle générale, bien sûr) impuni, à une échelle immense, des biens de consommation, sans aucune (nous tenons à le souligner) participation méthodique au processus organisé de production et de distribution. » [11]

 

Le problème du surhomme se résous en ceci qu’il faut le créer et c’est par la sélection naturelle et eugéniste* que les nazis se proposent de le créer ou plutôt de la recrée, en purifiant le sang des germains et des saxons. Mais, nous n’en sommes pas encore à ce coin du détour.

 (*L’eugénisme peut être désigné comme « l’ensemble des méthodes et pratiques visant à améliorer le patrimoine génétique de l’espèce humaine » - définition Wiki).  

 

Allemagne : la révolution aiguillonne la contre révolution

 

Le 9 novembre 1918, le Prince Max de Bade, chancelier du Reich donne sa démission, l’empereur Guillaume II abdique. Le pays est pris dans une situation insurrectionnelle qui se propage rapidement. Le nouveau gouvernement est dirigé par le chef social-démocrate Philippe Scheidemann, lequel, sous la pression des ouvriers et des soldats, proclame la République pour prendre de cours les sociaux-démocrates de gauche regroupés dans l’USPD – parti social-démocrate indépendant et la Ligue Spartacus qui s’est détachée de l’USPD dont une partie des membres est réformiste. 

Le nouveau gouvernement, pour parer à la montée des Conseils ouvriers et de soldats «  soviétiques », convoque l’élection d’une assemblée constituante.

 

Le 11 novembre 1918, c’est l’armistice.

 

Le 15 novembre 1918, pour conjurer la révolution, « les dirigeants syndicaux liés à la social-démocratie concluent avec les patrons de la grande industrie une convention accordant aux ouvriers une série d'avancées (journée de huit heures, reconnaissance des syndicats comme représentants qualifiés des salariés, conventions collectives...) »

 

Au début du mois de janvier 1919, une nouvelle explosion révolutionnaire se produit à Berlin qui sera appelée la Semaine sanglante, elle sera réprimée sans merci.

 

Le 15 janvier 1919, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, capturés, et exécutés par cette Terreur blanche.

Rosa Luxemburg a d’abord été battue quasiment à mort avant d’être traînée jusqu’au Tiergarten de Berlin, pour y être exécutée. Politiquement, la responsabilité de cet acte de barbarie incombe à Ebert-Noske- Scheidemann, ministres SPD.

 

En mars, des grèves quasi-insurrectionnelles éclatent dans le bassin de la Ruhr et à Berlin. La répression déchaînée à Berlin laissera derrière elle un millier de morts.

 

Au même moment, dans la plus grande improvisation, galvanisée par les succès de l’éphémère République des Conseils en Hongrie, la République des Conseils de Bavière est proclamée le 3 avril 1919.

 

Un mois plus tard, cette République « soviétique » est écrasée –

 

Le 3 mai 1919. Les affrontements auront fait plus de 600 morts. Un certain Adolf Hitler aura été pris dans cette tragédie, sans trop savoir sur quel pied danser.

 

La contre –révolution a alors deux bouts : l’extrême-droite à un bout de cette chaîne et les plus hauts dirigeants sociaux-démocrates, à l’autre bout. Nous ne faisons ici aucun amalgame, ni raccourci : les ministres du SPD et les « Corps francs » marchent alors ensemble. Friedrich Ebert, le chancelier avait assuré : « 

« Je ne veux pas de la révolution, je la hais à l'égal du péché », il sera rapidement comme un vieil enfant pris dans ses sortilèges…

 

 

Sur les flancs des  corps francs (Freierkorps)

 

Disons-le plus nettement, les FREIERKORPS ont été la matrice du parti national-socialiste des travailleurs allemands- NSDAP

 

 

Rappelons que le Traité de Versailles a été signé le 28 juin 1919.

 

En novembre-décembre 1918, les armées allemandes sont disloquées par la défaite et la révolution.

 

Wikipedia rapporte : 

« Afin de s'assurer un nouveau gouvernement capable de conserver le contrôle du pays, Ebert s'allie avec l'OHL [Oberste Heeresleitung (le « Commandement suprême de l'armée de Terre »)], dirigé par le successeur de Ludendorff, le général Wilhelm Groener. »

 

Le ministre de l’Armée est le chef social-démocrate Gustav Noske. A l’encontre des spartakistes- communistes, Noske dira : 

 « Il faut que quelqu'un fasse le chien sanguinaire : je n'ai pas peur des responsabilités ».[12]

 

Un « chien sanguinaire »

 

  • Nota Bene: Qu’on me permette encore deux mots sur le sanguinaire Noske, empruntés à Wikipedia :
  • « Après la nomination d’Adolf Hitler à la chancellerie du Reich, il se retire de la vie politique. Il maintient des relations avec ses anciens camarades comme Carl Severing et Wilhelm Leuschner et s'attire en conséquence les foudres des nazis.
  • Il est mis quelques mois aux arrêts en 1937.
  • Soupçonné de complicité après la tentative d’assassinat d’Hitler du 20 juillet 1944, il est interné dans le camp de concentration de Fürstenberg/Havel, puis dans celui de Ravensbrück. Après sept mois de détention, il est transféré à Berlin dans la prison de Lehrter Strasse, d'où il est libéré par les Soviétiques en mai 1945».    

 

Toujours est-il qu’en décembre 1918, le gouvernement Scheidemann-Noske créé les Freierkorps – corps francs.

Ces milices sont formées par des officiers démobilisés, chargés de liquider la révolution spartakiste qui a éclaté à Berlin et va rebondir en Bavière. Une autre tâche leur est dévolue : la lutte contre les Polonais, les Lettons, les Estoniens.

 

Rappel :

 « Le général von Epp mène ainsi 30 000 soldats pour mater la République des conseils de Bavière en mars 1919. Près de 600 socialistes et communistes furent tués durant les semaines qui suivirent. » [Wikipedia]

 

« Le coup de poignard dans le dos »

 

Ensuite de quoi, les Freierkorps vont se retourner contre ces « socialistes » qui leur ont donné corps. Mais il leur manquait encore une âme.

 

Pour une partie des anciens combattants, l’Allemagne n’a pas été vaincue mais poignardé dans le dos par la révolution, par la république, par la démocratie,  par les spartakistes et les juifs, par l’arrière.

 

Le général Franz Epp  apportera son soutien, d’abord discret, au NSDAP dès 1920, avant de s’y incorporer quelques années plus tard

 

Le parti des travailleurs allemands- DAP, se forme à Munich, le 5 janvier 1919, devant un public de …24 personnes, et parmi elles, des employés des chemins de fer.

