HORS- SERIE : UNE GUERRE QUI SE CHERCHE 1939/1940

Nous allons tenter ici d’explorer la phase qui commence par le début de la guerre ouverte en Europe, fin août 1939, jusqu’au moment, juin 1941, où commencera la « guerre à l’Est ». Les soldats vont macérer dans une sorte de mélasse qui vaut « attaque au moral » insidieuse, lancinante. Ici, nous tentons de faire des fouilles d’août 1939 à mai 1940

France – England : De Guerre lâche

 

 Entendons-nous d’abord sur l’épithète « lâche » : il n’est pas question ici de la lâcheté de l’État-major, du gouvernement civil, de l’UK ou des USA ; mais bien plutôt de ce qui « n’est pas tendu, pas serré » (voir : Le Petit Robert) sans, pour autant être élastique.

     En France, le décalage entre les sentiments et la tristesse populaires, d’une part, et l’euphorie belliqueuse des classes possédantes et de leurs représentations politiques, se voit nettement. La détresse se lit sur le visage des femmes et des enfants qui regardent partir au front 5 millions d’hommes. Nombreux sont ceux qui s’étaient jurés en 1918 qu’ils ne vivraient plus jamais cette Chose affreuse. Ils y retournent avec leurs fils, cette fois.

 Ce désespoir nourrit l’illusion que tout ça se terminera par un Arrangement avec A.H ou qu’avec l’aide des USA, des colonies françaises et britanniques, le Führer sera vaincu en moins de deux puisque la French Army est la plus forte du monde, en hommes d’active et de réserves, en matériel (mais est en retard sur l’Allemagne dans le domaine de l’aviation).

 La Wehrmacht se lance contre la Pologne, flanquée de SS sadiques pour la plupart  ou rendus tels.

 

À 04 h 45 les forces allemandes envahissent le pays sans déclaration de guerre. Le nom de code de cette opération est : Fall Weiss (Plan Blanc). Les Allemands assignent 52 divisions pour l'invasion (environ 1 500 000 hommes), incluant la 6ème division blindée et toutes leurs unités motorisées.

 Un message officiel annonce que l'armée régulière polonaise a commencé à ouvrir le feu sur les Allemands le long de la frontière et que la riposte commença à 4 h 45. Hitler s'adresse au Reichstag durant le jour, annonçant : "Je suis déterminé à éliminer des frontières allemandes l'élément d'insécurité et l'atmosphère qui ressemble en permanence à la guerre civile ".

 En fait, ce sont des prisonniers allemands qui ont joué le rôle des fameux agresseurs polonais… avant d’être lâchement passés par les armes.

Salauds de polaks qui ont préféré agresser lâchement l’Allemagne, lorsqu’ avait expiré l’ultimatum enjoignant la Pologne à négocier les conditions dictées de mise en place d’un simple couloir dans un corridor. Les Reichiens ne font que de se défendre. C’en est imparable au pays des mots. Au pays des maux, c’est un hachoir.

 Parmi les prisonniers figurants de cette sale mise en scène, beaucoup perdront la vie. Ils jouaient sur les planches de la mort. Ici, pas de « chiqué ».

 Le président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, souvent appelé par ses initiales FDR, lance un appel à une interdiction sans discernement des bombardements de civils et des villes non défendues.

 Le gouvernement de Sa majesté exige le retrait des troupes allemandes de Pologne. Le gouvernement Daladier fait de même et proclame la Mobilisation générale, il décrète l’État de siège.

La Wehrmacht se lance contre la Pologne, flanquée de SS sadiques pour la plupart  ou rendus tels.

 À 04 h 45, les forces allemandes envahissent le pays sans déclaration de guerre. Le nom de code de cette opération est : Fall Weiss (Plan Blanc). Les Reichiens assignent 52 divisions pour l'invasion (environ 1 500 000 hommes), incluant la 6ème division blindée et toutes leurs unités motorisées.

 Hitler s'adresse au Reichstag durant le jour, annonçant : "Je suis déterminé à éliminer des frontières allemandes l'élément d'insécurité et l'atmosphère qui ressemble en permanence à la guerre civile ".

 Le président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, souvent appelé par ses initiales FDR, lance un appel à une interdiction sans discernement des bombardements de civils et des villes non défendues. 

 Le gouvernement de Sa majesté exige le retrait des troupes allemandes de Pologne. Le gouvernement Daladier fait de même et proclame la Mobilisation générale, il décrète l’État de siège.   

 Le gouvernement mussoliniste avait assuré qu’il ne prendrait part à aucune joute militaire tandis que le gouvernement norvégien met en avant sa non-belligérance.

 Le gouvernement nazi annonce le 02 septembre 1939 que la neutralité norvégienne sera respectée à condition que la Grande-Bretagne et la France fassent de même.

 « Un caniche mouillé »

D’emblée, Il incombe de rappeler à l’encontre de plusieurs récits parlés ou écrits que :

 «  Le Führer ne croit pas que l’Angleterre interviendra. Personne ne le sait pour le moment », confiait Goebbels à son journal à la veille de l’offensive allemande contre la Pologne

[49]Reuth, Tagebücher, op. Cit. III, p. 1323, le…

  Or, le 03 septembre 1939, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne. Paul Schmidt, interprète en chef du ministère des Affaires étrangères, révèle que Göbbels, ayant appris ces déclarations de guerre dans l’antichambre de la salle de travail de Hitler, dit que le Führer était « abattu et songeur, il ressemblait littéralement au caniche mouillé du proverbe » [50] Reuth, Goebbels, op. Cit. p. 256.53][1]    

 Ce 02 septembre 1939, mobilisation générale en Suisse. Deux jours plus tard, une ordonnance fédérale helvétique interdit à tout ressortissant suisse de soutenir ou d’entreprendre un acte hostile à un belligérant. En novembre 1939, le Conseil fédéral refusera toute autorisation aux Suisses qui souhaitent s’engager comme volontaires dans une armée étrangère

Le 02 septembre 1939, toujours, Mussolini déclare encore une fois la neutralité du pays et lance un appel aux 5 puissances pour une conférence de paix.

 Le 3 septembre 1939

11 h 15, Chamberlain annonce que la guerre a commencée. Un cabinet de guerre est formé, sous l’égide de Chamberlain, il « s’ouvre » à Churchill, en tant que Premier Lord de l’Amirauté et à Antony Eden, tous deux partisans de faire la peau à l’Allemagne.

Dans l'après-midi, à 17 h, le gouvernement français déclare la guerre avant même que l’ultimatum anglo-français n'expire.

 Il faudrait avoir l’oreille fine et sémantique. C’est la FR qui déclare la guerre, pas l’UK. Le Premier ministre anglais a simplement fait observer que la guerre a commencé et lancé un ultimatum dont la FR n’attend pas l’expiration.

En France, le Parlement n’a voté ni crédits de guerre, ni déclaration de guerre, tout au plus une rallonge budgétaire comme il en existe tous les ans en régime parlementaire. Côté british, Chamberlain- Halifax ont mis le parlement en vacances, dès avant, jusqu’en octobre.

Ce qui se produit ce 03 septembre 1939 procède de l’emballement des circonstances qui peut être schématisé comme suit :

  1. Le Reich ne croit pas que les franco-anglais vont honorer leur engagement aux côtés de la Pologne
  2. La France prend l’initiative de déclarer la guerre au Reich
  3. Le Reich se rue sur la Pologne

 

Daladier dit à la radio :

Françaises et Français !

 Depuis le 1er septembre au lever du jour, la Pologne est victime de la plus brutale et de la plus cynique des agressions. Ses frontières ont été violées. Ses villes sont bombardées. Son armée résiste héroïquement à l'envahisseur. 

La responsabilité du sang répandu retombe entièrement sur le gouvernement hitlérien. Le sort de la paix était dans les mains de Hitler. Il a voulu la guerre. 

La France et l'Angleterre ont multiplié leurs efforts pour sauver la paix. Elles ont fait ce matin encore une pressante intervention à Berlin pour adresser au gouvernement allemand un dernier appel à la raison et lui demander l'arrêt des hostilités et l'ouverture de négociations pacifiques.

L'Allemagne nous a opposé un refus. Elle avait déjà refusé de répondre à tous les hommes de cœur dont la voix s'était élevée ces temps derniers en faveur de la paix du monde. 

Elle veut donc la destruction de la Pologne afin de pouvoir assurer avec rapidité sa domination sur l'Europe et asservir la France.

En nous dressant contre la plus effroyable des tyrannies, en faisant honneur à notre parole, nous luttons pour défendre notre terre, nos foyers nos libertés.

J'ai conscience d'avoir travaillé sans trêve ni répit contre la guerre jusqu'à la dernière minute.

Je salue avec émotion et avec tendresse nos jeunes soldats qui vont accomplir maintenant le devoir sacré que nous avons nous-mêmes accompli. Ils peuvent avoir confiance dans leurs chefs, dignes de ceux qui ont déjà mené la France à la victoire.

La cause de la France se confond avec celle de la justice. Elle est celle de toutes les nations pacifiques et libres. Elle sera victorieuse. 

 

Français et Françaises !

 Nous faisons la guerre parce qu'on nous l'a imposée. Chacun de nous est à son poste sur le sol de France, sur cette terre de liberté où le respect de la dignité humaine trouve un de ses derniers refuges. Vous associerez tous vos efforts dans un profond sentiment d'union et de fraternité pour le salut de la patrie.

Vive la France !


(Le Temps du 5 septembre 1939)[2]

 « Nous faisons la guerre parce qu’on nous l’a imposée »[3] dit Edouard Daladier. Qui est « on » ? Un Hitler ? Un Chamberlain ou un Reynaud, qui sait ?

Pourtant, en apparence, l’heure est à l’Union sacrée. C’est écrit sur la façade et joué à la flûte désenchantée, au trombone de Jéricho- Cocorico et au violon dingue.

 Puisque nous évoquons la Belgique, rappelons que ce Royaume est redevenu neutre au moment de l’occupation-militarisation reichienne de la Rhénanie- Rheinland en mars 1936. [voir infra\ L’occupation – militarisation de la  Rhénanie\page 200].

Avant 1936, et lorsque que la Ligne Maginot fut achevée en 1932 par le ministre Paul Painlevé, la Belgique et la FR étaient  solidement unies. Ce qui explique les pointillés de cet ouvrage frontalier sur lequel nous allons revenir, à main levée pour ma part.

 Union sacrée pour« abattre l’Allemagne » ?

 

Le 08 septembre 1939, le général Gamelin déclare, devant le Comité de guerre

  « C'est, en même temps que son régime actuel, la puissance de l'Allemagne que nous devons abattre pour la mettre hors d'état d'allumer périodiquement l'incendie en Europe ».[4]

 De la même manière, deux semaines après le début de la guerre le journal royaliste et antisémite Action Française titre :

 « Pour que les sacrifices ne soient pas vains : il faudra détruire l'unité Allemande ».[5]           

 Le Parti Communiste Français est banni de cette Union sacrée. Il est encore dans de nombreuses régions le Parti du prolétariat industriel.

 De son côté, dans La Guerre des occasions perdues, le général Alphonse Goutard écrira :

 « L’ombre de 1 500 000 morts de la Grande Guerre plane sur nos réserves appelées au nouveau « casse-pipe » (…) La hantise des pertes pèsent sur tous, chefs et troupes ».           

(Page 107).

Il ajoutera « Cependant, ce moral réticent, il appartient au Commandement de le redresser (…) A lui de rendre confiance à cette Armée mobilisée ». N’étaient-ce pas « les forces vives du pays » ?

 Il assure : « la race n’a pas dégénérée ».

(Page 108) « Les français de 1940 sont de la même pâte que ceux de 14 ».[6]

 

Qu’importe si « les forces vives du pays » ont un « moral réticent » (A. Goutard est Capitaine en 1939), Or, même avec la plus belle détermination, le Haut- Commandement ne peut pallier le désastre politique que connaît le pays.

Même le meilleur des entraîneurs militaires ne peut dissiper le dégoût qui s’est accumulé. « On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs » dit A. Goutard à propos de la guerre. Mais ces œufs-là sont pourris : les salaires sont redevenus des pécules de misère tandis que s’accuse le vieillissement de la population.  

Seulement voilà, la guerre impose la paix sociale la plus stricte et, dans la foulée, la censure et « les privations de liberté » de tout individu « passible de porter ombrage au moral des troupes », de tout « étranger indésirable »… et de tout réfugié allemand, fût-il social-démocrate ou  juif.

Pour couronner le tout, le stalinisme après avoir prôné le « Front des français » contre le fascisme étranger s’acoquine avec Hitler, est présentement une source de démoralisation « en direct » de la classe ouvrière de France.

 Aussi bien, du moment que La Paix sociale est sauve, la FR peut prétendre abattre l’Allemagne ». A ce propos, Frédéric Seager[7] explique :

 « Pour Maurice Colrat, ancien ministre de la Justice, la faute principale avait été d'accepter des garanties formelles, et non réelles, de sûreté : Toute l'histoire, d'ailleurs, nous enseigne que seules les garanties territoriales sont réelles. En pratique, cela signifiait le morcellement de l'Allemagne — une idée qui, sans avoir été exprimée officiellement par les Pouvoirs publics, était déjà très répandue en France.

[…]         

Le désir de briser le Reich n'était pas limité aux milieux d'extrême-droite ; on en trouve des échos dans la presse modérée. Ainsi, le journaliste Camille Mauclair proposait la restauration des trente-neuf États de l'Allemagne pré-bismarckienne comme la « seule solution pour notre sécurité future ».

Le grand défaut du traité de Versailles, selon son confrère Victor Giraud, avait été de maintenir, voire de consolider, l'unité allemande : Une fois de plus, l'Allemagne a fait la preuve qu'elle est foncièrement incapable de s'articuler à une Europe pacifique... Il ne faut pas qu'elle récidive. Nous briserons son unité malfaisante...

Un journaliste américain décelait un consensus général en France en faveur d'un démembrement de l'Allemagne. Lorsqu'une délégation de parlementaires britanniques visita la France à la fin de novembre, leurs homologues français revendiquèrent pour leur pays la rive gauche du Rhin ». (F. Seager Op.cit.) [8]

 A défaut de pouvoir briser à court terme l’unité de la nation allemande, il est grand temps d’annexer d’urgence la Rhénanie (Ruhr, Sarre…)

Dès lors, sous couleur d’aider la Pologne, commence l’exercice de l’Offensive de la Sarre qui devrait donner du baume au cœur aux beaux moqueurs de la piétaille…

 

L’in-offensive de l’armée française (09 au 17 septembre)

Le Commandement, quoi que l’on en pense, a de quoi être décontenancé. En septembre 1939, il est question de démembrer l’Allemagne tout en sauvant la Pologne. De prime abord, l’ennemi va rapidement être désarçonné sur les deux fronts, spéculent les Politiques.

 Wikipedia rappelle :

« L’offensive française avance de dix kilomètres en territoire allemand.

 Les populations civiles allemandes ont été évacuées et mises à l’abri des combats, tout ce qui permet de se ravitailler a été emporté ou saboté, des dizaines de milliers de mines antipersonnelles (S-Mine) et antichars (Teler-Mine) ont été installées sur les routes, les chemins, les ponts, les places, dans les maisons. Le 8 septembre, les deux groupes de reconnaissances sont atteints par les mines, les survivants doivent renoncer. Le 9 septembre à 3 heures 50 du matin, quatre divisions blindées lancent une offensive dans le secteur de la Sarre et de la Blize. Les Allemands font immédiatement sauter tous les ponts sur les cours d'eau. Plusieurs dizaines de chars sont détruits par les mines.

 

La Première armée allemande a l'ordre de ne pas faire de contre-offensive, de laisser les unités françaises avancer et de n'opposer qu'une guerre de sabotage et d'escarmouches. (…)

En traversant les villages allemands, les Français ne rencontrent aucune résistance frontale, mais certains secteurs sont minés par les Allemands, ce qui occasionne des pertes. Les troupes françaises sont parfois retardées durant deux jours. La lente offensive française atteignit son sommet le 12 septembre avec une pénétration de 8 kilomètres en Allemagne. Dans un village, une seule mitrailleuse allemande contint l'avance française pendant plus d'un jour. Le 21 septembre, Maurice Gamelin donne l'ordre de retraite en direction de la Ligne Maginot. Certains généraux comme Giraud ne sont pas d'accord, voyant une occasion incroyable pour les forces françaises dans la Sarre. Le 17 octobre, les dernières forces françaises de couverture quittent le territoire allemand. Selon l'historien François Cochet, l'opération de la Sarre a été conçue « comme une forte reconnaissance armée plutôt que comme une offensive générale » [9]

 Quatre jours après avoir déclaré la guerre à l'Allemagne, l’Armée française commandée en chef par le général Gamelin franchit la frontière allemande le 7 septembre 1939 pour pénétrer dans la Sarre.

 Puisque la guerre a commencé, pourquoi ne pas la faire, pendant que nous y sommes ? Alphonse Goutard,  pense se faire l’interprète, en 1956, de l’état d’esprit des « forces vives » mobilisées, en notant :

 « La France ne lui demande pas [au Commandement] de rester complètement passif ni d’éviter les pertes (…). Le pays lui demande simplement qu’on ne lui impose des sacrifices inutiles ou hors de proportions avec les résultats atteints »

 En effet, ces opérations cessent aussi sec le 18 septembre 1941.