 

30 avril/1919

 

A Munich, les soldats de la Garde Rouge exécutent 10 otages, choisis principalement parmi des membres de la « Société de Thulé ». En réponse, les adversaires de la République des Conseils accentuent leur pression militaire. [13]

 

 

Au dire de Wikipedia

« Adolf Hitler a créé les SA à Munich le 8 août 1921 en réunissant d'anciens combattants, des officiers mécontents et des membres des corps francs (chargés de la répression des révolutionnaires communistes spartakistes pendant la révolution de 1918-1919), à la fondation, Emil Maurice devint l'Oberster[14] SA-Führer : le chef de la Sturmabteilung. [SA, peut se traduire par « sections d’assaut »] »

 Nous ferons nôtre la remarque de Kurt Tucholsky qui se réfère à Lénine de 1914 : «  Pour prendre position contre la guerre (en 1914) seule une « poignée de parlementaires » pouvaient s’exprimer avec quelque liberté sans être aussitôt empoignés, encasernés, sans être menacés d’exécution immédiate – une poignée de parlementaires exclusivement. Leur vote était libre, légal, ils pouvaient encore voter contre – cela ne vous valait pas, même en Russie, d’être battu ou maltraité, ni même arrêtés » ;     embraye : « Et, s’ils l’avaient fait ? demande la partie adverse. Aurait-ce interrompu la marche vers la guerre ? Non, mais les masses, les inorganisés et surtout les organisés auraient pris courage, auraient mieux perçu la réalité et auraient justement fait ce qu’on leur reproche maintenant, et qu’ils ont eu le tort de ne pas faire : poignarder l’armée dans le dos ! »[15]

 

Corps francs contre la Baltique

 

Une autre tâche est assignée à ces corps francs : la lutte contre les Polonais, les Lettons, les Estoniens.

[16]

A propos des Lettons, nous lisons dans Wikipedia :

« Alors que le traité de Versailles est ratifié le 23 juin, les alliés imposent le rétablissement dans ses fonctions du gouvernement provisoire et un arrêt des combats.

Les membres de la Division de fer qui ne sont pas nés en Lettonie doivent rentrer en Allemagne tandis que les unités allemandes d'origine autochtones sont placées sous commandement letton. Mais von der Goltz ne renonce pas et décide de se mettre au service des armées des Russes blancs. Il reconstitue en Courlande un corps d'armée de 24 000 hommes, les corps francs, composé de volontaires allemands, d'unités du 6e corps allemand et de 6 000 hommes de la Division de fer. Sous prétexte de soutenir l'offensive du général russe blanc Youdenevitch contre Petrograd, il fait marcher ses troupes en octobre 1919 sur Riga.

Après avoir occupé les faubourgs défendus par de maigres effectifs lettons, il est finalement repoussé par les tirs des canons de la flotte alliée qui, exaspérée par le double jeu allemand, a décidé d'intervenir.[17] Les corps francs, repoussées par les troupes lettones puis battus par les troupes lituaniennes le 11 novembre, se réfugient en Prusse en laissant derrière eux un sillage de destruction et de meurtres.

 

Le gros de l'armée lettone déclenche l'offensive début janvier 1920 en Latgale occupée par les troupes bolcheviques. Les tirailleurs lettons de l'Armée Rouge dont la fidélité n'est plus aussi sûre, ont été envoyés sur d'autres fronts et l'armée lettone affronte des troupes russes. Celles-ci sont progressivement repoussées et début février l'ensemble du territoire letton est reconquis.

 

Depuis septembre 1919 les dirigeants russes, dont les armées sont engagées sur de multiples fronts, souhaitent signer un armistice. Après de longues discussions avec les deux autres états baltes pour définir une position commune vis-à-vis de la Russie et régler des contentieux frontaliers, la Lettonie signe le 11 août 1920 le traité de Riga par lequel la Russie reconnait la république de Lettonie et renonce définitivement à toute revendication territoriale.

 

Par ailleurs le gouvernement letton conclut un accord avec l'Allemagne, par lequel la Lettonie renonce à exiger des compensations pour les dommages commis par les armées allemandes en échange de l'abandon des indemnités pour la nationalisation des terres des propriétaires germano-baltes. Cet accord ne sera jamais ratifié par l'Allemagne.

 

L’Italie sous la botte

 Au moment où la révolution trébuche en Allemagne, un nouveau Parti a surgi en Italie, sous la férule de Benito Mussolini (qui jusqu’en 1914 avait été un socialiste révolutionnaire fougueux et téméraire lié à Lénine et Rosa Luxemburg). Ce parti s’intitule en novembre 1921 parti fasciste.

 Le fascisme vient des « faisceaux » (Fasci), qui, à l’origine étaient des formations ouvrières socialistes ou anarchistes.

 Benito Mussolini passe, en 1915, du pacifisme révolutionnaire à l’interventionnisme. Il pervertit en les retournant, les thèses de Lénine sur la tendance à la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile des classes, pour pousser à la guerre comme étape nécessaire, la révolution, devant être précédée, selon lui, par la solution des « problèmes nationaux »…

Un cheval de Troie

 Eh oui, Benito Mussolini était jusqu’en 1914 un socialiste-révolutionnaire, proche de Lénine et de Rosa Luxemburg. Il était  également lié aux courants syndicalistes-révolutionnaires italiens, lesquels souffraient déjà d’élitisme et se prenaient pour « les intellectuels organiques du prolétariat », pour reprendre la formule d’Antonio Gramsci. Mussolini était aussi un activiste, un orateur, prêt à risquer sa vie pour La Cause, un « meneur ».

 Il aura d’abord été un Cheval de Troie dans le mouvement ouvrier italien, avant de devenir le chef de la contre-révolution, pour le compte des classes possédantes et  de l’Angleterre. Dans un premier temps, ses adeptes soutiennent les grèves…Comme une corde soutient un pendu.

Les années rouges

Nous l’avons souligné, au sortir de la guerre de 14, l’Italie a d’abord été le théâtre d’un « véritable essor révolutionnaire des masses » pour faire nôtre le propos de Daniel Guérin, auteur de ce livre de référence qu’est « Fascisme et grand capital ».

 Ce sont les années rouges. Les travailleurs arrachent de meilleurs salaires, la journée de 8 heures, les conventions collectives, leurs délégués du personnel.

Un mouvement d’occupation des usines se dresse face aux « capitaines d’industrie ». Sur les lieux de travail, les ouvriers gèrent la production au travers de leurs propres comités d’usine. Daniel Guérin relate :

 « Ils n’hésitent pas à violer le saint des saints du patronat, ouvrent les coffres forts dont le contenu leur révèle les secrets jalousement gardés, du prix de revient et du profit »[18]

Les paysans se lèvent en masse pour le partage des terres et ne voyant rien venir, passent à l’occupation des terres.