 Il y’ a alors 85 divisions françaises le long de la frontière allemande contre 34 divisions de la Wehrmacht (09/39). La veille, la Pologne a été envahie à l’est par l’armée rouge.

Bilan :

 Côté FR : 2 000 (morts, blessés, malades)      

 Côté Reich : 196 tués, 114 disparus, 356 blessés, 11 avions détruits

La chasse aux communistes,  pivertistes,  trotskystes,  anarchistes

 

 Le 26 août 1939, Les quotidiens communistes l’Humanité et Ce soir sont frappés d’interdiction.

 Le 26 septembre 1939, Daladier décrète la dissolution du Parti communiste sous prétexte de soutien au pacte Germano-Soviétique. Quoi que l’on puisse penser de ce pacte, il s’agit d’un coup porté considérable porté contre les libertés démocratiques fondamentales... Le 26 septembre 1939, Daladier et Reynaud ont donc décrété l’interdiction du parti communiste, est « élargie » aux groupements trotskystes, au Parti du Peuple Algérien animé par Messali Hadj et aux partisans de Marceau Pivert qui, après l’exclusion de la gauche révolutionnaire de la SFIO avait formé le PSOP[10]. Les anarchistes sont, eux aussi, sous le coup de cette mesure. Si Léon Blum proteste contre cette mesure, les députés SFIO l’avalisent sans aucun état d’âme.

 De l’aveu de Léon Blum (cité par Georges Lefranc), la majorité des cadres de la SFIO, trouvent cette mesure « naturelle et légitime ». Cette mesure est d’autant plus perfide que les organisations trotskystes, le PSOP et les anarchistes ne sont en rien liés par le Pacte germano-soviétique.

04 octobre 1939

Maurice Thorez, responsable du parti communiste et mobilisé en tant que soldat, déserte et rejoint l'URSS. Il semble que Thorez n’ait pas obtempéré de gaieté de cœur à cet oukase.

 08 octobre 1939

Arrestation en France de 44 députés communistes.

Ces mesures sont prises en représailles à l’entrée des troupes soviétiques en Pologne, dans la partie qu’octroie à Staline le pacte dans ses clauses secrètes.

Qui veut abattre le Reich  nazi ?

 Le 10 octobre 1940, Daladier explique :

 « Ni la France, ni la Grande-Bretagne (...) ne sont entrées en guerre pour soutenir une sorte de croisade idéologique. ».

 « Nous avons pris les armes contre l'agression ; nous ne les reposerons que lorsque nous aurons des garanties certaines de sécurité, d'une sécurité qui ne soit pas mise en question tous les six mois ». [11]

 Mine de rien, Daladier esquisse un nouveau partage de l’Europe.

Non, non, la France et l’Angleterre ne sont pas en guerre pour détruire le régime nazi souligne-t-il comme pour rassurer. L’Europe centrale, dont la Tchéco et la Pologne, elle est à vous, monsieur le Führer-Chancelier, qu’on le veuille ou non. On n’est pas des croisés, nous autres. Mais à l’Ouest, ne touchez à rien. Offrez nous des garanties concrètes. La Sarre, ou bien ?

Rien n’est « lisible », cela se passe par-dessus la tête des gens, des soldats et en faisant fi de toute la propagande du Service de l’Information dédiée à la défense de la liberté, contre la haine hitlériste.

A cet instant, il faudrait retarder le plus longtemps possible le déclenchement des opérations militaires et – achever le plan de réarmement en 1941

La Pologne a vendu chèrement sa peau

L’armée polonaise était frappée d’obsolescence. Ce qui dominait, c’était l’infanterie appuyée par la cavalerie. Les colonels ne cherchaient pas le soutien civil. Ainsi, JJ Marie rapporte que le gouvernement polonais dédaigna l’offre de services des socialistes de ce pays. Pourtant, il faudra 35 jours à la Wehrmacht et aux SS, d’une part, et aux forces soviétiques d’autre part pour achever ce pays. Cela semble peu, mais compte-tenu du rapport de forces militaires, c’est considérable.

L’Etat-major de la Wehrmacht ne sera pas particulièrement fier de cette prouesse face à un appareil militaire qui retarde d’un siècle.

Von Brauchitsch, le commandant de l’Armée de terre allemande enverra un rapport à Hitler le 3 novembre 1939, que citera dans sa substance A. Goutard (op.cit. page 127) :

« En maints endroits, des corps de troupes ont eu des défaillances et en sont même venues à des actes d’indiscipline. Souvent l’infanterie n’attaquait que si l’officier marchait devant ».

70 000 civils tués A INSERER

 Vent de fronde en Allemagne

Alphonse Goutard, dans son livre, revient sur un aspect de l’entrée en lice qui gagnerait à être creusé :

 « Dans une note sur « l’état d’esprit en Allemagne », notre deuxième bureau signale également, de multiples sources :

« Défaillance du moral allemand, le départ sans enthousiasme des réservistes, la distribution de tracts subversifs, des bagarres mollement réprimées par la police, une crise du Haut Commandement allemand, etc. »

Le général Goutard dira :

 « Même après la victoire de Pologne, le moral de l’armée mobilisée n’était guère brillant. Au début d’octobre 1939, le général Sodenstern notait : « Mauvais rapports des commandants d’unité…La troupe croit que la paix est proche et que, seuls, les généraux poussent à la guerre ».

 

Le général Goutard cite un chef d’État-major de l’Armée de Terre, Halder qui fait état de

 « Tracts suspects…On parle dans certaines unités de déposer les armes ».

Autres citations de généraux allemands relevées (et « sourcées ») par A. Goutard

 Général Keitel :

 « De ce que rien ne se soit produit à l’Ouest (…) nous avons conclu que la France et l’Angleterre n’avaient pas sérieusement l’intention de faire la guerre. Si elles avaient attaqué, nous n’aurions pu opposer qu’un simulacre de défense »

 Général von Lossberg :

 « Si les Alliés n’avaient pas envisagé un accord, pourquoi les Français n’auraient-ils pas profité de leur écrasante supériorité pour bousculer à la course nos faibles troupes d’occupation du Rempart de l’Ouest, ne fût-ce que pour atteindre le Rhin et, de là, paralyser le bassin de la Ruhr ?  C’eut été pour nous un coup à peu près mortel »

 

Hitler, colombe de la paix ?

Le 05 octobre 1939 : ADOLF HITLER passe ses troupes en revue à Varsovie

 Le 06 octobre 1939,  de passage à Berlin, dans un discours à l’Opéra Kroll qui tient lieu de  Reichstag, Adolf Hitler propose aux puissances occidentales de reconnaître le nouveau Statu quo en Europe orientale.

 Il réclame une conférence européenne sur le sujet et dénonce les bellicistes. Il jure tous les dieux de la terre qu’il n’a fait que remettre les choses à leur juste place en balayant le Traité infâme de Versailles.

 

Il jure sur sa propre tête qu’il n’a aucun but de guerre contre la France et l’Angleterre.

 Ce discours est à usage interne et externe.

 Il sait la guerre impopulaire.

 Il renvoie la balle dans le camp allié : ou bien la paix, ou alors une guerre à mort, destructrice, dit-il en substance.

 

« Si cette guerre est vraiment déclarée pour donner un nouveau régime à l’Allemagne, afin de détruire le Reich encore une fois et instaurer un nouveau traité de Versailles, 10 millions de vie humaines seront sacrifiées en vain, car ni le Reich allemand ne sera mis en pièce, ni un nouveau traité de Versailles ne sera écrit.

Et même si ceci arriverait après trois, quatre ou même huit ans de guerre, alors ce second Versailles ne serait qu’une nouvelle source de conflit dans le futur. »

 

 

Encore une fois, il jure ses grands dieux n’avoir « planifié » la guerre à l’automne 1939. Et encore moins une guerre « pour Dantzig ». C’est à moitié vrai puisqu’il était persuadé que France et Grande-Bretagne entérineraient l’entrée des troupes reichiennes en Pologne, comme pour l’Autriche et la Tchéco.

 Il pense pouvoir ravir toute l’Europe centrale sans coup férir. Il juge encore possible un accord avec l’UK sur le dos de la France et, par ricochet, sur le dos des USA.

 

Maintenant que la guerre se présente à lui, comme sur un plateau, il aura de plus en plus hâte d’en découdre, avant que la France ne puisse parachever son réarmement.

 

Il n’y a jamais eu deux vainqueurs ds l’Histoire, seulement des vaincus, comme l’a montré la dernière guerre, résonne-t-il encore

 

Et, de s’enflammer :

(Docu Arte déjà cité)

 

Nous pourrons revenir sur la signification de ce monologue  à un stade ultérieur de ces essais…

 LA DITE « DRÔLE DE GUERRE »

 « La drôle de guerre [12]» couvre la période qui va d’octobre 1939 au 10 mai 1940. D’un point de vue « Matériel », il s’agit pour les alliés de gagner du temps et ainsi, de parachever leur réarmement.    

 Le 27 septembre 1939 : création du RHSA (bureau central de la sécurité du Reich)

 Himmler fonde la RSHA le 27 septembre 1939. Son accession à un contrôle total sur toutes les forces de sécurité et de police en Allemagne était la "condition préalable cruciale" à l'établissement et à la croissance de l'État nazi.  

Il a combiné le Sicherheitsdienst (SD; service de renseignement SS) du parti nazi avec le Sicherheitspolizei (SiPo; "police de sécurité"), qui relevait officiellement du ministère de l'Intérieur. Le SiPo était composé de deux sous-départements, le Geheime Staatspolizei (Gestapo; "police d'État secrète") et la Kriminalpolizei (Kripo; "Police criminelle").

Le RSHA était souvent abrégé en RSi-H dans une correspondance pour éviter toute confusion avec le SS-Rasse- und Siedlungshauptamt (RuSHA; "Bureau de la race et du règlement SS").

 

Le 03 octobre 1939, Simone de Beauvoir note dans son journal :

 « Que signifie au juste ce mot Guerre, il y a un mois qd ça a été imprimé en grosses lettres sur les journaux, c’était une horreur informe, c’était une tension de toute la personne, c’était confus mais plein, maintenant c’est un éparpillement vague d’emmerdements[13]

 Simone de Beauvoir dit encore : « GUERRE ATTRAPES – tout pareil à une vraie guerre mais sans rien dedans » [14] en référence aux Farces et Attrapes.

 .     

Les soldats vont macérer dans une sorte de mélasse qui vaut « attaque au moral » insidieuse, lancinante.

 

Voyage au bout …de l’ennui  

 

Dans son ouvrage « 1940 - La guerre des occasions perdues »[15], le Général Alphonse Goutard (qui était capitaine en 1939)  cite le  général Grandsard:

 « On devait à l’origine, consacrer les deux tiers de temps aux travaux et un tiers à l’instruction, mais, en raison de l’ampleur des travaux à effectuer et du mauvais temps, on arrive rapidement au régime de la demi-journée d’instruction par semaine ».

 Il cite le général Menu qui pointe « un désintéressement du Haut commandement en ce qui concernait la préparation au combat »  et relate :

 « Il était connu en mars 1940, que de nombreuses unités d’infanterie n’avaient pas encore tiré un seul coup de fusil et n’avaient jamais fait usage de l’armement antichars et antiaérien ».

 Parlant des travaux, Goutard dit :

 « Ils tendaient à transformer des unités de combat en unités de travailleurs, si bien qu’en mai certains régiments seront étonnés qu’on leur demande se battre ».

 Goutard fait état de la propagande en citant l’historien Walter Görlitz qui a vécu cette période :

 « La propagande contre la guerre faite par le Parti communiste français se combinait avec la campagne des unités allemandes de propagande, pour saper le moral de l’Armée française. Les avions allemands lançaient des tracts reproduisant le discours de Molotov [ministres des affaires étrangères de Staline] qui rejetait la responsabilité de la guerre sur les capitalistes et « excitateurs de guerre » français et anglais. Un flot de journaux, tracts, lettres, papillons, etc., était déversé sur les soldats français de la Ligne Maginot, mettant en discussion la question de savoir si cela valait la peine de « mourir pour Dantzig » ou pour les anglais ».

 Goutard fait état des conditions de vie des soldats :

 « Nos troupes mijotaient dans des cantonnements surpeuplés, bourrés de civils et de militaires qui, le soir, emplissaient les « bistrots ».

« Les régiments, écrit le général Grandsard, étaient trop mêlés à la population de villages où pullulaient sans aucun doute les agents de l’ennemi, pour ne pas être influencés par bien des illusions (victoire sans bataille, etc.). Ils étaient trop baignés dans une ambiance de « guerre pour rire », pour ne pas être décontenancés le jour où commencerait brutalement la vraie guerre »

 

La sixième colonne.

 

L’Armée trouve aussi en son sein un autre ennemi qui est aussi efficace que le serait une « sixième colonne », l’alcool.

 Goutard cite le général Ruby :

 « Le spectacle dans nos gares et dans les trains n’était pas toujours très réconfortant ! L’ivrognerie avait fait immédiatement son apparition et, dans les grandes gares, on dut aménager des salles spéciales appelées pudiquement des salles de déséthylisation »

Maurice Chevalier chantait alors devant les soldats:

  «Les v'là bien portants / Tout comme à vingt ans / D'où vient ce miracle-là / Mais du pinard et du tabac » et, tous étaient d’accord « pour qu’on leur fiche la paix une bonne fois pour toute »                            

 

Étrangers et  tirailleurs sénégalais : Donneurs de sang universels

 Le Général Beaufre, alors Capitaine, revient sur l’hiver 1939-1940  (il était à l’État-major de l’Armée à Paris) :

 « Daladier…avait un slogan qui était « il faut faire l’économie du sang français » moyennant quoi j’avais été chargé de mettre sur pied sept divisions… dont trois divisions étrangères et trois divisions sénégalaises. C’était ça, l’économie de sang français ! » [16]

 Nous savons de nos jours, Hitler voulait attaquer la France en novembre 1939, sans détours et, et, comme de juste, par surprise.

 Les généraux qui avaient relevé des failles dans leur dispositif en Pologne où plus de 10000 de leurs soldats avaient trouvé la mort à côté de milliers de blessés et disparus souvent du fait d’erreurs tactiques, y étaient réticents.

Le mauvais temps s’en mêla.

Hitler, homme pressé, dut patienter…Mais chacun peut imaginer quels soldats auraient servi en premier de « bouclier » et versé leur sang.

 

Vers une « explication définitive avec la France » ?

C’’est dans Mein Kampf que le Führer avait évoqué cette « explication définitive avec la France ». Il semble qu’à la mi-octobre, il y est résolument résolu. Pour la raison que nous avons soulignée : le réarmement français est encore en cours. Viendrait le moment où il serait trop tard.

A ses yeux, c’est le plus sûr moyen de détacher l’Angleterre de la « patrie des droits de l’homme » et « du sol ». Le sort qu’il réserverait à la France ? On verrait plus tard.

Une autre raison le taraude, elle consiste dans ses rapports avec l’État-major de la Wehrmacht, fruit du compromis historique entre les Junkers et les nazis, un fruit devenu amer. A telle enseigne que les détachements SS s’affirment de plus en plus comme une armée « Bis », concurrente de la Wehrmacht.

Le documentaire La bataille de France[17] donne une idée claire des tensions entre cet État-major encore incontournable et le Führer, avec un risque de dissidence explosive. De plus, indépendamment de la volonté d’Hitler, la guerre active réclamait un consensus au sommet de l’État. Le documentaire la Bataille de France recoupe les écrits du général Alphonse Goutard, déjà cité… « La drôle de guerre » ou « guerre assise » voire « guerre pour rire ».

L’OKH est le nom que porte l’État-major de l’armée de Terre. Littéralement :

Oberkommmando des Heeres - commandement suprême de la Heer, l'armée de terre de la Wehrmacht.

 Cet organisme du Reich est sommé d’amener 50 divisions de Pologne et de présenter un plan de campagne à l’Ouest pour le 20 octobre 1939. Telle est la volonté du Führer.

Mais,  « Les généraux allemands y sont violemment opposés »[18], « Entre Hitler et l’Etat-major, c’est le divorce, certains d’entre eux songent alors sérieusement à le renverser par un coup d’État. ».

 Certains prennent langue avec les chefs britanniques qui ne répondent pas à leurs appels du pied. Ces chefs alliés veulent-ils vraiment faire sauter Hitler ? Leur silence de mort refroidit d’autant les ardeurs des conspirateurs qui veulent renverser le « fou de guerre » et  réaménager le régime du 3ème Reich dans le sens d’une dictature plus classique. Certains veulent traduire le führer devant un tribunal, d’autres, l’occire.

 Le général Halder, un de cerveaux de la conspiration, finit par se retenir puisque aussi bien, en novembre, la guerre est reportée sine die du fait des conditions météo extrêmement défavorables.

Quant aux britanniques, ils sentent que, vu l’état d’esprit antiguerre qui se développe dans la population du Reich, un putsch contre Hitler ouvrirait un boulevard à la révolution allemande…Mais, les aspirants-conspirateurs revendiquent le retour aux frontières de 1914. Aussi, pour les alliés, mieux vaut Hitler que les généraux du Reich

C’est dans ce contexte que survient un attentat visant Hitler et ses comparses.