La bourgeoisie commence par reculer très loin et fait même miroiter le contrôle ouvrier. Dans ces conditions, renaissent les illusions en faveur d’une évolution, par la force tranquille qui permettrait d’éviter la lutte directe pour le pouvoir. La bourgeoisie minaude puis s’impatiente car elle a un plan B.

Mussolini, le mercenaire du grand capital italien

 Daniel Guérin dit alors qu’il existe en Italie deux féodalités : la féodalité agraire et la féodalité industrielle, il ajoute :

« Mais pas plus la féodalité industrielle que la féodalité agraire ne peuvent engager elles-mêmes la lutte contre le prolétariat organisé, industriel et rural. Elles confient ce soin à des bandes armées, entre autres les fasci de Benito Mussolini, qui s’intitulent les organes du « front unique antibolchevique ».

La mission confiée à ces bandes est de harceler la classe ouvrière, d’affaiblir sa capacité de lutte et de résistance, de manière à permettre aux industriels et grands propriétaires fonciers de regagner le terrain perdu.  Pour la première fois, les milices patronales sont dotées d’une idéologie et d’un parti politique.

En avril 1919, Mussolini salue l’assemblée des « congrégations » économiques et offre son concours, qui n’est pas refusé.

Mais, c’est surtout à la fin de 1920, après les occupations des usines que les subventions des grands industriels et agrariens pleuvent dans ses coffres.

Autre précision importante que délivre Daniel Guérin

« A la fin de 1919, les grands industriels fournissent à Benito Mussolini les moyens nécessaires pour mener dans son organe le Popolo d’Italia – maintenant journal à grand tirage – une grande campagne pour les armements navals et aériens. Dans le numéro du 23 décembre [1919], Mussolini annonce qu’il va aussi engager la lutte pour une politique extérieure d’expansion »[19]

La grave crise économique de 1921 va pousser les classes dirigeantes italiennes à envisager le passage à un « État fort », au travers de la conquête du pouvoir par les fascistes, croyant qu’ensuite, ils pourront apprivoiser ces mercenaires-là, lesquels se borneront à exécuter les plans capitalistes de restauration de leurs taux de profit minés par la crise économique. Il serait temps, ensuite, d’écarter ces chiens de garde…

Un État fort, en effet, réduirait l’État à une chambre de commandes et une centrale d’achat pour l’industrie lourde, au détriment des autres branches, comme l’industrie textile, et les fabriques travaillant pour les produits de consommation de masse courants …qui devront alors être importés… depuis l’United Kingdom (Royaume uni – UK) voire la France.

Toujours est-il, à leur congrès de Rome, début novembre 1921,  les faisceaux-fasci donnent corps au Parti fasciste.

 

  • Le 20 décembre 1921, le conseil national du parti fasciste se donne comme mot d’ordre « A la conquête du pouvoir ».

 

Daniel Guérin expose simplement les objectifs fascistes :

«  … anéantir radicalement les libertés démocratiques ; briser les organisations ouvrières ; remettre à la direction de l’État des hommes dociles »

 

C’est ainsi que les squadristi, groupes paramilitaires mussolinistes en chemises noires, combattent  en mercenaires physiquement les socialistes, syndicalistes et communistes. Ensuite, s’imposent par la force, des syndicats fascistes.

 

La mise au pas

 En Italie, Mussolini et ses chemises noires vont prendre le pouvoir parce que la révolution italienne ne trouve pas son débouché, en s’appuyant sur le besoin d’ordre d’une partie des couches populaires que son parti fasciste parvient à embrigader.

Mussolini arrive aux commandes gouvernementales en 1922 et assoit durablement sa dictature « d’un type nouveau » en 1924.

Syndicats et partis ouvriers sont alors écrasés, et tentent de survivre dans la clandestinité.

Wikipedia  rappelle:

« Le 11 juin 1924, Matteotti [Giacomo Matteotti, député socialiste]  est enlevé et assassiné par des squadristi fascistes. L'événement provoque la « sécession sur l'Aventin », c'est-à-dire le départ des députés d'opposition du parlement pour protester contre l'assassinat. Tout cela n'affecte pas le pouvoir de Mussolini car il n'est suivi d'aucune action politique concrète »

 

  • Nota Bene: A propos de ce drame, l’historien révolutionnaire Pierre Broué nous apprend que le 27 juin 1924, se tint « une grande manifestation pacifique contre le meurtre et la disparition de la victime [ Matteotti]» ; il cite les écrits d’un témoin : « il suffisait de voir les rues de Rome pour être convaincu qu’on attendait une action décisive. Toutes les rues conduisant au Tibre[20] étaient noires de monde. »[21]     

 

En 1920-1924, le fascisme et sa variante nazie représentent un phénomène politique nouveau. Il traduit l’incapacité de l’État à mater les révolutions « à l’ancienne » (comme en juin 1848 et mai 1871 en France) par le simple recours à son appareil militaro-policier.

 Il lui faut alors recourir à une « troisième force » qui dresse la petite bourgeoisie angoissée par la perspective du déclassement et le lumpen-prolétariat contre la classe ouvrière et ses partis organiques, tout en essayant d’attirer dans son giron des ouvriers, en prenant au besoin des postures anarchistes, syndicalistes- révolutionnaires et socialistes patriotiques.

 Mussolini, lui-même, ne devient pas fasciste par décret, il glisse progressivement sur cette pente fatale, prenant appui sur les points faibles des partis socialistes et communistes.

 Mais, pour qui vit en temps réel, l’émergence du fascisme en Italie, ce phénomène politique « de type nouveau », est encore énigmatique et ambigu, dont on pourrait – qui sait – séparer le bon grain de l’ivraie.

 

 

Le nazisme se greffe sur un magma ésotérique

Pour commencer oublions ce que nous avons retenu de l’Histoire pré-moyenâgeuse, de la Bible, du Coran.

 

Depuis le milieu du siècle avant-dernier, des esprits avec un grand E hantent l’Histoire de notre espèce. Ce qui ont connu le groupe de Jazz-Rock Magma vous en peut-être initié à ce romantisme occulte qu’il a tenté de combiner avec le Jazz de John Coltrane, tout comme ces romantiques rétrogrades ont tenté de fusionner l’âge de pierre avec l’ère des managers. Dans les thématiques de l’époustouflant batteur, Christian Vander, nous ne trouverons pas de référence aux races. La « race maudite », ce sont les Terriens mais est-ce en référence à des êtres d’une planète mythique ou à des Surhommes ?

 

Cette notion de Surhomme a été avancée par Nietzsche mais il me semble qu’elle n’impliquait pas, a contrario, l’existence de Sous-hommes. Les autres hommes seraient relativement inférieurs dans le registre du « Gai savoir ». Bien des propos de Nietzche résonnent comme une condamnation par avance du nazisme en gestation. Dans d’autres contextes, j’ai eu l’occasion de citer cet homme : «  La meilleure politique humaine est celle qui politique qui épargne la honte aux hommes ».