Georg Elser, ouvrier antinazi

Ancien combattant du Front rouge, branche du KPD dédiée à l’action directe contre les nazis, Georg Elser a 36 ans quand il passe à « l’ordre du jour ». Il n’est pas un « désespéré ». C’est un ouvrier très qualifié qui tente d’arracher son pays à la guerre, décidé à agir seul, il a préparé minutieusement, méthodiquement et patiemment son acte.

Il est l’auteur de l’attentat du 8 novembre 1939, dans la célèbre brasserie Burgenbraukeller d’où était partie la tentative de putsch nazi des 8/9 novembre 1923 que commémorent Hitler et sa clique, ce soir-là. Il s’en faut de peu pour qu’Elser manque sa cible. Il n’a pas la mentalité de vengeur, justicier. Son but : arrêter la guerre !

L’attentat échoue à quelques minutes près parce qu’Hitler a écourté son discours         .

Wikipedia rapporte :

« Hitler n’a parlé que cinquante minutes soit quarante minutes de moins qu’à l’ordinaire. Il semble pressé, sombre et préoccupé »[19]        

Elser sera rapidement arrêté et avouera, au grand dam du führer, qu’il a agi seul. Les enquêteurs de la police criminelle et de la gestapo devront admettre qu’Elser disait vrai, ce que confirmeront les psychiatres.  Il sera exécuté le 09 avril 1945 à Dachau, en même temps que l’Amiral Canaris, dont nous reparlerons plus tard.

 

 Pour la propagande nazie, cela ne change rien : le « terroriste » est télécommandé par les anglais.

Devait-il sa survie au statut que lui conférait la propagande hitlériste avide de procès à grand spectacle ou à une certaine protection du chef de la police criminelle, Arthur Nebe, trouble, troublant et troublé, inféodé au NSDAP pour rester en poste…et en vie,  prêt à milles cruautés Nous reviendrons plus loin sur ce nazi « atypique », dépeint comme tel par le fort documenté et percutant romancier Philipp Kerr.).

Ce Nebe a d’abord soumis Elser à « la question » puis semble l’avoir placé sous sa relative protection durant sa détention.

 Soulignons que personne n’a jamais revendiqué l’acte de Georg Elser. Un acte qui vise aussi, à sa façon, le pacte Hitler-Staline

 

Le pacte Hitler-Staline est-il en train d’exploser ?

 

L’ancien lieutenant de la Wehrmacht August von Kageneck écrira en 1998 :

 « La Russie des Soviets était l’alliée du Reich depuis août 1939. Il existait des échanges amicaux entre officiers. Des trains de marchandises qui traversaient quotidiennement la frontière.

Il n’y avait plus qu’un seul adversaire : l’Angleterre, qu’il faudrait abattre un jour pour avoir la paix sur le continent.

Mais le climat  entre Berlin et Moscou s’était détérioré depuis quelques semaines, précisément depuis la visite de Molotov à Berlin.

Le ministre des Affaires étrangères de l’Union soviétique et ses deux interlocuteurs, Ribbentrop d’abord, puis Hitler en personne, avaient constaté, au cours de leurs discussions qui durèrent trois jours, que les intérêts des deux empires ne coïncidaient plus en aucun des lieux où se touchaient leurs pays, ni en Pologne, ni surtout dans les Balkans.

 Les deux parties s’étaient séparées de fort mauvaise humeur.

Hitler était plus que jamais convaincu qu’il fallait d’abord se dresser contre l’Union soviétique, l’abattre au plus vite pour avoir les mains libres contre l’Angleterre et obtenir, par-dessus le marché, l’espace vital à l’est pour assurer la survie du peuple allemand. »[20]

On peut également se reporter à :

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_commercial_germano-sovi%C3%A9tique_de_1940#Tensions_sovi%C3%A9to-allemandes

 

A ce moment-là, Hitler ne sait pas lui-même comment et quoi faire. Après avoir milité pour précipiter«  l’explication définitive » à l’automne, il est avisé du réarmement de plus en plus rapide de la France

URSS- Finlande - France, le cocktail « Molotov »

 Si on étudie la carte, on comprend que, au moyen d’une guerre « gagnée d’avance », Staline veuille protéger Leningrad qui jouxte la Finlande et prendre ainsi un nouveau gage à Hitler pour préserver l’avenir. 

  On comprend aussi qu’une partie conséquente de la population finlandaise ait résisté à Staline et conçu des explosifs artisanaux que l’on appellera plus tard « Cocktail Molotov », du nom du ministre des affaires étrangères du Kremlin, Molotov. Staline a désormais une réputation de « tsar rouge ». Maximilien, en son temps, n’avait-il pas prévenu : « les peuples n’aiment pas les missionnaires armés de baïonnettes ». (Déjà cité à propos de l’Espagne)

L’URSS a décidé d’attaquer la Finlande mais ne parvient pas à ses fins.

Seule, une partie de la Finlande sera cédée à l’URSS... Le traité de paix sera scellé entre la Finlande et l’URSS, le 12 mars 1940, après un mois de pourparlers.

La Finlande, longtemps agrégée à la Suède fut, à partir de 1809, un grand-duché de la Russie. Puis, une nation indépendante en 1917, qui fut très vite une base des armées blanches contre l’URSS, après une courte période très démocratique salement réprimée.

 Géographiquement, la Finlande se trouve donc « à cheval » entre les pays baltes et les pays scandinaves. Les premiers camps de concentration sont apparus en Finlande (et non en URSS sous Trotsky comme le répètent insassiablement des historiens venus du stalinisme et prônant un anticommunisme mondain (Furet, Courtois). Comme leur ex-camarade  et historienne Annie La Croix-Riz, qui, à l’inverse, a renoué avec la fidélité à Staline, ils ont « la religion des sources » : ils en écartent certaines, ils nous douchent avec d’autres sans les aborder avec le sens critique nécessaire. 

 

Une guerre qui se cherche

 

 Hitler marque le pas

En octobre-novembre 1939, Adolf Hitler veut en découdre avec la France au plus vite afin qu’elle ne soit réarmée. Le réarmement du Reich accuse lui-même un sérieux retard. Puis, on l’a vu, la météo diffère l’exécution de l’attaque de la France. Ce n’est pas seulement la météo qui lui défriserait la moustache (si elle avait frisé). La première crise du « Pacte » avec Staline survient trop tôt, de son point de vue. L’attentat d’Elser dans lequel les nazis voient la main de Londres ne peut que rafraîchir ses ardeurs, sous le vent des conspirations et contestations dans les rangs des officiers-supérieurs. L’irruption de la guerre soviéto-finlandaise ne peut manquer de peser dans la balance de sa volonté. A son tour de s’enfoncer dans « la guerre assise ». Il n’a conçu aucun plan d’attaque de la France. Pour l’heure, les hauts-nazis se contentent de se livrer à une propagande, bien plus efficace que la propagande française, quitte à prendre une tonalité révolutionnaire anti-guerre, sur le terrain préparé par la « fausse guerre-guerre pour rire ».

 

COLONEL, ARRETE TON CHAR !

 

Il était une fois, un obscur colonel…

Le 11 novembre 1940, le Colonel Charles de Gaulle, natif de Lille, intervient.

 De son côté, Alphonse Goutard notera :

Le 11 novembre 1939, le colonel de Gaulle adresse une note sur les leçons de la Pologne au  GQG  comportant la conclusion suivante :

« Le moteur bouscule nos doctrines, comme il bousculera nos fortifications. Nous avons un matériel excellent, il s’agit de l’organiser comme l’emploient les allemands et nous aurons la supériorité sur eux ».

 

Transmise au général Keller, inspecteur général des chars, la note du colonel de Gaulle, est écartée.

 

« La conception des chars, auxiliaires de l’infanterie reste à la base de l’emploi des chars » écrit Keller »

 

Si l’on se situe d’un point de vue militaire, les considérations de Goutard en valent bien d’autres et nous serions bien en peine de les contredire. Je n’en ai pas la capacité, en tous cas. Eh bien des récitants tranchent « après » comme s’ils étaient des officiers. A tout le moins, Goutard a « l’honneur », en ce qui le concerne, d’avoir été pris dans ce Kriegspiel…et ses suites.

 Ce Colonel de Gaulle qui a l’oreille du ministre Paul Reynaud pense aussi que la guerre sera longue. En ce cas, pourquoi précipiter les blindés et surtout leurs équipages (qui ne font pas partie des « consommables ») ? La réponse se trouve dans un échange entre parlementaires anglais et français, en cette fin novembre 1939 : «  Leurs homologues français [aux parlementaires brits] revendiquèrent pour leur pays la rive gauche du Rhin »

Voilà le fond de la théorie gaulliste des blindés exposée en novembre revendiquèrent pour leur pays la rive gauche du Rhin Voilà le fond de la « théorie » gaullienne des blindés exposée en novembre.

 Son père spirituel le Maréchal Philippe Pétain dont l’obscur colonel est le fils prodigue disait en 1935

 « Du côté des chars et de l’aviation, il y a des transformations telles que le visage de la prochaine ne ressemblera en rien au visage de la guerre ancienne. Les chars sont capables de décider du sort d’une guerre. Quant à l’aviation, si elle est jointe à l’infanterie pour essayer de percer les défenses de l’adversaire, elle peut donner des développements imprévisibles » (mars-avril 1935) - [21]

 De Gaulle aurait-il inventé la poudre ? Pas plus que Pétain pourtant plus poudreux.

Nous en reparlerons dans les chapitres suivants…

Les nazis en guerre « révolutionnaire » contre la guerre ?

 " CAMARADES D'EN FACE../..." Voilà qui rassemble à s’y méprendre à un tract antimilitariste de 1917. Sauf que les généraux n’en sont pas la cible. Sont visés « les intérêts de l’empire britannique et des capitalistes », comme dans les tracts du PCF. Tous les jours, les troufions de la Ligne Maginot reçoivent ces tracts par avion ou des messages par haut-parleurs, entre deux morceaux de musique. Pour un peu, on fraterniserait. Cette propagande se fond dans le décor comme une trace d’ennui sur une couche d’ennui. Bas-les-cœurs, pourrait-on dire.  Le long de la ligne Maginot, les soldats souffrent aussi de la bétonnite…

 

URSS- Finlande - France, le cocktail « Molotov »

 Si on étudie la carte, on comprend que, au moyen d’une guerre « gagnée d’avance », Staline veuille protéger Leningrad qui jouxte la Finlande et prendre ainsi un nouveau gage à Hitler pour préserver l’avenir. 

 

 

On comprend aussi qu’une partie conséquente de la population finlandaise ait résisté à Staline et conçu des explosifs artisanaux que l’on appellera plus tard « Cocktail Molotov », du nom du ministre des affaires étrangères du Kremlin, Molotov. Staline a désormais une réputation de « tsar rouge ». Maximilien Robespierre, en son temps, n’avait-il pas prévenu : « les peuples n’aiment pas les missionnaires armés de baïonnettes ». (Déjà cité à propos de l’Espagne)

 L’URSS a décidé d’attaquer la Finlande mais ne parvient pas à ses fins.

 Seule, une partie de la Finlande sera cédée à l’URSS... Le traité de paix sera scellé entre la Finlande et l’URSS, le 12 mars 1940, après un mois de pourparlers.

 Pour mémoire : La Finlande, longtemps agrégée à la Suède fut, à partir de 1809, un grand-duché de la Russie. Puis, une nation indépendante en 1917, qui fut très vite une base des armées blanches contre l’URSS, après une courte période très démocratique salement réprimée.

 Géographiquement, la Finlande se trouve donc « à cheval » entre les pays baltes et les pays scandinaves. Les premiers camps de concentration sont apparus en Finlande (et non en URSS sous Trotsky comme le répètent insassiablement des historiens venus du stalinisme et prônant un anticommunisme mondain (Furet, Courtois. Comme leur ex-camarade  et historienne Annie La Croix-Riz, qui, à l’inverse, a renoué avec la fidélité à Staline, ils ont « la religion des sources » : ils en écartent certaines, ils nous douchent avec d’autres sans les aborder avec le sens critique nécessaire.) 

 Hitler marque le pas

En octobre-novembre 1939, Adolf Hitler veut en découdre avec la France au plus vite afin qu’elle ne soit réarmée. Le réarmement du Reich accuse lui-même un sérieux retard. Puis, on l’a vu, la météo diffère l’exécution de l’attaque de la France. Ce n’est pas seulement la météo qui lui défriserait la moustache (si elle avait frisé). La première crise du « Pacte » avec Staline survient trop tôt, de son point de vue. L’attentat d’Elser dans laquelle les nazis voient la main de Londres ne peut que rafraîchir ses ardeurs, sous le vent des conspirations et contestations dans les rangs des officiers-supérieurs.

 

La France, en guerre contre l’URSS ?

 

Suède et Norvège, pays neutres, livrent alors le fer dont l’Allemagne a un besoin, disait-on vital, à tous égards. Hors, grâce à Staline, le Reich hitlérien ne manque pas de matières premières pour la guerre… Dans les considérations qui animent la RF contre les menées de Staline en Finlande, c’est le désir d’exporter la guerre « loin de chez nous » qui l’emporte.

 Dans son ouvrage, Pétain, l’historien Marc Ferro devait faire cette réflexion :

 « L’attaque soviétique contre la Finlande donne un coup de sang aux dirigeants français : attentistes face à l’Allemagne, ils se transfigurent en attaquants « pour défendre la petite Finlande ».

 Ferro rappelle que « pour la Pologne », « Les Français ne font rien », 

 Il ajoute :

 « Contre les Soviets, à l’inverse, des plans tout prêts sortent des tiroirs : Intervention par Petsamo, en Laponie finlandaise, par la Norvège, en bombardant Bakou, etc.

Cette stratégie périphérique doit priver l’Allemagne de pétrole et de fer, ruiner ses possibilités.

Pour le Commandement, elle présente, en outre, cet intérêt de substituer à l’attaque frontale que supporteraient les Français des opérations lointaines qui, vu la nécessité de l’appel à la Marine, seraient pour l’essentiel, à la charge des Anglais. L’avantage, on le voit est double. A lire les journaux français, on croirait bien que la France est en guerre contre l’URSS et non contre l’Allemagne. » Marc Ferro enchaîne : « C’est ainsi qu’au nom de l’aide à la Finlande et de la guerre économique aussi, naît l’idée de l’expédition en Norvège à laquelle les Anglais se résolvent sans conviction » 

 

Selon un documentaire britannique « le gouvernement britannique était toujours réticent à entrer dans l’action»[22]. Les dirigeants britanniques, échaudés par le Pacte Hitler-Staline, ne veulent pas s’aliéner l’URSS, au moins tant que les USA n’entreront pas en lice. Churchill en particulier, premier Lord de l’Amirauté (ministre de la Mer), veut faire pencher l’URSS de son côté pour préserver l’Inde et faire main basse sur les Balkans. Chamberlain, lui, ne veut pas s’aliéner ADOLF HITLER plus qu’il ne le faut.

 Dans ce même documentaire, il est à nouveau question de la Ruhr où bat le coeur industriel du Reich. « La plus grande crainte d’Hitler était qu’on la lui enlève une fois de plus ». Hitler prévient alors ses proches :

« Si l’Angleterre et la France traversent la Belgique et la Hollande en direction de la Ruhr, nous sommes en très grand danger » [23]

 Evoquant la guerre soviéto-finlandaise, Trotsky dit :

« Le Kremlin est arrivé, avec un succès incontestable, à construire des tanks et des avions, mais il a négligé les équipements médicaux, les gants et les bottes. L’homme vivant, celui qui conduit toutes ces machines, la bureaucratie l’a complètement oublié »’[24]     

    

LA REARMURERIE

Les chars sortent maintenant des ateliers à la cadence de 300 par mois -  250 chars légers et 50 lourds – La France achète de plus en plus d’avions US (200 déjà fournis) - 350 avions en mars – 530 en avril-  1600 avions en 5 mois [25]

 Statistiquement, la force de guerre française et la force de frappe allemande sont globalement équivalentes. Ce qui permettra aux « prophètes du lendemain » de proclamer que les forces françaises ont été mal employées ou dilapidées. Parmi ces hommes avertis, rares seront ceux qui mettront en cause « la guerre périphérique » en tant que telle. Et, pourtant ! Cette « exportation nordique » de l’affrontement n’a pas peu contribué à la suite fatale.

« La vie est belle »

Le 27 février 1940, Trotsky écrit  la dernière page de son épisodique Journal d’exil :

 « Natacha vient juste de venir à la fenêtre de la cour et de l'ouvrir plus largement pour que l'air puisse entrer plus librement dans ma chambre.

Je peux voir la large bande d'herbe verte le long du mur, et le ciel bleu clair au-dessus du mur, et la lumière du soleil sur le tout.

La vie est belle.

Que les générations futures la nettoient de tout mal, de toute oppression et de toute violence, et en jouissent pleinement. »[26]

 

Lune de fiel 

 En mars 1940, est imputée à Daladier, en bonne mauvaise foi,  la non-invasion de la Finlande. Alors, on va le troquer contre Paul Reynaud qui est, sur l’échiquier parlementaire, d’une modération fort à droite. Pour ce qui est de mâter les grévistes et les syndicalistes, ses qualités d’homme « cassant » sont avérées. Pour le reste, c’est une question de ton. En mécanique, ce qui est « dur » se brise aussi comme du verre.