 

Le jeune Trotsky ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque Nietzsche.

 

« Nietzsche est devenu l'idéologue d'un groupe vivant comme un rapace aux frais de la société, mais dans des conditions plus heureuses que le misérable lumpenprolétariat : il s'agit du parasitenproletariat de calibre supérieur.

La composition de ce groupe dans la société contemporaine est assez hétéroclite et floue, étant donné l'extrême complexité et la diversité des relations à l'intérieur du régime bourgeois ; mais ce qui lie tous les membres de cet ordre disparate de chevalerie bourgeoise c'est le pillage déclaré, et en même temps (en règle générale, bien sûr) impuni, à une échelle immense, des biens de consommation, sans aucune (nous tenons à le souligner) participation méthodique au processus organisé de production et de distribution. » [22]

 

 

 

Le problème du surhomme se résous en ceci qu’il faut le créer et c’est par la sélection naturelle et eugéniste que les nazis se proposent de le créer ou plutôt de la recrée, en purifiant le sang des germains et des saxons. Mais, nous n’en sommes pas encore à ce coin du détour.

 

 

HELENA BLABATSKI, aventurière de l’Empire du Tsar et partisane d’unir des adeptes de maintes religions va fournir un des matériaux « théosophiques » que parasitent les racialistes germains après sa mort. Les théosophistes seront persécutés de la même façon que les Témoins de Jéhovah  à partir de 1935.

 

Helena Blabatski a accordé au Tibet une place prédominante et ésotérique car, par les habitants du « Toit du monde » se transmettait la télépathie, entre autre science paranormale.

 

Mais, je m’y perds dans mes notes. Pour m’y retrouver, je devrais avoir des notions de l’Antiquité, de mythologie grecque. Dommage ! Je ne saurais dire l’évolution supra-métaphysique des hyperboréens[23], des atlantidéens, de l’Age d’or et autres insondables mystères au-delà de toute connaissance, de  tout entendement. Ce qui nous importe ici, c’est l’Or du temps se transforme en un caillot plombé à l’Ère des inventions contemporaines, telle la TSF, l’électricité, l’aviation.

 

Une mystique excrémentielle (JL von Lebensfeld)

Tout naturellement et par pédantisme, ce parti infime soutient la Théozoologie fondée par Jörg Lanz von Liebenfels, viennois, moine cistercien défroqué que nous surnommerons ici une Mystique excrémentielle.  

 

« En 1905, il publie son essai Die Théozoologie, dans lequel il préconise la stérilisation des malades et, écrit-il, des « races inférieures », ainsi que leur mise au travail forcé, et glorifie la « race aryenne » en la dénommant « Gottmenschen » (Hommes-Dieux).

Niant l'existence de Dieu, Lanz justifie son idéologie raciale en lui conférant cependant des fondements bibliques : Ève (qu’il considère quasi-divine) eut des relations avec un démon, et enfanta les « races inférieures » ; ce qui d’après lui démontre pourquoi les femmes blondes succombent souvent au charmes des « hommes sombres ».

 

Cette situation ne peut être résolue que par un « dé-mélange racial », de façon que le « Chrétien Aryen » puisse « dominer à nouveau les hommes-bêtes à peau sombre » et ainsi accéder à la « divinité ».

 

Il propose la création de Zuchtklöster — « couvent de reproduction » —, où des femmes allemandes seraient fécondées par des mâles aryens. Dans ce même essai, il suggère l'idée de déporter les Juifs autrichiens et allemands à Madagascar ».                    

 

Hyperboléens

Comme on le voit, Hitler ne fera ensuite que corroyer, adapter, ajuster ces théories mystiques racistes, pour les soumettre à sa « tactique ». Dans l’attente, cette « science » représente tout ce que la culture et la société avait déféqué par haine des « lumières » et du « capitalisme rapace » symbolisé par l’usurier puis banquier juif, « marchand du temple »

 

Selon certaines versions de la « VRAIE » histoire de l’humanité, Les aryens puiseraient leur source au Tibet, ils porteraient en eux un don de TELEPATHIE que les mélanges d’aryens avec des races impures auraient annihilé. La race pure ayant été abâtardie, le moment serait venu de la REGENERER.

 

ATLANTIS aurait été dézinguée par un raz-de-marée fatal, les Chevaliers teutoniques puis les Templiers des croisades auraient alors pallié cette carence

 

 

Dans des temps immémoriaux, des humains se seraient accouplé avec des animaux. De la Zoophilie à la Théozoologie, il n’y avait sans doute qu’un pas. Ces accouplements auraient donné corps au juif, au slave, au tzigane, au nègre, au « malade mental », au bolchevik…

 

La guerre et l’eugénisme seraient les leviers de la REGENERATION.

 

Le messie serait encore dans la salle d’attente car Jésus, étant juif, ne peut être le messie.

 

Christ, comme concept viendrait de Krist (Cristal) ainsi que Philipp Kerr l’a relaté dans ses romans.

 

Ainsi le petit Caporal (rien à voir avec le grand café de Maisons-Alfort qui porte ce nom) n’aura rien à inventer, il trouvera toute prête une Weltanschauung brassée à Munich et au-delà, qui ne méritait pas d’être confinée dans de petits cercles aristocratiques déclassés. Il leur manquait une voix  gutturale, vibrante et trébuchante, illuminée contre les « Lumières » et une sorte de courage physique peuplé d’insomnies

 

 

C’est la vie qui les a menés là…

Dans les flancs des corps francs essaime une nébuleuse de groupes nationalistes furieusement anti- républicains et anti-libéraux, paramilitaires et judéophobes et qui, pour certains, se disent « socialistes », tels le « parti socialiste allemand ». En Bavière, ils tiennent des réunions dans les brasseries.

 

La Reichswehr, réduite à 100000 hommes, ne peut les incorporer en son sein.

 

Les corps francs sont tenus de se disparaître et de se fondre dans une vie sans avenir, lugubre même. Ces anciens combattants qui pensaient en juillet 1918 encore rentrer au pays couverts de gloire peuvent, au mieux, espérer devenir des employés sans horizon. L’amertume et la nostalgie les ronge.

 

La paix promise par Woodrow Wilson n’a pas tenu ses promesses, elle a débouché sur le diktat de Versailles.

Bien que gagnée à l’Est, la guerre s’est soldée par la mise au ban de leur pays, qui ne peut même pas prétendre à être représenté à la SDN. Tout au plus peuvent-ils arborer la croix de fer.

 

Il y a là tout prêt, le ferment du fascisme.

Le traité de Versailles a été bâti contre la révolution en Europe. En lieu et place d’une grande Allemagne dotée de colonies en Allemagne, ils ont écopé la première vague révolutionnaire. Il ne leur reste plus qu’à cogner, cogner, cogner.