Daladier avait commencé par dire : « nous faisons la guerre parce qu’on nous l’a imposée ». Qui, « on », Hitler ou Chamberlain ? 

 Le 22 mars 1940, Daladier est «à la renverse ». Il n’attend pas d’être destitué, il démissionne.

Reynaud n’est investi par la Chambre qu’à une voix de majorité.

 A tout le moins, Daladier conserve le « portefeuille » décisif de la Défense nationale. Bien que déjà dans le collimateur, Gamelin demeure Généralissime des forces alliées, au grand dam de Reynaud.

Etant entendu que les députés de son parti – l’Alliance démocratique – refusent de le soutenir, Reynaud s’appuie sur les socialistes. Il n’est cependant pas en mesure de former un CABINET DE GUERRE.

Léon Blum intervient lourdement pour soutenir son ennemi de droite, ce qui lui vaudra l’admiration de de Gaulle dans ses Mémoires. Pour quel résultat ?

Paul en ski

 Avec Reynaud, le ton change, c’est un ton cassant, sans appel. Sur le fond, « le fil de l’épée » est le même : pas de guerre sur le sol de la mère patrie ! victoire par le blocus dans une guerre longue ! Puisque l’expédition en Finlande n’a pas été exécutée, expéditions-nous en Norvège.

Dans un même gouvernement, Reynaud réuni « pacifistes » et « bellicistes »(le réalisateur Roman Polanski parlerait peut-être de « lune de fiel »). De cette façon, il peut s’élever au-dessus du « clan des durs » et du « clan des mous » et, de fil en aiguille, s’ériger en autocrate. Encore une fois, il est pourtant bien difficile d’imputer à Daladier la lenteur dans les tentatives de « secourir » la Finlande. Ne serait-ce en raison des négociations intermittentes entre l’URSS et la Finlande qui se concluront par un compromis. D’autre parte la Suède refuse tout transit des troupes alliées sur son territoire, au droit de sa neutralité.

Derrière le va-t-en-guerre Reynaud se profile le néo-libéral avancé, circonspect, austère, confronté à un patronat qui joue au « canard boiteux ».

Dans chaque « républicain modéré » sommeille un Orléaniste[27]. Que les parlementaires soient « durs » ou « mous », tous adhèrent au principe de la guerre « ailleurs ».

Plus tard, la « faute » sera rejetée sur la loi maudite des 40 heures et des deux jours de repos consécutifs incluant le dimanche.

A ce moment-là, Blum pourra arguer que les salariés de l’aviation travaillaient …28 heures par semaines ! Mais, du fait des mesures prises sous Daladier par Reynaud, les ouvriers des industries et services liés de près ou de loin à la Défense nationale triment 60 heures par semaines. La loi des 8 heures par jour est salement emboutie. N’a-t-il cassé les reins à Blum ? Ce dernier ne lui en fait pas grief.

Reynaud n’est-il pas antinazi ? Indéniablement. Sans doute, croit-il que le nazisme est le fourrier du communisme, à terme.      

                   Les dirigeants français veulent délocaliser la Guerre

 En fait, le microcosme de la direction civile et militaire de la guerre française est d’accord pour exporter la guerre en Scandinavie. Le tandem Chamberlain - Halifax y est bien réticent, l’effort devant être principalement supporté par la Royal Navy.

La décision d’envoyer un corps expéditionnaire en Norvège a été prise le 5 février 1940. (Sous Daladier, donc – à ce moment-là, la baltique est encore gelée)

Il est prévu de débarquer des troupes à Narvik et dans trois autres villes aux environs du 20 mars 1940. Les alliés espèrent obtenir la collaboration de la Norvège et de la Suède, tous deux neutres, la Suède se montrant inflexible sur le chapitre de sa neutralité.

Cette décision d’aider la Finlande et de se positionner en Norvège est prétextée par la volonté d’interrompre la livraison du fer suédois à l’Allemagne… et, surtout, par le désir d’exporter la guerre hors de France.

 

Ces stratèges français – politiques et militaires- auraient voulu inviter Hitler à fondre sur la Norvège et le Danemark qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Ils auraient voulu les forcer à s’extraire de leur neutralité qu’ils n’auraient pas fait pire. Ils ont objectivement montré au führer la route à suivre.

« Début avril 1940, les alliés mouillent des mines dans les ports norvégiens, remettent un ULTIMATUM à la Norvège et à la Suède et préparent plusieurs débarquements tout au long des côtes. Mais Hitler LES PREND DE VITESSE, il occupe le Danemark en quatre heures et il envahit la Norvège »[28], le 9 avril 1940

Une première expédition alliée au centre de la Norvège échoue.

La Luftwaffe pilonne la Royal Navy.

Un mois plus tard, un corps expéditionnaire commandé par le Général Bethouart monte à l’assaut de NARVIK.

Pour leur part, le généralissime Gamelin et l’amiral Darlan ont insisté pour que les alliés battent le fer en Scandinavie.

12 février 1940

Un accord commercial germano-soviétique permet à l’Allemagne de contourner l’embargo britannique : livraison à l’Allemagne de pétrole et de céréales. En échange, l'U.R.S.S. obtient de l'armement moderne et des produits manufacturés.      

 Le 16 février 1940,

 Agissant suivant les instructions de Churchill, le destroyer anglais Cossack du capitaine Vian pénètre dans les eaux territoriales norvégiennes et arraisonne le croiseur allemand Altmark. Les 299 prisonniers anglais qu'il transporte sont délivrés » -

Le gouvernement d'Oslo proteste contre la violation de sa neutralité. Londres proteste à son tour contre l'attitude des hommes politiques norvégiens, qui sont qualifiés de "myopes".[29] 

 Le 02 mars 1940,

Les services de renseignements ont donc signalé les préparations allemandes pour une invasion des pays scandinaves [30]

Ce qui n’empêche ce qui suit le 6 mars 1940 : « La France et l'Italie signent un accord commercial prévoyant une augmentation des échanges entre les deux pays ».

 Ces alliés s’imaginent qu’ils peuvent encore dissuader Mussolini d’entrer en guerre, en le fortifiant encore un peu plus, en lui « graissant la patte ». Pour un peu, Daladier, Chamberlain ou Roosevelt lui donnerait leurs chemises. Et, quinze jours plus tard…

 

Le 18 mars 1940,

 Mussolini rencontre Hitler au col du Brenner : il affirme accepter le principe de l'entrée en guerre de l'Italie au côté du Reich.

 

 Le 19 mars 1940 :

 « Le chef des services secrets [Rivet] apprend  soudain l’existence d’un nouveau plan ennemi », le plan Manstein,   «  Rivet se précipite à Vincennes pour en informer Gamelin » qui ne renforce les Ardennes « que d’un maigre bataillon »[31]

 28 mars 1940

La Grande-Bretagne et la France s’engagent à ne pas conclure de paix séparée avec l'Allemagne.

A Londres, le Conseil suprême interallié décide d'exiger du gouvernement suédois l'arrêt des exportations de minerai de fer vers le Reich, ainsi que de miner les eaux norvégiennes et d'envoyer une expédition pour occuper les ports de Norvège occidentale.

05 avril /1940

Winston Churchill, le nouveau président du comité des ministres de la Défense rencontre Daladier à Paris et tente en vain de le convaincre de larguer des mines fluviales au-dessus de l’Allemagne.

 Le 09 avril 1940, deux divisions allemandes sous le commandement du général Kaupitsch envahissent le Danemark. Copenhague est pris en moins de 12 heures. C’est l’opération  Weserübung.

 Cette opération avait été envisagée par les hautes sphères de la Wehrmacht au cas où les alliés tireraient les premiers. Ce qui s’est effectivement produit.

 A la nouvelle de l'offensive allemande au Danemark et en Norvège, Français et Britanniques demandent à la Belgique l'autorisation de pénétrer sur son territoire. Le gouvernement belge refuse.

 

10 avril 1940,  reddition du Danemark.

 24 avril 1940,  le nazi Joseph Terboven est nommé commissaire du Reich en Norvège. Entretemps, le nazi norvégien Quisling a pris la tête d’un gouvernement civil fantoche que le Roi refuse de reconnaître.

 Le 26 avril 1940 :

 « La Grande-Bretagne reconnaît le droit à la Suisse d'exporter vers les pays de l'Axe. »[32]

 Cela étant, les troupes françaises et polonaises (en exil) finissent par s’emparer de la ville de Narvik au terme de 10 jours de combat sans merci.

 Aussitôt, Paul Reynaud pavoise : « la Route du fer est coupée ». La liaison ferroviaire du fer vers l’Allemagne est interrompue.

Le fait est, la route du fer a été coupée…pendant 24 heures. En effet, sitôt fait, sitôt dit, le corps expéditionnaire est rappelé en France, en catastrophe. Nous sommes le 10 mai 1940 ….