 

Ce sont des réprouvés, virtuellement bannis, qui aspirent à la fraternité d’armes. «  C’est la vie qui vous a mené la »[24] pourrais-je fredonner si j’avais croisé les pionniers du nazisme, ou alors, si je les avais croisés dans une taverne de München – Munich ou alors je leur aurais chanté un tout autre refrain. Comme dirait mon amie Janine, « il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ».

 

Ce ferment s’insinue dans la société dès le 19ème siècle.

Le courant völkisch en est la synthèse vague et confuse d’une idéologie réactionnaire intrinsèquement judéophobe  

D’un autre côté, la xénophobie se fait parmi les ouvriers allemands de l’Empire austro-hongrois, notamment en Bohème -Moravie, du fait de la concurrence entre ouvriers qui y sévit. Des allemands y créent contre les travailleurs tchèques un parti des travailleurs allemands en 1912. Mais, dans leur esprit, il ne s’agit pas pour eux de susciter un « néo-socialisme »

 

Le DAP d’Allemagne voit le jour en le 5 janvier 1919. Ce « parti » est, à son point de départ, l’extension d’une secte. En janvier 1919, le jeune Adolf Hitler n’en est pas. Il est un vagabond qui cherche à se faire son trou qui le mette à l’abri du besoin de …travailler.

Le DAP, est constitué par l’ouvrier en serrurier Anton Drexler et le journaliste de sport Karl Harrer à Munich. Il est également issu de la Société de Thulé.

Thulé est un lieu mythique qui se confond avec l’Atlantide et une île qui serait située tout au Nord de l’Europe, dans la mythologie gréco-romaine antique. Une mythologie qui va être souillée, violée par d’obscurs individus qui veulent croire à un éternel recommencement de l’Histoire, un éternel retour conforme à leur vision du monde, un monde de races, de surhommes et de sous-hommes.

 

« Le svastika dextrogyre, la croix gammée, utilisée par les occultistes depuis le 18ème  siècle, a été proposée comme emblème du DAP par un militant membre de la société, lors du congrès de Salzbourg, la svastika étant considéré comme un symbole nordique ; il a néanmoins été modifié par Hitler peu après »[25]

 

Thulé, l’Atlantide et le « D.A.P »

 Rappel :

Le parti des travailleurs allemands- DAP, se forme à Munich, le 5 janvier 1919, devant un public de …24 personnes, et parmi elles, des employés des chemins de fer.

 

30 avril 1919

 A Munich, les soldats de la Garde Rouge exécutent 10 otages, choisis principalement parmi des membres de la « Société de Thulé ». En réponse, les adversaires de la République des Conseils accentuent leur pression militaire. [26]

 Ce « parti » est, à son point de départ, l’extension d’une secte. En janvier 1919, le jeune Adolf Hitler n’en est pas. Il est un vagabond, encore sous les drapeaux, qui cherche à se faire un trou individuel qui le mette à l’abri du besoin de …travailler.

Le DAP est issu en ligne directe de la Société de Thulé qui est établie à Munich mais existe également en Angleterre.

 

  • Thulé est un lieu mythique qui se confond avec et une île qui serait située tout au Nord de l’Europe, appelée également l’Hyperborée dans la mythologie antique dans la
  • A ses débuts, cette société de Thulé entend devenir une contre société secrète antimaçonniques.

 

 Le DAP est issu en ligne directe de la Société de Thulé.[27]

  

Du « DAP » au « NSDAP »

 

 

07 mars 1918

 

Anton Drexler, un mécanicien dans les ateliers de chemin de fer, crée un « Comité d’ouvriers libres en faveur d’une paix juste » dont le but est de rallier atour de l’effort de guerre la classe ouvrière abattue et affamée.

 Drexler dénonce avec force les théories marxisantes des sociaux-démocrates.

 Il réclame des mesures fermes contre tous ceux qui profitent de la guerre et veut voir les « Juifs et les étrangers » exclus des postes importants dans le pays.

Drexler a des liens avec la Société de Thulé, un groupe ultranationaliste fondé à Munich par un aventurier, le baron Rudolf von Sebottendorf

AH* est infiltré par l’armée dans le DAP à l’automne 1919…

 (* AH : adolf hitler)

Un caporal épinglé

 Le mieux, ce me semble, est de reprendre la trame de ce qu’a écrit Sir Ian Kershaw, dans un entretien qu’il a livré à l’Obs et qui remet certaines pendules à l’heure, y compris, vis-à-vis de ce que nous pouvons lire dans Mein Kampf – mon combat.

  Rappelons que durant quelques semaines, il y a eu une République des Conseils en Bavière – une république soviétique, qui a été écrasé par les Freierkorps (voir plus haut)

 

« Un chien perdu, fatigué »

 

Kershaw dit :

« Il [Hitler] est resté dans l'armée régulière et n'a donc pas combattu par les armes le pouvoir communiste »

 Adolf Hitler n’a donc pas appartenu aux Freierkorps. L’historien-biographe d’Hitler note :

« L’important pour Hitler, qui n'avait ni métier ni perspective, et tout juste 30 ans, c'était de pouvoir demeurer dans l'institution militaire »

 Hitler est alors délégué des soldats de son régiment au sein de la République des Conseils de Bavière. S’agit-il pour lui de contrer de l’intérieur les Conseils ou de rester dans le sens du vent ?

 Kershaw :

« Hitler ne serait sans doute jamais apparu sur la scène politique allemande, si, en mai 1919, un officier allemand ne s'était pas intéressé à lui. Le capitaine Karl Mayr commandait la section de renseignement de l'armée bavaroise »

Le capitaine Mayr a donc recruté Hitler. Hélas ! Outre le renseignement sur divers partis dont le fameux DAP, Hitler a pour mission de rééduquer ses camarades soldats sur une ligne nationaliste- antibolchevique

 

Kershaw :

« Hitler est d'abord envoyé pendant une semaine à l'université de Munich suivre les premiers "cours d'instruction antibolchevique ».

 A propos de sa première rencontre avec le futur chef du 3ème Reich, le capitaine Mayr écrira :

 "On aurait dit un chien perdu fatigué en quête de maître prêt à suivre quiconque lui témoignerait quelque bonté..."

 Il s'initie notamment à la finance internationale auprès d'un certain Gottfried Feder, un "économiste" qui prétendait distinguer le capital "productif" du capital "rapace", qu'il associait aux juifs.

 Feder deviendra l'"expert" économique du jeune parti nazi.

 Mayr dépêche ensuite Hitler dans une caserne comme instructeur politique auprès d'anciens prisonniers de guerre jugés peu fiables. Là, tous - Hitler le premier - découvrent les talents d'orateur hors du commun du caporal. "C'est un tribun-né qui, par son fanatisme et son style populiste, captive l'attention et oblige à penser comme lui", est-il écrit dans un rapport militaire.

 Il attire aussi l'attention par son antisémitisme particulièrement virulent. A un auditeur de sa conférence qui voulait des détails sur la "question juive", il plaidera, dans une lettre du 16 septembre 1919, pour l'"éloignement de tous les juifs". C'est le premier texte connu d’Hitler sur ce thème qui sera au coeur de sa pensée politique jusqu'à la fin. »

 

Après quoi, le DAP devient « national-socialiste » NSDAP : « parti national socialiste des travailleurs allemand »  Nazional socialisticher  Deutsche Arbeiter partei »

 En septembre 1919 :

 « [Mayr] lui demande de surveiller les activités d'un groupe ultranationaliste comme il en existe des dizaines à l'époque, le Parti ouvrier allemand.

 Mayr assurera plus tard qu'il avait demandé à Hitler de faciliter en sous-main, grâce à des fonds secrets gouvernementaux, l'essor de ce mouvement qui deviendra le Parti national-socialiste. En tout cas, c'est comme infiltré de l'armée qu’Hitler prend sa carte du futur parti nazi. Il continuera d'émarger à la section de renseignement pendant six mois, jusqu'en mars 1920, le temps de s'imposer comme l'orateur vedette du parti dans les brasseries munichoises… »

 Pour parler plus sèchement : Hitler est alors un mouchard.

Son « parti » est à la solde de la Reichswehr, l’armée allemande résiduelle. Son art ayant échoué aux portes des Beaux-arts de Vienne, avant-guerre, il entend mettre « de la vie dans son art » comme dirait Louis Jouvet.

 

Un anarchiste de droite

 Dès avant 1914, le premier souci d’Hitler est d’échapper, d’instinct, au travail (son père lui avait préparé un plan de carrière dans les douanes qui le rebutait) et comme chacun sait, il tenta d’être artiste-peintre.

 Il ne projetait pas sa vision du monde, ses obsessions, ses angoisses ou ses passions sur ses toiles. Pour survivre, il lui fallait produire des œuvres qui se vendent comme des cartes postales.

 Evidemment, il commença par connaître la guigne, il travailla comme ouvrier-manœuvre par intermittence pour survivre et il lut des ouvrages de vulgarisation pour se faire une idée de l’état du monde et des courants de pensée qui s’y faufilaient.

 Il avait peut-être des rêves de grandeur comme maintes personnes dont l’adolescence s’attarde. Ses échecs dans divers concours en vue d’acquérir un statut d’artiste trouvèrent a posteriori  une raison dans l’antisémitisme sous sa forme la plus mesquine.

 Avant tout, il avait une répulsion quasi anarchiste, antiétatique, de la Monarchie Austro-Hongroise et de la Dynastie des Habsbourg. Un anarchisme de droite, pourrait-on dire, Hitler qui a « exécré et haï la cage que représente l’Etat, où sévissent de vieux messieurs bornés comme des ânes » [28]

 Rejetant son pays, dans une sorte de fuite en avant dans l’impasse où il s’est tapi, il déserte au moment de son service militaire et gagne Munich…où la guerre le surprend. Ne sachant pas où aller ni comment vivre, il se jette à corps perdu dans cette lutte.

 Beaucoup ont cherché dans « l’enfance d’un Chef » le développement de ses traits destructeurs et sa fureur. Là encore, l’enfance de celui-là est prise trop souvent sous l’angle obtus de ceux qui connaissent la suite et la fin. Elle ne nous donne pas grand-chose de politiquement tangible, pas de prédisposition particulière à un rôle de monstre mondial hanté par l’idée d’extermination.

 Si nous devons par exemple comparer l’enfance misérable et terrible de Staline à l’enfance d’Hitler, nous nous dirons qu’Hitler, à l’abri du besoin, était « aux anges ».

 Hitler n’a pas été éduqué à la haine des juifs, par exemple, ni à « écraser autrui ».  Il semble en effet acquis que son antisémitisme remonte à …mai 1919. Pourtant dans son « Mein Kampf », Hitler a affirmé : «  c’est à Vienne que je suis devenu viscéralement antisémite et un farouche ennemi de l’idéologie marxiste »… ; Selon Guido Knopp, auteur d’une bio d’Hitler : « il paraît beaucoup plus vraisemblable qu’Hitler soit resté apolitique et qu’il ait fait preuve d’un antisémitisme religieux somme toute fort ordinaire à la fin de la Première guerre mondiale »[29]

 

Hitler, estafette en 14/18

 

Dans un article du magazine Valeurs actuelles, nous lisons dans un article basé sur les travaux des historiens Thomas Weber et de Sir Ian Kershaw[30], nous apprenons que

 

« Cinq jours après son arrivée au front, Hitler est promu caporal — Gefreiter. Il faut déjà suppléer les lourdes pertes dues aux combats. »              

Selon ces mêmes sources,

« Hitler est incorporé dans la 1ère compagnie du 16ème régiment d’infanterie de réserve bavarois, un régiment de supplétifs dont 70 % des recrues n’ont pas accompli de service militaire »

 

Le 29 octobre 1914, c’est  le baptême du feu en Belgique, lors de la première bataille d’Ypres.

« Hitler monte au front pressé d’en découdre, comme la plupart de ses camarades. Mais les coiffes grises des supplétifs démunis de casques à pointe les font prendre pour des Anglais, si bien qu’ils reçoivent par erreur des tirs allemands ! À l’issue de la bataille, considérée comme une victoire par les deux camps, de nombreux soldats allemands reçoivent la Croix de fer de seconde classe pour avoir franchi le feu ennemi. Hitler ne la recevra que le 2 décembre. »

Début octobre 1916 :

« Hitler est depuis quatre jours dans la Somme quand un obus frappe par erreur l’abri des estafettes. Blessé à la cuisse gauche, il est rapatrié par train sanitaire en Allemagne, à Beelitz, près de Berlin. Il y reste deux mois — « La ville est splendide, je me promène et je visite » —, puis retourne à Munich. Il y découvre l’activisme de groupes antisémites qui dénoncent le rôle des juifs dans le bourbier où s’est enfoncée l’armée allemande. Ces groupes font impression sur lui. Il saura s’en souvenir le moment venu. Le caporal regagne son poste à Noël 1916 »

 

Le 4 août 1918 :

« Le 4 août 1918, Hitler reçoit sa deuxième décoration, la Croix de fer de première classe. Il la doit à sa proximité avec les officiers qu’il côtoie depuis maintenant quarante mois, et notamment à un officier juif, Hugo Gutmann »

 

Dans la nuit du 13 au 14 octobre 1918

« Hitler inhale du gaz moutarde. Pour lui, la guerre est finie. Mais la défaite subie est une véritable meurtrissure. Elle renforce ses convictions nationalistes. À l’hôpital de Pasewalk, où il est soigné, un rapport psychiatrique le décrit ainsi : « Psychopathe présentant des symptômes hystériques. » Après quatre années de guerre en deuxième ligne, il quitte l’hôpital avec pour tout viatique un traitement pour troubles mentaux. »[31]

 

  • Nota bene: Juste une remarque à propos de cet article paru dans Valeurs actuelles, ces derniers temps, je n’aurais pas dit qu’Hitler était « à l’abri du front » même s’il n’a pas été précipité dans le chaudron de la machine affreuse. Il était salutaire de contrecarrer la légende d’un Hitler en première ligne que s’est forgée ce personnage. Cependant, les estafettes étaient des cibles vivantes, ses blessures en témoignent. Il n’avait pas, lui-même, cherché une « planque ».                