Le Régime sec

 

Que peuvent espérer les soldats dans ces conditions ? « Nous n’avions pas envie de devenir une colonie allemande » dira l’un d’eux[33].

15 janvier 1940 : création en France des cartes d'alimentation.

Rationnement de denrées alimentaires (viande, 11 janvier 1940). Carte d’alimentation (29 février 1940).

 La vente d’alcool est interdite trois jours par semaine (5 mars 1940), de là vient l’expression « les jours avec, et les jours sans ».

 3 avril 1940 : condamnation à des peines de 2 à 5 ans de prison pour les 44 anciens députés communistes jugés à Paris.

 

Une ligne de défense, ou bien ?

 «  La meilleure attaque, c’est la défense » a noté un jour Friedrich Engels, si ma mémoire est bonne. En tous cas, cela commence par là.

 La guerre périphérique n’est pas à porter au crédit de la défensive, tout au contraire. Si le haut-commandement est déficient, la raison en est politique.

 Le GQG est désorienté, pris entre les velléités d’annexer la rive gauche du Rhin et le désir d’éviter tout choc frontal avec le 3ème Reich. On opposera, bien à tort, un Daladier pacifiste à un Reynaud belliciste, c’est peut-être vrai, jusqu’à un certain point selon le moment. On opposera un Gamelin défaitiste à un Weygand jusqu’au boutiste. Hitler aura beau jeu de jurer ses grands dieux que la guerre en Scandinavie a été précipitée par la France. On ne pourra même pas lui donner tort !

 On se demandera longtemps encore pourquoi les deux alliés, dont la MESENTENTE CORDIALE est patente, ont prétendu entrer en guerre pour les polonais.

L’Historien Marc Bloch dira que les chefs militaires ont toujours le dernier mot sur le pouvoir civil mais cela peut s’expliquer du simple fait que le pouvoir civil est devenu une dictature militaro-policière, une sorte de bonapartisme sans un Bonaparte, ni même un Clémenceau modèle 1917-1918.

 Sur le plan du moral des troupes, les menées contre les cadres communistes confortent la thèse de la guerre impérialiste menée par l’UK. D’autant plus que Daladier s’est défendu de mener une croisade antinazie.

 La thèse d’un travail de sape menée par une cinquième colonne allemande bat son plein, truffée d’espions travestis en nonnes, de faux officiers teutons commandant des troupes françaises. Or, si espions il y a, ils se bornent aux tâches de renseignements et n’interfèrent en rien dans les combats.

 

France : dictature politico-militaire

 La propagande stalinienne est sans cesse accréditée par les faits et gestes du pouvoir politico-militaire, par cette fusion entre chefs politiques et chefs militaires.

 Non, il n’y a plus de ligne de défense à proprement parler, il n’y a pas de ligne du tout. « On » fait la guerre parce qu’ « on » y est contraint, « on » ne la fait pas librement.

 Des défaillances dans la chaîne de commandement et de transmission, nous en trouvons dans les deux camps en lice. Mais, les réserves de moral sont du côté du 3ème Reich qui a hérité du Reich précédent un plan d’ensemble de guerre européenne, et de la « volonté ».  Pour bien des soldats allemands, une défaite rapide de la France peut apporter une fin rapide de la guerre.

 

De Narvik, les anglo-français peuvent foncer vers la Ruhr, le fameux bassin d’acier du Reich. Hitler a donc tout intérêt à prendre tous les devants. Il pourra plus tard prétendre n’avoir fait que se défendre, la meilleure défense étant, dit-on, l’attaque.

Nous sommes arrivés ainsi à la date du vendredi 10 mai 1940 qui marque le début de l’offensive du Reich nazi en Belgique et en Hollande. Pour Paul Reynaud, l’entrée des troupes Wermartiennes et SS au Nord est une quasi-aubaine :

La guerre se poursuivrait « chez les Belges » et, donc, pas « chez nous ».

 De la Belgique, les troupes françaises pourraient foncer sur la Ruhr, ça prendrait le temps qu’il faudra et des millions de pertes « non consommables ». Les hommes !

De la période décembre 1939 - mai 1940, nous pouvons dire qu’elle a été marquée par la mésentente entre les deux Alliés et au sein même des deux pôles anti-allemands.

 On l’a vu : Chamberlain ne veut s’aliéner ni Hitler, ni Staline, ni Mussolini quitte à s’aliéner la majorité des parlementaires brits, mais de façon à préserver la flotte maritime, véritable joyau de la Couronne. Reynaud veut que les brit’s tirent les marrons du feu en Norvège. Il veut limoger Gamelin pour mieux atteindre Daladier mais au sein de son propre gouvernement se heurtent les « durs » et les « mous », ces derniers cherchant à arrêter les frais même au prix d’un renversement progressif d’Alliance.

 

Daniel Petri-Menzi, le vendredi 20 novembre 2020

 

   

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Malaquais

 [1] https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2008-2-page-71.htm#

[2] https://pcf-1939-1941.blogspot.com/2013/10/appel-la-nation-du-president-daladier.html

[3] Edouard Daladier. « Nous faisons la guerre car on nous l’a imposée… » \ Bataille de France\Les grandes batailles\https://youtu.be/in0TLT2zCUA

[4] Cité par Frédéric Seager – dans son article de la Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine - http://www.persee.fr/docAsPDF/rhmc_0048-8003_1985_num_32_4_1335.pdf

[5] Op.cit.

[6] Alphonse Goutard – LA GUERRE DES OCCASIONS PERDUES – Hachette, 1956- page 98

[7] Né à New York, Frédéric Seager a obtenu son Ph.D. en histoire à l'université Columbia. Il est professeur honoraire à l'Université de Montréal, où il a enseigné l'histoire de l'Europe aux XIXe et XXe siècles. Ses travaux ont paru dans plusieurs journaux savants, dont la Revue d'Histoire moderne et contemporaine. Il est citoyen canadien et vit au Québec.

[8] Frédéric Seager – dans son article de la Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine - http://www.persee.fr/docAsPDF/rhmc_0048-8003_1985_num_32_4_1335.pdf

[9] https://fr.wikipedia.org/wiki/Offensive_de_la_Sarre

[10] Parti Socialiste Ouvrier et Paysan.

[11] Les buts de guerre alliés devant l'opinion (1939-1940) - Frédéric Seager- Revue d’histoire moderne et contemporaine – tome 32 N°4, Octobre-décembre 1985. pp. 617-638; doi : https://doi.org/10.3406/rhmc.1985.1335 - https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048- 8003_1985_num_32_4_1335

 [12] La « drôle de guerre » (en anglais : phoney war, « fausse guerre » ; en allemand : Sitzkrieg, « guerre assise » ; en polonais : dziwna wojna, « guerre étonnante »)

[13] https://youtu.be/mxPvD81Kepk 1939-1940 Drôle de guerre. Arte. 19:50

[14]  https://youtu.be/mxPvD81Kepk 1939-1940 Drôle de guerre. Arte.18:32

[15]Général Alphonse Goutard  La guerre des occasions perdues Librairie Hachette- Vingtième mille- 1956

[16] https://youtu.be/in0TLT2zCUA  16’46’’

[17]  L’Opération Walkyrie Documentaire    https://youtu.be/in0TLT2zCUA

[18] Docu cité Bataille de France /   21’50’’     

[19] https://fr.wikipedia.org/wiki/Georg_Elser#La_m%C3%A9moire

[20] August von Kageneck. La Guerre à l’est. Tempus éd. 1998- 2002 (via Editions Perrin). Page 18.

[21] Le désastre politico-militaire de 1940, selon Henri Guillemin\ https://youtu.be/kYiEUeqN2hs   01 :31 :18

[22] https://youtu.be/DZ0ejY746V0  ---23’02’’ La drôle de guerre - Documentaire histoire seconde guerre mondiale – grande Bretagne-

[23] (Documentaire britannique cité : 33’31’’)

[24]  Trotsky – La seconde guerre mondiale -interview – Œuvres, Tome 23. Institut Léon Trotsky. Page 164

[25] Docu cité – La bataille de France https://youtu.be/in0TLT2zCUA 33’17’’ et   34’’30

[26] Journal d’exil

[27] Royalistes qui optent pour une monarchie constitutionnelle puis se « défroquent » pour se couler dans le régime de la 3ème république

[28] Docu cité – 38’ 04’’

[29] https://www.seconde-guerre.com/chronologie/chronologie-juin-1940.html

[30] http://www.seconde-guerre.com/recherche.php?mots=William%20Ugeux&page=101&nb_results2show=10&booleen=and&nb_bio_trouves=8072 Chronologie seconde guerre mondiale

[31] 01-11-55  \   https://youtu.be/iAgF_JcKOS0

[33] https://youtu.be/in0TLT2zCUA Bataille de France 25’40’’ –

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