 Pour ce qui est du diagnostic psychiatrique peu amène, il doit néanmoins soumis au scepticisme médical, un seul diagnostic ne pouvant suffir, la médecine étant un art et non une science exacte.

Qu’un soldat gazé n’ait pas souffert de troubles psychiques eut été …anormal.

 

Mein Krampf (« connerie »).

 Hitler est d’ores et déjà « un révolutionnaire contre la révolution » comme il se définit lui-même lors de son procès en 1924[32]. Les SA encadrent déjà des dizaines de milliers de recrues…En prison, il séjournera avec Rudolf Hess. Officiellement, AH « dicte » Mein Kampf, mais il est possible que Hess se le soit dicté lui-même, Hitler se chargeant de la correction et de la finition.

 

Hitler, marxiste à l’envers ?

 Joachim Fest dit : «  Il [AH] emprunta plus encore à ses adversaires qu’à ses modèles et ses alliés (…) ce fut du marxisme qu’il tira l’enseignement le plus durable » puis ce grand biographe cite  AH :

 

«  J’ai beaucoup appris du marxisme. Je l’avoue sans ambages. Non pas son ennuyeuse doctrine sociale et du matérialisme historique, ce tissu d’absurdités…Mais leurs méthode m’ont instruit. Je me suis appliqué sérieusement avec quelles hésitations ces petits esprits, ces bureaucrates et ces boutiquiers ont débuté. Tout le national-socialisme est là-dedans. ; Je n’ai qu’à les emprunter et les mettre au point pour disposer de presque tout ce qui nous faisait défaut. Il me fallait simplement poursuivre avec logique les tentatives dans lesquelles la social-démocratie avait échoué dix fois, en particulier parce qu’elle avait voulu réaliser sa révolution dans le cadre d’une démocratie. Le national-socialisme est ce que le marxisme aurait pu être s’il avait brisé les liens absurdes et artificiels qui l’attachaient à un ordre démocratique ».[33]

 

Quelque chose cloche tout de même dans ce propos d’AH : les communistes, eux, avaient « brisé » avec « l’ordre démocratique » bourgeois.

 

1920 : le programme « socialiste » national des nazis

 Le programme des nazis en 1920, défini par eux comme un « programme à terme », gravé une fois pour toutes dans le marbre n’a jamais été « actualisé ». En voici quelques extraits :

 

  1. 1. Nous exigeons la constitution d'une Grande Allemagne, réunissant tous les Allemands sur la base du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

 

. Nous exigeons l'égalité des droits du peuple allemand au regard des autres nations, l'abrogation des traités de Versailles et de Saint-Germain

 

  1. Nous exigeons de la terre et des colonies pour nourrir notre peuple et résorber notre surpopulation.

 

4.. Pour être citoyen, il faut être de sang allemand, la confession importe peu. Aucun Juif ne peut donc être citoyen.

 

  1. Nous exigeons que l'État s'engage à procurer à tous les citoyens des moyens d'existence. Si le pays ne peut nourrir toute la population, les non-citoyens devront être expulsés du Reich.

 

  1. Il faut empêcher toute nouvelle immigration de non-Allemands4. Nous demandons que tous les non-Allemands établis en Allemagne depuis le 2 août 1914 soient immédiatement contraints de quitter le Reich.
  2. Considérant les énormes sacrifices de sang et d'argent que toute guerre exige du peuple, l'enrichissement personnel par la guerre doit être stigmatisé comme un crime contre le peuple. Nous demandons donc la confiscation de tous les bénéfices de guerre, sans exception.

 

  1. Nous exigeons la nationalisation de toutes les entreprises appartenant aujourd'hui à des trusts.

 

  1. Nous exigeons une participation aux bénéfices des grandes entreprises.

 

 

  1. Nous exigeons la création et la protection d'une classe moyenne saine, la remise immédiate des grands magasins à l'administration communale et leur location, à bas prix, aux petits commerçants. La priorité doit être accordée aux petits commerçants et industriels pour toutes les livraisons à l'État, aux Länder ou aux communes.

 

  1. Nous exigeons une réforme agraire adaptée à nos besoins nationaux, la promulgation d'une loi permettant l'expropriation, sans indemnité, de terrains à des fins d'utilité publique - la suppression de l'imposition sur les terrains et l'arrêt de toute spéculation foncière.

 

Les journaux qui vont à l'encontre de l'intérêt public doivent être interdits.

 

  1. Pour mener tout cela à bien, nous demandons la création d'un pouvoir central puissant, l'autorité absolue du parlement politique central sur l'ensemble du Reich et de ses organisations, ainsi que la création de Chambres professionnelles et de bureaux municipaux chargés de la réalisation, dans les différents Länder, des lois-cadre promulguées par le Reich.

 

 

Fort habilement, ce programme ne dit rien contre le parti communiste et le parti social-démocrate qu’il entend combattre l’un et l’autre, ni contre le principe démocratique en tant que tel. Il est censé passer pour un programme national-anticapitaliste.

 

Les nationalisations visent les « entreprises appartenant à des trusts » et non les banques.

 Ce patchwork ne saurait nous faire perdre de vue son « essence » :

 

  • Nous exigeons de la terre et des colonies pour nourrir notre peuple et résorber notre surpopulation.

 

C’est en regard de cette surpopulation (relative) que les nazis entendent ôter la qualité de citoyens aux étrangers et les juifs, en vue de pouvoir les chasser « selon les besoins ».49

 Un autre point peut retenir notre attention : les chambres professionnelles chargées de « réaliser » des lois-cadre. On ne nous dit pas ici de qui elles se composent mais on peut penser qu’elles sont chargées de prendre les décrets d’application de lois se bornant à tracer les grandes lignes des réformes économiques et sociales qu’entreprendrait un gouvernement du NSDAP. On peut penser que ces chambres seront des machines à laver les syndicats professionnels, à en faire des instruments de l’État, dotés de pouvoirs subsidiaires dans la cadre d’une organisation corporatiste de la société (basée sur les métiers où patronat et salariés seraient fédérés dans une même structure) censée supprimer la lutte des classes.

 

Le caractère pangermaniste de ce programme ne nous aura pas échappé. L’Allemagne a été unifiée sous la férule de la Prusse.

La Grande Allemagne devra l’être sous la férule de l’Allemagne actuelle et absorber les territoires allemands rattachés à la Pologne par le Traité de Versailles, l’Autriche née de la dislocation de l’Empire austro-hongrois, la Suisse alémanique, les Sudètes rattachés à la Tchécoslovaquie et, qui sait, le Tyrol italien. Sans oublier l’Alsace- Lorraine.

 

 

 

 

 

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustav_Noske

[2] http://www.encyclopedie.bseditions.fr/article.php?pArticleId=113&pChapitreId=34347&pArticleLib=1919+%5BNazisme%A0%3A+au+fil+des+jours+%282i%E8me+guerre+mondiale%29%5D

[3] Suprême.

[4] Kurt Tucholsky – Chroniques Allemandes. Balland 1960. Pages 148/149

[5] https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Latvian_Independence_War_1918.svg

[6] On peut penser que les forces alliés craignaient d’abord la mobilisation populaire pour l’indépendance, décrite dans le film La bataille de la Baltique… « Les alliés resteront neutres – puis ils se mettront du côté du plus fort »…

[7] Daniel Guérin – Fascisme et grand capital- Petite collection Maspéro-1969 – page 24.

[8] Op.cit. – page 24 à 26.

[9] Le Tibre (latin Tiberis, italien Tevere) est un fleuve italien qui se jette dans la mer Tyrrhénienne. C'est le plus long fleuve d'Italie après le Pô et l'Adige (wikipedia)

[10] Pierre Broué. Histoire de l’Internationale Communiste 1919-1943. Fayard, 1997. Page 396.

[11] A propos de la philosophie du surhomme- 23 décembre 1900 --- https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/litterature/nietzsche.htm

 

 

[12] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustav_Noske

[13] http://www.encyclopedie.bseditions.fr/article.php?pArticleId=113&pChapitreId=34347&pArticleLib=1919+%5BNazisme%A0%3A+au+fil+des+jours+%282i%E8me+guerre+mondiale%29%5D

[14] Suprême.

[15] Kurt Tucholsky – Chroniques Allemandes. Balland 1960. Pages 148/149

[16] https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Latvian_Independence_War_1918.svg

[17] On peut penser que les forces alliés craignaient d’abord la mobilisation populaire pour l’indépendance, décrite dans le film La bataille de la Baltique… « Les alliés resteront neutres – puis ils se mettront du côté du plus fort »…

[18] Daniel Guérin – Fascisme et grand capital- Petite collection Maspéro-1969 – page 24.

[19] Op.cit. – page 24 à 26.

[20] Le Tibre (latin Tiberis, italien Tevere) est un fleuve italien qui se jette dans la mer Tyrrhénienne. C'est le plus long fleuve d'Italie après le Pô et l'Adige (wikipedia)

[21] Pierre Broué. Histoire de l’Internationale Communiste 1919-1943. Fayard, 1997. Page 396.

[22] A propos de la philosophie du surhomme- 23 décembre 1900 --- https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/litterature/nietzsche.htm

 

 

[23] Borée (en grec ancien Βορέας / Boréas, littéralement « le vent du nord »), dans la mythologie grecque, est le fils d'Éos (l'Aurore) et d'Astréos. Il est la personnification du vent du nord, l'un des quatre vents directionnels.

 

 

[24] Thème du groupe jazz-rock Magma

[25] https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_Thul%C3%A9

[26] http://www.encyclopedie.bseditions.fr/article.php?pArticleId=113&pChapitreId=34347&pArticleLib=1919+%5BNazisme%A0%3A+au+fil+des+jours+%282i%E8me+guerre+mondiale%29%5D

[27] https://www.elishean.fr/la-societe-secrete-thule/

 

[28] Cité et référencé par Guido Knopp- HITLER-Grincher éditeur- 1998 – page 96 

[29] Guido Knopp- HITLER-Grincher éditeur- 1998 – page 113.

[30] https://www.valeursactuelles.com/histoire/leur-grande-guerre-3/5-le-caporal-hitler-a-labri-du-front-42422

[31]

[32] Joachim FestHitler – jeunesse et conquête du pouvoir. Gallimard éditeur. 4ème trimestre 1973. Page 93 

[33] J. Fest – op.cit.- pages 145,146.

[34] https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_06.htm

[35] Louis Gill – Economie mondiale et impérialisme – Boréal express- éditeur- 1983 – page 50

[36] https://www.les-crises.fr/reparations-3-lhyperinflation-allemande-de-1923/

[37] http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Occupation%20de%20la%20Ruhr/fr-fr/

[38] Pierre Broué. Histoire de l’Internationale Communiste 1919-1943. Fayard, 1997. Page 311.

[39] https://fr.wikipedia.org/wiki/Putsch_de_Kapp

[40] Borée (en grec ancien Βορέας / Boréas, littéralement « le vent du nord »), dans la mythologie grecque, est le fils d'Éos (l'Aurore) et d'Astréos. Il est la personnification du vent du nord, l'un des quatre vents directionnels.

 

 

[41] Thème du groupe jazz-rock Magma

[42] https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_Thul%C3%A9

[43] http://www.encyclopedie.bseditions.fr/article.php?pArticleId=113&pChapitreId=34347&pArticleLib=1919+%5BNazisme%A0%3A+au+fil+des+jours+%282i%E8me+guerre+mondiale%29%5D

[44] https://www.elishean.fr/la-societe-secrete-thule/

 

[45] Cité et référencé par Guido Knopp- HITLER-Grincher éditeur- 1998 – page 96 

[46] Guido Knopp- HITLER-Grincher éditeur- 1998 – page 113.

[47] https://www.valeursactuelles.com/histoire/leur-grande-guerre-3/5-le-caporal-hitler-a-labri-du-front-42422

[48]

[49] Joachim FestHitler – jeunesse et conquête du pouvoir. Gallimard éditeur. 4ème trimestre 1973. Page 93 

[50] J. Fest – op.cit.- pages 145,146.

[51] https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_06.htm

[52] Louis Gill – Economie mondiale et impérialisme – Boréal express- éditeur- 1983 – page 50

[53] https://www.les-crises.fr/reparations-3-lhyperinflation-allemande-de-1923/

[54] http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Occupation%20de%20la%20Ruhr/fr-fr/

[55] Pierre Broué. Histoire de l’Internationale Communiste 1919-1943. Fayard, 1997. Page 311.

[56] https://fr.wikipedia.org/wiki/Putsch_de_Kapp

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